Analyse sur la situation suite à l’élimination du général iranien

Qasem Soleimani

Albert Farhat

L’élimination cette nuit du Général Qassem Souleimani, le commandant de la force al Qods [ara. : Jérusalem], no.2 de la théocratie chiite iranienne, probablement lors d’une opération conjointe américano-israélienne, modifie totalement les fondamentaux de la situation moyen-orientale.

Ce pour une raison très simple : en annonçant qu’il avait donné l’ordre de procéder à l’oblitération ciblée du général iranien, Donald Trump a clairement démontré qu’il était prêt à une confrontation majeure avec la dictature de Téhéran.

Avant de prendre cette décision, Trump ne pouvait pas, en effet, ignorer que l’anéantissement du no.2 du régime perse, le premier militaire du pays, le chef de sa stratégie, de la confrontation avec Israël et de l’expansion de l’empire chiite en direction de l’Irak, de la Syrie et du Liban risquait de déclencher un processus d’affrontement direct qui aboutirait potentiellement à une guerre ouverte et totale.

Pour la première fois depuis son accession à la présidence, Donald Trump, qui déteste le recours à la force militaire, s’en est pris directement aux Iraniens – et non plus à leurs supplétifs -, et encore à l’échelon le plus élevé.

Il est ainsi évident qu’il a pris en compte l’hypothèse d’un conflit et qu’il l’assume.

Tout comme il est évident qu’il s’agit d’un choix à caractère stratégique et non d’une réaction à l’attaque de l’ambassade américaine à Bagdad, orchestrée par la junte des ayatollahs de Téhéran.

Certes, en agissant de la sorte, Trump se démarque de Jimmy Carter et de la façon dramatique qu’il avait eue de gérer la crise des otages de l’ambassade américaine à Téhéran en 1979, et cela est de bonne guerre en cette année électorale.

Mais le président étasunien est solidement entouré par d’excellents stratèges militaires. Même s’il ne les écoute pas toujours, il n’a pu ignorer ce qu’ils ne cessent de lui répéter : on ne prend pas le risque de déclencher une guerre en représailles à quelque provocation tactique que ce soit.

Si on le fait, à l’instar de l’immense erreur d’Ehud Olmert face au Hezbollah à l’été 2006, on laisse à l’adversaire le privilège de choisir le moment de la confrontation. Cela équivaut aux échecs à opter de commencer la partie avec les noirs alors que l’on peut jouer avec les blancs.

En termes strictement stratégiques, on peut s’interroger sur la raison qui avait poussé Trump, en 2017, à abandonner les Kurdes (déjà) irakiens alors qu’ils étaient confrontés autour de Kirkouk aux mêmes Forces de Mobilisation Populaires. Ces dernières étaient encadrées par des officiers iraniens sous le commandement de Qassem Souleimani ; elles supportaient l’essentiel de la confrontation aux côtés de l’Armée irakienne, obéissant aux injonctions d’un gouvernement chiite inféodé aux ayatollahs iraniens. Le comble de la sottise fut que pour vaincre les Kurdes, les Iraniens et les Forces de Mobilisation Populaires s’appuyèrent uniquement sur le matériel que les Américains avaient fourni à Bagdad.

Si Trump avait alors soutenu ses alliés kurdes, Téhéran n’aurait pas pu s’implanter comme il l’a fait en Irak, pas plus qu’il n’aurait pu construire sa fameuse autoroute chiite en direction de Beyrouth et de Jérusalem.

Ce fut un monumental gâchis, une erreur stratégique majeure et coûteuse. On peut sans doute la mettre sur le compte d’un président encore inexpérimenté à l’époque en matière de compréhension du labyrinthe moyen-oriental.

Laissons toutefois le passé là où il se trouve, car la question est désormais « que va-t-il se passer ? ».

Avant de l’envisager, il convient tout de même de préciser que le narratif de la quasi-totalité des autres media européens et américains relativement à la situation prévalant en Irak est trompeur. Contrairement à ce qu’ils racontent, il n’existe pas de « peuple irakien » homogène, mais deux groupes ennemis ; les chiites, alignés sur Téhéran – à l’exception notable de l’imam chiite Moqtada al-Sadr, de ses nombreux partisans et de sa milice ouvertement opposée aux Iraniens – qui pleurent l’élimination de Souleimani.

Et les sunnites et les Kurdes, qui représentent environ 45% de la population, qui sont fermement opposés au gouvernement en place et à l’invasion rampante des Iraniens. Sur cette vidéo, on voit des milliers de sunnites irakiens manifester leur joie au péril de leur vie à l’annonce de l’éradication du général perse :

Cette précision, pour expliquer que les Iraniens ne sont pas en Irak en terrain conquis, et qu’en cas de guerre totale, les Américains peuvent compter sur la moitié de la population ainsi que sur les milices sunnites qui ne participent pour le moment à aucune confrontation.

En Irak, il y a donc ceux qui ont attaqué l’ambassade américaine, les chiites aux ordres de Khameneï, anciennement transmis par feu son régisseur Souleimani, et ceux qui fêtent la perte de ce dernier. Ils ne sont pas réconciliables, en tout cas tant que les Perses n’auront pas quitté définitivement leur pays.

