Amélie Chelly : en fermant Ormuz, l’Iran est passé du discours à l’action

Dans cet entretien, Amélie Chelly revient sur la structure de « l’Axe de la résistance » et la stratégie de guerre asymétrique iranienne, mise sous contrainte par un contexte régional instable, de la guerre civile syrienne jusqu’aux confrontations récentes avec Israël et les Etats-Unis, provoquant des évolutions autour de sa stratégie défensive, tel que la fermeture du détroit d’Ormuz. Amélie Chelly est docteure en sociologie religieuse et politique, spécialisée sur l’Iran et dans l’analyse des mouvements islamistes. Elle est chercheuse associée au Centre d’analyse et d’intervention sociologiques (CADIS). L’entretien a été préparé par Antoine Macquet, stagiaire au MENA Research Center.
Le terme de proxy, qui est aujourd’hui beaucoup utilisé pour désigner les milices pro-iraniennes au Moyen-Orient, est-il le plus juste selon vous?
La terminologie qui est plutôt utilisée par la République islamique d’Iran, c’est l’axe de la Muqawama, qui veut dire résistance. Dans le monde où on fait de l’islam un fer de lance, vous avez deux mots qui sont extrêmement utilisés, employés pour parler de résistance. C’est Soumoud d’un côté et Muqawama de l’autre. On a plutôt le sentiment que, du point de vue de l’idéologie de la République islamique, qui est, je le rappelle, le Velayat al-faqih, c’est-à-dire la tutelle du juriste théologien, on est dans une volonté d’externaliser un certain nombre d’éléments discursifs, pas tous d’un bloc, c’est impossible, mais de manière sélective.
Certaines milices sont plus abouties dans leur conformité idéologique que d’autres, comme par exemple le Hezbollah. Dans sa charte, il explique clairement que s’il venait à prendre le pouvoir au Liban, ce serait là aussi le Velayat al-faqih qui serait appliqué. À l’autre extrémité du spectre, on a le Hamas qui a signé la charte des Frères musulmans d’Égypte et qui n’a pas du tout la même aspiration de modèle politique. Ainsi, c’est plutôt la terminologie de résistance, dans le sens d’externaliser certains ou la totalité des éléments discursifs, dans une négation absolue des frontières telles que les relations diplomatiques et internationales les reconnaissent.
Il ne faut pas l’oublier, la République islamique s’est installée suite à une révolution et comme toute les autres dans le monde, elle a pour vocation de s’exporter. Ça a été fait, un tout petit peu, le satellite d’exportation le plus évident, étant le Hezbollah, même si c’est à partir de 1982 qu’on le voit se structurer de façon officielle. Mais c’est la guerre Iran-Irak qui a mis un temps d’arrêt plus ou moins définitif à cette vague d’exportation de l’idéologie. Après, l’axe de la Muqawama a continué de se constituer, dans une voie et selon des modes opératoires totalement différents de ceux qui étaient envisagés au moment de la naissance de la république islamique.
On présente souvent la guerre civile syrienne comme le moment « d’apogée » de la stratégie de guerre asymétrique iranienne, à travers la mobilisation de plusieurs milices coordonnées par la force al-Qods pour maintenir Bachar au pouvoir. Est-ce que vous partagez cette lecture?
C’est le moment de l’apogée de la puissance régionale iranienne, ça c’est sûr. En revanche, je ne suis pas certaine que c’est le moment où on est au plus haut dans l’asymétrie. Je pense que sur tous les terrains où l’Iran a mis son grain de sel, on a été dans de la pure asymétrie. L’exemple qui est encore plus grand à mes yeux, de guerre asymétrique, c’est le Yémen, pas seulement pour une raison circonstancielle, mais aussi géographique.
En sciences politiques, on a cette idée du « backyard », de l’arrière-cour. Chaque pays a un pays arrière-cours avec lequel il est absolument nécessaire d’entretenir de saines et cordiales relations. Le danger le plus grand est justement la détérioration de ces relations. En règle générale, les backyards, ce sont les pays qui partagent les plus grandes frontières avec le pays en question. En l’occurence, le Yémen ce n’est pas du tout le backyard de l’Iran, en revanche, c’est celui de l’Arabie saoudite.
