Biden a-t-il fermé la porte de la Maison Blanche devant Erdogan?

Bien que la Turquie tente durant ces derniers mois d’améliorer ses relations tendues avec l’Occident, particulièrement les États-Unis, ces derniers imposent des sanctions sur l’administration turque des industries de la défense et sur un certain nombre de hauts responsables. Cela a suscité des questions et des points d’interrogation autour de la position de l’administration du président américain « Joe Biden » par rapport au dossier des relations turques et des Etats Unis, notamment que les deux pays sont membres à l’OTAN.

Il est à rappeler que le président turc, «Recep Tayyip Erdogan», a affirmé en février dernier que la Turquie et les États-Unis sont liés par des intérêts communs qui l’emportent largement sur leurs divergences d’opinion, en exprimant la forte intention d’Ankara d’améliorer les niveaux de coopération avec Washington et les États-Unis.

Les données du département du Trésor américain indiquent que les sanctions imposées sur la Turquie visent l’Agence turque des industries de défense et son chef, Ismail Demir, et 3 autres personnalités turques liées à Demir, en soulignant que les sanctions concernent l’interdiction de toutes les licences et les autorisations d’exportation américains données  à l’administration turque des industries de défense, ainsi que le gel des avoirs et des restrictions de visa pour Demir et des officiers turcs.

Le nœud du S-400

Malgré la divergence des positions entre Washington et Ankara sur de nombreuses questions épineuses, mais les données du département américain lient les sanctions à l’affaire de l’accord sur les missiles de défense aérienne russe S-400 dont la Turquie refuse toujours de renoncer, en notant que tous les chiffres concernés par les sanctions sont liées à ce dossier.

Il est à rappeler que l’administration du président américain a indiqué au cours des dernières semaines que le retour des relations avec la Turquie était étroitement lié à l’annulation de l’accord sur les armes russes. C’est ce que le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşolu, a commenté en indiquant que la transaction a été finalisée et elle est irréversible.

Commentant les sanctions, le chercheur des affaires du Moyen-Orient, Amr Abd Al-Ati, a estimé que cette transaction des missiles restera un nœud devant les relations turco-américaines, étant donné que le gouvernement turc est actuellement confronté à deux options sans aucune autre possibilité, soit l’annulation du deal et perdre des années d’alliance avec les Russes et de revenir dans le camp américain, soit de finaliser l’accord et de perdre l’opportunité d’améliorer les relations avec l’Occident, ce qui pourrait beaucoup l’aider dans sa crise économique.

Abd al-Ati a expliqué : «Le gouvernement turc, à travers l’accord des missiles russes, a voulu sortir du manteau américain et d’utiliser la relation avec la Russie comme une carte de pression sur les Américains, sauf que le changement de direction à Washington a mélangé toutes les cartes et a mis le gouvernement de la Justice et du Développement en difficulté. Il n’est donc pas en mesure de conclure l’accord à cent pour cent, et il n’est pas en mesure de se retirer, et par conséquent, on peut dire que les relations entre Ankara et Washington, si elles ne sont pas rétractées , feront de surplace pendant longtemps », en ajoutant que dans les circonstances actuelles, la Turquie sera la partie perdante de cette situation, étant donné que c’est la partie qui souffre des crises économiques et politiques.

En outre, Abd al-Ati a poursuivi que les États-Unis ont plusieurs alliés dans la région, comme les États du Golfe et l’Égypte, par exemple, qui sont des pays qui représentant des alliés stables et stratégiques pour des États-Unis de loin par rapport à la Turquie, d’autant plus qu’ils ont des positions plus strictes et plus claires en ce qui concernent les questions du dossier de l’Iran et la lutte contre le terrorisme. Il a par la suite souligné que « Biden » peut avoir le sentiment qu’il n’aura pas grand besoin des relations avec la Turquie, pour dépasser l’affaire des missiles russes, d’autant plus que les États-Unis considèrent ces missiles comme une menace pour l’OTAN.

De son côté, l’analyste politique, Nasser Khasawna, a considéré que l’administration américaine n’a pas fermé complètement la porte devant le gouvernement turc et devant Erdogan, mais qu’elle voulait envoyer un message par le biais des sanctions disant qu’elle ne renoncera pas à cette condition ou à la sécurité des forces de l’OTAN, d’autant plus qu’elle n’acceptera pas que la question des missiles continue d’être en suspens sans un retrait clair de la Turquie de cet accord, en insistant qu’il n’y a pas de relations entre les deux parties tant que cet accord existe encore.

La Turquie perdue entre l’Est et l’Ouest

Les politiques du gouvernement de la justice et du Développement au cours de la dernière décennie ont lui fait perdre sa boussole et la boussole de ses intérêts entre l’Est et l’Ouest, comme l’indique l’analyste politique, Kaoua Mustafa, en soulignant que cette politique a mis la partie militaire et politique des intérêts turcs dans l’Est avec la Russie et la Chine, tout en essayant de garder ses intérêts économiques avec l’Occident aux Etats-Unis et en Europe, tandis qu’elle adopte de politiques contraires aux orientations de ces pays.

Mustafa a ajouté : «Cette combinaison d’intérêts ne peut être mise en œuvre par aucune partie du monde, surtout qu’elle est basée sur le fait de mettre ensemble des intérêts entre les parties belligérantes, et que le gouvernement turc s’est trop engagée dans ses relations avec la Russie spécifiquement dans le dossier syrien. Ce qui a donné à Moscou des cartes de pression sur Ankara », en indiquant que la décision de se séparer des intérêts de la Russie coûtera beaucoup à la Turquie sur le plan militaire et son influence en Syrie.

Par ailleurs, Mustafa a considéré que la seule solution possible au dilemme des relations turques et de la politique étrangère est le fait de changer le régime au pouvoir et l’ascension d’une nouvelle administration dans le pays. Cela donnera plus de pouvoir à la Turquie pour réorganiser ses relations avec les pays du monde et de réorganiser ses priorités selon la liste de ses intérêts, soit avec l’Occident ou avec la région arabe, selon ses propos, en considérant que le gouvernement de la Justice et du Développement a créé un profond fossé au niveau des relations avec de nombreux pays dans la monde, y compris l’Égypte, le Golfe, l’Union européenne et les États-Unis, et il est incapable de combler ce fossé avec toutes ces parties.

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