Après avoir contrôlé l’Est libyen, un nouveau projet turc vise le sud du pays

Comité de rédaction

Le projet turc en Libye ne cesse de s’élargir pour atteindre des régions dans le sud du pays, affirme le journaliste Al-Jumaii Qasemi, au moment où les forces du gouvernement Al Wifak  avance  dans le nord pour compléter le contrôle de la bande côtière du pays, tout en cherchant à entrer dans la ville de Syrte qui est toujours sous le contrôle de l’armée libyenne, affiliée au général Khalifa Hifter.

La ville de Syrte demeure l’une des plus importantes villes côtières en Libye car elle comprend les ports pétroliers libyens. L’armée libyenne avait précédemment contrôlée cette ville au cours des derniers mois, lors d’une opération militaire visant à entrer dans la capitale, Tripoli.

Des sources libyennes ont révélé l’existence d’une tendance turque à contrôler la base de Tamanhant, dans le sud-ouest de la Libye dans l’objectif  d’ouvrir la voie au contrôle des champs pétroliers de Sharara et El Fil. Les mêmes sources ont mis le point sur l’importance de la base de Tamanhant qui appartient à la ville de Sebha l’une des plus grandes villes du sud libyen. Ainsi la base en question occupe un emplacement stratégique car elle supervise la route reliant Sabha et les zones d’Al-Jafra, qui occupent le centre du pays, et relie les régions et les villes du sud au nord. Selon ce qui a été publié dans le journal Al Arab.

Provocation française

Si les tentatives de contrôler le nord libyen se sont confrontées avec les intérêts russes, les tentatives de la Turquie de s’étendre au sud seraient en conflit avec les intérêts français. À ce niveau, Qasemi souligne que la région du Fezzan sud est une zone d’influence traditionnelle française et les mouvements turcs ne passeront pas sans l’intervention française pour protéger ses intérêts.

La région de l’Afrique centrale est une sphère d’influence française, car les pays de la région comprennent des dizaines de bases militaires françaises, de la période coloniale qui sont opérationelles jusqu’à aujourd’hui.

Par ailleurs, une source libyenne a affirmé à l’Observatoire de Mena que la région sud est d’importance majeure pour le gouvernement turc, sachant que le sud de la Libye est la principale route d’immigration clandestine de l’Afrique vers les côtes européennes, ce qui lui permet de contrôler directement le mouvement de migration. Selon notre source : « Le contrôle de cette route augmente en premier lieu les pressions turques sur l’Union européenne, d’autant plus que le gouvernement Eurdogan est conscient que l’entrée dans l’Union est devenue impossible.

Les opérations d’immigration illégale sont actives au niveau du centre du continent africain à travers le sud de la Libye jusqu’à la côte. En effet, des groupes politiques et de défense des droits de l’homme ont accusé les chefs de groupes militaires et les chefs des tribus du sud de la Libye, qui sont des alliés du gouvernement Sarraj, de gérer certaines routes migratoires à partir du territoire libyen.

Le contrôle des chemins de l’immigration illégale en provenance de Libye par la Turquie signifie un contrôle total des frontières européennes. Selon notre source, il ne faut jamais sous-estimé ce dossier dans les calculs turcs, sachant qu’elle contrôle toute la frontière maritime et une partie des frontières terrestres orientales de l’Union européenne, en plus de la sensibilité de la question des réfugiés pour les affaires internes européennes,  qui peut bouleverser l’équilibres politiques dans ces pays.

Notre source ajoute: « Tout le monde se rappelle comment la Turquie a ouvert la porte à l’immigration à travers ses frontières orientales, il y a des mois, et la crise qu’elle a créée, en raison du rejet par l’Europe de l’opération militaire turque en Syrie, et cela en soi est une indication de l’importance de cette manœuvre pour les Turcs face aux Européens. À ce stade peut-on imaginer la situation de l’Europe si elle ouvrait simultanément ses frontières maritimes orientale et méridionale aux réfugiés « , soulignant que le contrôle de toute la côte nord-africaine et du sud de la Libye est d’importance majeurs pour les Turcs dans ses relations politiques avec l’Europe.

L’algérien Ridha Boudraa Al-Husseini, un membre des Frères musulmans, résidant en Turquie, « , a écrit un tweet, dans lequel il considérait que les développements de situation libyenne étaient un message à ce qu’il a décrit comme la libération du peuple algérien et des peuples de la région. Ce qui les analystes politiques ont vu comme une indication des intentions de la Turquie de s’étendre à l’Afrique du Nord.

Devant cette équation et les répercussions sur les européens, notre source confirme que la France a déjà entamé des démarches diplomatiques et militaires pour faire face aux progressions de la Turquie dans le sud, d’autant que plusieurs informations indiquent que le plan turc est basé sur une opération militaire rapide et qualitative, après avoir achevé le dossier de la ville de Syrte au nord, notant qu’une visite du ministre turc de la Défense, Khulusi Akar, en Libye il y a quelques jours, était lié à ces démarches.

Expansion par étapes

Pour l’analyste politique, « Mohamed Aboulfadhl » estime qu’il serait irraisonnable de localiser le projet turc à la Libye ou à l’Afrique du Nord uniquement, soulignant qu’Ankara a des liens avec de nombreuses milices d ‘ »idéologie extrémiste », ce qui pourrait aider considérablement les turcsà pénétrer davantage dans la région, a-t-il déclaré.

En outre, Abu Al-Fadhl affirme que les forces pro-turques se tourneront inévitablement vers le sud de la Libye, mais après avoir complètement assuré la sécurité de la capitale, Tripoli et les régions occidentales du pays, étant donné que l’est de la Libye, qui est contrôlée par l’armée libyenne, représente toujours une ligne rouge pour la Turquie et le gouvernement Al Wifak à ce stade.

La ville de Benghazi, dans l’est de la Libye, est considérée comme une zone d’influence pour l’armée libyenne et les institutions politiques et officielles qui la soutiennent, telles que le Parlement et le gouvernement de transition, sachant que la région orientale représente l’une des régions les plus riches du pays en richesses pétrolières.

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