Or, au début de la guerre au Yémen, au point le plus fort des hostilités entre la monarchie saoudienne et Téhéran c’est à ce moment-là que l’Iran a décidé de mettre très peu d’argent dans les milices houthies, dans l’objectif de faire mentir Mohammed Ben Salmane, qui promettait une guerre éclair. C’est ce qui s’est produit, d’une guerre de quelques semaines annoncées au départ, ont débouché sur un conflit qui s’est embourbée, malgré très peu de moyens engagé par Téhéran. C’est de l’asymétrie pure, parce que c’est du low cost, non par la force des choses, mais pensée et prévue comme tel au départ.
Tandis que, du côté de la guerre syrienne, effectivement c’est bien l’apogée du rayonnement régional iranien, mais peut-être pas l’apogée de l’asymétrie dans sa forme la plus probante, même si bien évidemment elle était de mise. Ce rayonnement régional s’explique pour plusieurs raisons.
D’abord parce que l’Iran soutenait Bachar al-Assad, qui s’est maintenu. Ensuite, parce que l’Iran a finalement réussi à lutter contre l’ennemi existentiel, Daesh, qui fait du chiisme son ennemi privilégié, qualifié de mage perse, pour reprendre un terme qu’on doit à Saddam Hussein, mais qui est très régulièrement repris par des dignitaires de l’État islamique. Et enfin, parce que ça a permis à l’Iran de se démarquer par un antitakfirisme qui lui a permis de rayonner régionalement. Comment prendre le contrepied absolu de cette nouvelle hydre, de ce phénomène qu’était l’État islamique, qui est toujours l’État islamique ? C’est justement d’aller chercher le contraire du takfirisme, idéologie qui prône le meurtre d’autres musulmans déclarés infidèles, dont l’État islamique la représente le plus dans l’histoire de l’islamisme contemporain. Il n’y a jamais eu plus takfiri que ce groupe. L’épisode du camp Speicher, c’est certainement celui qui le montre de la façon la plus probante.
La République islamique d’Iran a beaucoup misé sur l’anti-takfirisme, c’est-à-dire le fait d’aller accepter d’abord toutes les lectures de l’islam, quelles qu’elles soient, sans chercher à les faire disparaître, et ensuite protéger les Ahl al-Kitab, les gens du livre. C’est pour cette raison que s’inscrit la protection des mausolées, avec la constitution des martyrs sauveurs du mausolée, qui intégraient beaucoup de membres de la milice de la Muqawama afghane et pakistanaise, les Fatemyun et les Zainabyun. Il y a même, dans cet antitakfirisme, l’intégration de milices chrétiennes à l’intérieur des milices chiites. La brigade Babylone, par exemple, qui était intégrée au Hachd al-Chaabi et qui, dans ses vidéos de propagande, expliquait très clairement qu’ils mouraient au nom de Jésus pour la république islamique, ce qui représente vraiment le summum de la volonté d’être l’incarnation de l’antitakfirisme.
L’assassinat de Qassem Soleimani en janvier 2020, alors chef de la force Al-Qods, a-t-il constitué une rupture dans la gestion du réseau de proxies iraniens ? Et est-ce que son successeur, Ismael Qaani, a réussi à s’inscrire dans sa continuité?
Je ne pense pas qu’il y ait eu de rupture perceptible dans la gestion de la structure. En revanche, il y a eu une rupture évidente dans l’aura et dans l’influence. On disait de Qassem Soleimani, qu’il était une culture à lui seul, ce qui n’est pas faux. Il y avait beaucoup d’Iraniens qui l’aimaient, quand bien même ils détestaient la République islamique, pas tous de façon absolument unanime, évidemment. Alors pourquoi ?
D’abord parce que c’est quelqu’un qui avait des comportements en totale conformité avec sa pensée. On raconte, par exemple, qu’il s’allongeait aux côtés des corps des blessés dont on savait qu’ils n’allaient pas passer la nuit quand il le pouvait. Il n’était surtout, ça c’est le plus important, entaché par aucun scandale financier. Quand on sait que les Gardiens de la Révolution fonctionnent au scandale financier, ça fait quand même une sacrée différence. Et puis surtout, il est la figure, le visage qu’on pose sur la capacité qu’a eue la République islamique à sanctuariser le territoire contre Daech, ce qui n’est pas rien.