Ainsi le Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, après avoir décrété un deuil national de trois jours, a déclaré qu’ « une vengeance terrible attendait les criminels qui ont assassiné Souleimani ». Il a pris la décision de nommer Souleimani chef d’état-major à titre posthume et de lui décerner le grade de Sfihabad, maréchal. Khameneï a en outre désigné le Brigadier Général Esmaïl Qaani, ancien bras droit de Souleimani, comme nouveau chef de la force al Qods.

Toutes les forces militaires présentes aux abords du Moyen-Orient et à l’intérieur de celui-ci sont en état d’alerte, y compris Tsahal bien entendu. En Israël, les permissions ont été supprimées, toutes les bases sont en mode opérationnel et d’autres mesures qu’il n’est pas nécessaire de mentionner dans ces colonnes ont été prises.

Je décrirai l’état d’esprit de Tsahal comme prêt à toute éventualité dans une grande sérénité. Cela découle de la constatation selon laquelle l’ennemi ne dispose pas des moyens nécessaires afin de se mesurer militairement à l’Etat hébreu. Encore moins aux Etats-Unis.

Pour être plus précis encore, on dira que toute action militaire majeure de la théocratie chiite participerait de l’ordre du suicide. Ce, notamment parce que du point de vue stratégique, plusieurs Etats dont Israël n’attendent que l’opportunité adéquate pour réduire à néant l’infrastructure nucléaire des ayatollahs, leurs fabriques et concentrations de missiles, ainsi qu’un répertoire très  bien choisi de cibles, en Iran, en Irak et en Syrie.

Le commandant en chef de l’Armée iranienne a beau déclarer ce matin que « nos missiles se trouvent en alerte de guerre et nous attendons les instructions du président », il n’impressionne pas les responsables militaires qui lui font face.

L’éventualité la plus désagréable est celle représentée par la menace des milliers de roquettes aux mains du Hezbollah libanais. Mais la même équation s’impose à son chef, le Sayyed Hassan Nasrallah : tout acte hostile à l’encontre d’Israël exposerait son organisation et sa propre personne à un éventuel anéantissement.

Nasrallah a certes promis le « juste châtiment aux assassins criminels responsables de la mort du général iranien Qassem Souleimani ». Soulignant que « ce sera la responsabilité et la tâche de tous les résistants et combattants à travers le monde », mais s’il est sensé, ce qui est ordinairement son cas, il s’en tiendra aux menaces non suivies d’effets.

C’est d’ailleurs le questionnement de base : l’appréhension du rapport de force entre l’Iran et ses adversaires implique pour ses dirigeants, au-delà du doute sensé, de s’abstenir de toute action militaire. Reste que si la dictature chiite ne réagissait pas à l’élimination de son principal chef de guerre, elle perdrait toute crédibilité en tant que puissance militaire.

Ce qu’il lui reste dans l’éventail des possibilités de « riposte raisonnable » se situe dans des actes très circonscrits, indirectement de préférence, par l’intermédiaire des nombreuses milices étrangères que l’Iran a créées, notamment au Yémen, en Irak et au Liban. Mais alors que les forces occidentales dans la région sont sur le pied de guerre, à l’abri de la surprise, la liste des choix de réplique est objectivement très limitée.

Au cas où Téhéran ne souhaite pas déclencher son propre Armageddon, ses représailles devront se cantonner dans le domaine des attentats contre des personnes ou dans celui des actes de guérilla.

La France s’est exprimée par la voix d’Amélie de Montchalin, la secrétaire d’Etat aux Affaires Européennes ; celle-ci a affirmé que « quand de telles opérations ont lieu, on voit bien que l’escalade est en marche, alors que nous souhaitons avant tout la stabilité et la désescalade ». Derrière ce discours aux apparences de responsabilité, les mots stabilité et désescalade expriment la volonté de maintenir le statu quo, c’est-à-dire de préserver la dictature odieuse des mollahs et des ayatollahs, ce qui nous semble à vrai dire difficilement compréhensible. Ce qu’elle nomme « de telles opérations » est somme toute l’anéantissement d’un méga-criminel dont les mains étaient entachées du sang de milliers d’être humains et qui n’avait jamais dissimulé sa haine à l’encontre des régimes démocratiques et laïcs à l’instar de celui de la France.

Aux Etats-Unis enfin, la chancellerie a appelé les Américains en Irak à quitter le pays « par avion tant que c’était possible, sinon vers d’autres pays par voie terrestre ».

Des membres du parti Démocrate ont fait part de leurs préoccupations, sans pour autant expliquer ce qui constitue leur crainte, alors que c’est principalement une dictature obscurantiste qui est en péril. La présidente de la Chambre des Représentants, la Démocrate Nancy Pelosi, a ainsi déclaré :  « L’Amérique et le monde ne peuvent pas se permettre une escalade des tensions qui atteigne un point de non-retour ».

Elle n’a pas précisé pourquoi nous ne pouvons pas nous le permettre.