Effectivement, sa mort, c’est la disparition d’une image qui sera très difficilement remplaçable. Pour ce qui concerne Ismael Qaani, nous sommes encore trop dans le flou. Je pense vraiment que c’est une question qui nécessite que plus de temps passe, pour qu’on puisse avoir une vraie réponse. D’autant qu’entre 2020 et aujourd’hui, 2026, il y a deux années qui comptent plus ou moins en matière de visibilisation des transformations internes des forces Al-Qods. En effet, à partir de 2024 il y a une visibilité encore plus faible de ce qui peut se passer à l’intérieur du pays, c’est-à-dire qu’on laisse passer le moins d’informations possible sur ces questions. De plus, il y a de nombreuses suspicion autour de du commandant Qaani. Dans la presse israélienne et aussi de la diaspora, on passe son temps à montrer comment il est étrange qu’il soit à chaque fois passé à cinq minutes d’une explosion. Beaucoup en font même l’agent privilégié qui a permis à l’État hébreu de cibler d’une façon aussi efficace et précise toutes les têtes dont il voulait qu’elles tombent.
Le concept du Velayat al-faqih, qui, comme vous l’avez dit, est la base idéologique de la République islamique, a-t-il encore la même capacité de mobilisation qu’en 1979, notamment auprès de la nouvelle génération?
À l’extérieur de l’Iran, oui, je pense qu’on peut même faire remonter aux années 90 l’amenuisement de la flamme que cela dégageait chez les gens. Le désenchantement a commencé à la fin de la guerre Iran-Irak en 1988-1989, et cela a augmenté au fil des années. Il doit y avoir une quinzaine de pour cent de la population qui peut encore se sentir exaltée par ce fondement idéologique. D’ailleurs la République islamique le sait, par exemple on a toujours dans l’actualité une volonté de mettre en parallèle un discours pragmatique et un discours mystique. Par exemple, au premier rendez-vous à Islamabad avec les Américains, il y avait 71 individus côté iranien, c’est pour faire référence à la bataille de Kerbala, 71 plus un absent. Il y a également le chiffre 313, qui est le chiffre des armées du retour d’Al-Mahdi, fils du 11e imam, qui est très régulièrement utilisé pour nommer des katiba (bataillons), ou pour nommer des opérations.
Ils utilisent encore cela pour, un, exalter la base pro-régime, même si elle est ténue, et deux, pour avoir un rayonnement plutôt à l’extérieur des frontières. Par exemple, sur les soixante et onze plus un du dernier rendez-vous à Islamabad, quand je faisais des recherches là-dessus sur les réseaux sociaux, c’étaient souvent des chiites pakistanais ou des chiites irakiens, qui disaient formidable, l’Iran, c’est Kerbala, c’est la force des faibles contre les surpuissants, mais c’étaient très peu d’Iraniens, en fait.
La chute de Bachar al-Assad en décembre 2024 est-elle selon vous, une perte irréparable pour l’influence iranienne en Syrie et pour toute la logistique de l’axe de la résistance?
À l’heure actuelle, oui, mais on ne sait pas de quoi demain sera fait. On ne sait pas s’ils vont trouver un moyen de dé-diaboliser Ahmed Al-Sharaa, le président syrien, dans leur discours et de parvenir à faire certains accords, ou de se rapprocher de lui, même si ça me paraît très contre-intuitif.
Il faut savoir que la Syrie, c’était le gouvernement sur lequel la République islamique comptait le plus. Parce que c’était total, parce que c’était entier, parce que c’était sans concession. La Syrie était le seul pays qui, pendant la guerre Iran-Irak, avait absolument aidé la République islamique et n’avait jamais donné quelques coups de pouce que ce fût à l’Irak, ce qui est quand même assez rare. En règle générale, la plupart des pays se mettaient soit directement du côté irakien, soit aidaient un petit peu les deux parties.
Il y a également une autre raison à cette relation étroite, celle de l’accès à la Méditerranée. Côté République islamique d’Iran, la perte de Bachar pose un véritable problème de ce point de vu. C’est pour cette raison d’ailleurs que la République islamique essaie d’élaborer des discours, depuis une dizaine d’année, pour séduire les Bektachis d’Albanie, afin continuer d’avoir une influence qui s’ouvre à la Méditerranée.