3 rokets tirées par des milices iraniennes ont atterie dans la zone verte prés de l’ambassade américaine à Bagdad

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USS Bataan (LHD-5) US Navy USS Navy with more than hundreds of US Marine Corps (USMC) aircraft carrying several Bell Boeing-1 Aspers  Bell Boeing V-22 Osprey Aviation Squadrons; Tilt Rotor Helicopter (VMM-365) and 4 EV-8 Perrier Aeronautical Flight Fighters McDonnell Douglas AV-8B Harrier II Naval Squadron (VMM-365)  Based in North Carolina, on the way to the Persian Gulf for possible conflicts with the Islamic Republic

Certaines sources affirment cette nuit que les usa devrait attaquer massivement l’Iran dans les prochaines heures /jours tous au plus

Trump doit s’adresser à la nation dans les prochaines heures

Israël : l’armée de l’air ainsi que les systèmes de défense anti aérien sont en état d’alerte maximum

Les dernières informations qui nous parviennent font état de plus de 30 missiles balistiques (missiles sol/sol) tirés depuis l’Iran vers les base américaine en Irak

L’Iran menace de « réponses encore plus dévastatrices » en cas de nouvelle attaque américaine, et menace aussi de frapper Israël et des alliés des États-Unis.

Le Pentagone annonce que les victimes des frappes iraniennes sont uniquement des Irakiens.

L’attaque iranienne a été lancée à 01h20 (heure locale), ont indiqué des responsables iraniens, précisant que c’était l’heure de la frappe américaine qui a tué le général Qassem Soleimani ce jeudi, alors qu’il quittait l’aéroport de Bagdad.

Les médias d’État iraniens rapportent que des avions de combat iraniens sont entrés dans l’espace aérien irakien.

L’agence Tasnim a annoncé le début d’une deuxième salve de frappes visant les bases américaines en Irak et assure que tous les projectiles ont atteint leurs cibles:

Info a vérifié :

Selon les médias iraniens au moins 30 soldats américains aurait été blessé

Deux attaques aériennes durant cette nuit (mardi à mercredi) attribuées à Israël par les media officiels syriens.

La première a visé des éléments iraniens ainsi que des milices chiites irakiennes et libanaise à leur service à l’entrée de la ville de Deir ez-Zor, sur l’Euphrate. Les dégâts sont importants, il y a des morts parmi ces combattants ainsi que dans les rangs de l’Armée gouvernementale syrienne.

Le second raid, le plus important, a ciblé la base aérienne T4, ou aéroport al Althias, du nom de la ville-oasis Khirbat Thiyas, toute proche, qui est située en plein désert syrien, à 55km à l’ouest de Palmyre et à 83km à l’est de Homs.

L’attaque au missile a été d’une rare violence. Radio Damas, au milieu d’informations fantaisistes faisant état de missiles israéliens abattus (au début, ils ont prétendu que l’attaque avait été repoussée par la DCA d’al Assad), a reconnu finalement d’importants dégâts matériels.

Les autres nouvelles des media gouvernementaux syriens sont sans intérêt. Elle ne constituent pas de l’information mais de la propagande.

Plusieurs bombardiers Soukhoï 22 et 24 de fabrication russe ont été détruits au sol.

Faute de toute information côté israélien, on ignore quels étaient les objectifs visés et la raison de ces opérations.

Nous ignorons également les bilans de cette intervention, les lignes téléphoniques ayant été interrompues immédiatement après l’assaut, probablement afin d’empêcher Michaël Béhé de s’entretenir avec les médecins de l’hôpital de Khirbat Thiyas. D’après ce dernier toutefois, le bombardement de cette nuit « pourrait être les plus violent de ceux qui ont touché T4 jusqu’à présent. En considération des dommages subis dans la base aérienne », poursuit le chef de la Ména libanaise, « les pertes en hommes et en matériel sont probablement très importantes ».

On sait en revanche que T4 constitue une importante base militaire partiellement cédée aux Iraniens, et qu’elle a été prise pour cible au moins huit fois déjà par Tsahal dans le passé (selon le décompte de la Ména).

Nous savons également que deux gros porteurs syriens ont atterri hier, des Ilyushin 76, en provenance de Téhéran, à 11h20 et respectivement 13h, heures locales. On pouvait suivre leurs périples sur l’application Flightradar24.

Vu la virulence de l’intervention attribuée à Israël, soit l’état-major israélien entendait détruire les armes amenées par les Ilyushin avant qu’elles ne puissent être mises à l’abri, soit les Iraniens préparaient une opération imminente contre l’Etat hébreu.

Nous remarquons également que lors de la présentation annuelle du Renseignement militaire israélien qui s’est déroulée ce mardi, les intervenants ont estimé que l’élimination de Qassem Souleimani, la mobilisation du régime théocratique afin de réprimer la révolte populaire, ainsi que la tension entre la « République » Islamique et les Etats-Unis constituaient un moment opportun pour frapper très fort le déploiement perse en Syrie. Plus encore que jusqu’à maintenant.


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