Ces deux facteurs là sont donc évidemment un vrai coup porté à l’axe de la Muqawama. En revanche, reste à savoir dans quelle mesure cette situation va rester en l’état. Si par exemple, la République islamique va se mettre à compter sur d’autres milices pour essayer de compenser l’absence de cordialité diplomatique avec la Syrie ou si jamais ils ont envie d’essayer de trouver un moyen de se rapprocher diplomatiquement d’Al-Sharaa.
Après le 7 octobre 2023, plusieurs revers s’enchaînent pour tout l’Axe de la résistance – avec la fragilisation du Hamas, du Hezbollah, l’assassinat de Hassan Nasrallah, la chute d’Assad, jusqu’à la guerre des Douze Jours en juin 2025 –, le régime iranien et les Gardiens de la Révolution parviennent-ils à maintenir leurs proxies opérationnels malgré tout?
Mais comme le Hezbollah est le joyau de la couronne pour Téhéran, à la fois historiquement et au niveau de l’externalisation idéologique, puisque le Hezbollah a une charte qui rend absolument gémellaire l’aspiration gouvernementale, l’Iran met les bouchées doubles pour reconstituer les forces. Il ne faut pas oublier que la République islamique, dans sa construction, avait comme point d’ancrage le sud du Liban. C’est comme si, finalement, le Hezbollah, sans s’appeler comme tel, existait avant la République islamique, il y a quelque chose de très historique là-dedans. En revanche, on n’aurait pas mis les bouchées doubles de la même façon pour reconstituer, par exemple l’Ansarullah au Yémen, si c’étaient eux qui avaient été détruits. Donc oui, face à l’affaiblissement, l’Iran redouble d’effort pour, très vite, reconstituer les forces.
Pour ce qui concerne le Hamas, je pense qu’il y a une certaine méfiance de la République islamique à son égard, même si il compte aussi. Il permet de mettre en place la politique de la boiling frog, qu’apprécient particulièrement les Gardiens de la Révolution. C’est-à-dire que plus le Hamas va accentuer ses opérations, plus la communauté internationale va développer des discours anti-israéliens, ce qui sert les intérêts de la République islamique.
Ils se méfient du Hamas d’un point de vue purement opérationnel. Parce qu’ils sont en mesure soit de faire des erreurs par rapport à ce qui leur est demandé, soit de prendre des initiatives qui échapperaient aux mains des Gardiens de la Révolution. En revanche, sur le long terme, sur les répercussions dans les esprits, ça sert toujours les intérêts de la République islamique, qui est l’incarnation de l’entité la plus crédible en matière d’anti-sionisme, surtout depuis les accords d’Abraham, avec la cascade de régularisation et de normalisation des relations diplomatiques entre de nombreux pays arabes et israéliens.
Après la guerre débutée le 28 février 2026, on voit que l’Iran fait intervenir ses proxies comme le Hezbollah, des milices irakiennes ou encore les Houthis. Mais on distingue aussi un autre moyen de dissuasion émerger, qui semble très apprécié par Téhéran, le détroit d’Ormuz, qualifié d’équivalent à « une bombe atomique » par un conseiller du Guide suprême. Selon vous, assistons-nous à un changement de la stratégie de défense iranienne?
Ce n’est pas un changement de fonctionnement, mais c’est le franchissement d’un seuil. Parce qu’à chaque fois qu’il y a eu des problèmes, que cela soit avec des puissances étrangères, que ce soit dans le cadre de négociations sur le nucléaire ou autre, la République islamique a toujours brandi la possibilité de fermer le détroit d’Ormuz. Ça, ce n’est pas nouveau, ça a toujours été au moins dans les esprits.
Là, ce qui est nouveau, c’est qu’ils l’ont fait, on a franchi un seuil. On est passé du discours à l’action, à l’opération. Il y a vraiment un palier qui a été franchi, comme beaucoup d’autres l’ont été. C’est-à-dire qu’en 45 ans, la République islamique s’est contentée du discours en disant « mort à l’Amérique, mort à Israël », sans véritablement passer à l’action, ou alors indirectement, sur d’autres terrains par proxy, comme vous le soulignez, au Yémen, dans le Golan, ou autre. A partir de 2024, vous avez un premier pas qui est franchi, parce qu’on est dans une confrontation directe. On est, non pas dans une évolution différente, mais dans un franchissement de paliers qui sont totalement inédits, tout simplement.
Est-ce que vous voyez d’autres formes de dissuasion, peut-être moins coûteuses que des proxies, que Téhéran pourrait utiliser dans ce nouveau contexte?
Ils vont rester accrochés au détroit d’Ormuz, ça c’est sûr, pour tout ce qui est navigation, pétrole, etc. Mais ce qu’il y a encore plus à redouter, ce sont les questions des câbles sous-marins. Ils savent que même si chacun arrive à réorganiser sa consommation pour se passer de cargaison en provenance du détroit d’Ormuz, parce qu’ils savent que c’est possible, que chaque pays peut décider de mettre l’accent sur d’autres sources d’énergie, ou par exemple, que la France redevienne amie avec les Algériens de façon un petit peu plus évidente pour profiter de son pétrole. Ils savent que les puissances peuvent réorganiser leur consommation pour que la fermeture du détroit d’Ormuz, même si ça prendra du temps, ne soit plus un levier de négociation. En revanche, pour les câbles, c’est très difficile d’imaginer comment on pourrait faire autrement. Parce qu’on s’est toujours posé la question du renouvellement des énergies, du fait de laisser sur le côté la question pétrolière, ça fait des années et des années qu’on se pose la question. Mais concernant Internet, on ne s’est jamais posé la question.
Concernant la politique intérieure iranienne, assiste-t-on à une prise de contrôle du régime par les Gardiens de la Révolution, notamment à travers la figure d’Ahmad Vahidi ? Quelles pourraient être les conséquences, notamment pour la politique étrangère du pays et la population iranienne?
Non, on ne sait pas pour l’instant. Tout ce qu’on sait, c’est que c’est effectivement un renforcement du caractère militaire des Gardiens de la Révolution sur le régime, sans destruction du régime. On reste dans le même régime et la même structure. Ça s’appelle toujours Jomhuriye Eslâmiye (République islamique), il y a toujours le Velayat al-faqih, il y a toujours un Guide suprême, Mojtaba Khamenei, même si on ne sait pas s’il est véritablement à la place prévue par la Constitution.
Maintenant, on ne sait pas où ça va aller, le fait qu’ils prennent plus de place. Pour rappel, les Gardiens de la Révolution, c’est le surmoi de la République islamique. Il y a deux armées parallèles, l’une qui n’est pas coextensive au caractère idéologique du régime, c’est-à-dire que si demain la République islamique tombe, l’Artesh, c’est-à-dire l’armée régulière, persiste. En revanche, les Gardiens de la Révolution sont coextensifs à la République islamique.
Pour l’instant, on est dans la fameuse phase de l’Internet pro, c’est-à-dire la discrimination de l’accès à Internet, donc ne sait pas trop quel chemin le contrôle va prendre. En fonction du métier que vous avez, vous recevez un texto qui vous dit que vous êtes éligible au SESAM Internet Pro, il faut que vous remplissiez une feuille de renseignement personnel. Cette feuille, elle est extrêmement précise, ce qui permet d’ailleurs de collecter des informations et de faire vraiment du renseignement et de la surveillance pour l’État. Il y a plein de gens qui ont besoin d’Internet et qui hésitent, qui préfèrent payer 4000 euros un boîtier interdit Starlink, sachant que le salaire moyen c’est 180 euros par mois en Iran, plutôt que de remplir ce formulaire, quand bien même ils auraient le droit d’un accès à Internet, parce qu’ils ne savent pas dans quelle mesure les Gardiens de la Révolution vont exprimer la plus grande influence qu’ils ont dans le cadre des rouages de la République islamique actuellement.
Donc pour l’instant, il est un petit peu trop tôt. On sait seulement que les Gardiens de la Révolution couvrent tous les secteurs, sont à la fois de bons stratèges, peuvent se retrouver dans des parties très différentes. Par exemple, vous avez des gardiens de la Révolution qui sont pro-accord nucléaire et d’autres qui sont anti-accord nucléaire parce qu’ils s’enrichissent par des marchés de contrebande sous les sanctions. Donc, si vous voulez, ils sont partout et ils sont même, sur certains points, opposés entre eux, ce qui ne permet pas d’avoir une lecture linéaire et évidente de ce qui va se passer par la suite.


