Crise interne et démissions : Chances infimes pour les Frères musulman du Maroc aux prochaines élections

Les bases populaires du bras politique des Frères musulmans, le Parti de la justice et du développement, sont en colère contre les dirigeants du parti au niveau des régions et du Secrétariat général, sur fond de ce qu’ils ont qualifié de sélectivité dans le choix des candidats du parti aux prochaines élections régionales, collectives et législatives.

Les membres du parti estiment que les dirigeants ont violé les valeurs et les principes adoptés toujours par le parti ainsi que la fausse démocratie au sein de ses cadres organisationnels a été mise à nu. Cela a poussé des dizaines de ses dirigeants et membres à présenter leur démission, dans un moment critique, surtout que ces démissions interviennent avant les élections prévues début septembre prochain.

Les démissions massives révèlent la gravité de la crise

Le Parti marocain de la Justice et du Développement traverse depuis des mois par une crise politique qui s’est aggravée davantage en raison des différends entre ses dirigeants et ses bases au cours des deux derniers mois, où les portes étaient ouvertes aux candidatures pour choisir les candidats aux élections législatives, communales et les élections régionales qui se tiendront le 8 septembre prochain.

Des sources au sein du parti indiquent que les différends sont dus au fait que le secrétariat général du parti et les dirigeants régionaux se sont opposés à la volonté des électeurs, en retenant des personnalités indésirables par les bases locales, et les électeurs n’ont pas voté pour elles dans les comités de candidature.

Le secrétaire local du parti dans l’un des groupes de la région de Safi, « Idris Fakhiri », a ouvert la porte aux démissions le 11 juillet dernier, après avoir présenté sa démission du secrétariat régional, et local et de toutes les instances politiques appartenant au Parti de la Justice et du Développement, en justifiant sa démission par son regret pour l’« absence de transparence et d’intégrité » lors de l’élection des représentants des listes parlementaires et régionales, et pour « l’exclusion du secrétaire régional, et celui local et du président du conseil municipal à travers un vote sur mesure, tout en excluant la région et le membre du secrétariat général ».

Le 10 du mois en cours, le directeur général du parti, « Abdelhak al-Arabi » a annoncé le gel de son adhésion au secrétariat général, en raison de la recommandation de « Moh Rejdali » à la tête de la liste du parti dans la ville de Témara, qui est connue pour d’importants problèmes d’organisation ayant conduit à la dissolution de la branche locale du parti dans la ville.

Il est à noter que « Rejdali » est considéré comme le candidat électoral le plus ancien du parti, et qu’il se présente sur ses listes depuis 2003, ce qui a provoqué le mécontentement des bases électorales qui ont fermé pendant de nombreuses années les yeux sur le favoritisme et la discrimination, sous le prétexte de préserver l’unité du parti face aux opposants, selon des sources.

Marrakech-Safi a également enregistré la plus grande vague de démissions, et le nombre de démissions a atteint 45 entre membres, conseillers collectifs et chefs de groupes appartenant aux secrétariats régionaux de Marrakech, Safi et Essaouira, et autres qui sont actifs dans les rangs de la branche syndicale de la parti « Union nationale du travail au Maroc ».

Le professeur en sciences politiques « Abdellatif Boujdia » prévoit que les prochains jours soient marqués par de plus grandes démissions massives au sein du parti des Frères musulmans, sur fond de manipulation de la volonté des électeurs de choisir leurs représentants aux élections législatives, régionales et collectives, et l’intervention du secrétariat général pour choisir certaines personnalités pour représenter le parti, en indiquant qu’il y a un écart important entre dirigeants et les membres dont on ne peut pas remédier avant les élections, notamment que les dirigeants défendent leur intérêt et leur position électorale, et non les intérêts du parti. Il a considéré que ce qui se passe actuellement est le résultat des crises organisationnelles et politiques du parti à différents niveaux » et que ces retraits lèvent le voile sur la gravité de la crise au sein du parti.

Boujdia estime que les intérêts personnels sont devenus dominants dans la sélection des candidats aux élections locales et législatives, afin de préserver les postes, les privilèges et les multiples indemnités.

Chances électorales

Suite aux retraits massifs du Parti de la Justice et du Développement, avant les élections prévues le 8 septembre prochain, les prévisions des observateurs quant à l’échec du parti à préserver ses chances électorales comme lors des échéances électorales précédentes se sont renforcées.

Commentant l’impact des différends au sein du parti de la Justice et du Développement lors des élections de cette année, par rapport aux échéances précédentes, le politologue Amir Al-Omari a indiqué que le parti a construit sa popularité au cours de la dernière décennie sur l’idée de l’ennemi imaginaire, soit les chefs d’autres grands partis, le ministère de l’Intérieur et le pouvoir judiciaire, et il a réussi à renforcer sa force grâce à cette idée, mais les partis et les institutions l’ont compris, et ils ne l’ont plus suivi dans ses guerres imaginaires, ou lui ont donné l’occasion de les affronter. Pour cela, ses batailles avec l’autre se sont déplacées à l’intérieur du parti, et il a commencé à se ronger de l’intérieur.

Al-Omari a ajouté qu’il y a une conscience collective au sein des Frères musulmans de leurs chances électorales infimes. On peut constater cela au niveau du changement de leurs propagandes lors de la présentation de leurs programmes électoraux, qui étaient caractérisées par des cérémonies folkloriques et les chichis politiques, comme c’était le cas lors des élections de 2011, 2015 et 2016, mais cette fois le programme a été présenté timidement, voire la présentation du programme, qui devrait être réalisée selon un rituel médiatique particulier, s’est transformée en une sorte de fuite de documents confidentiels.

Al-Omari a également dit que le moral du parti, l’épuisement qu’il a subi à cause du pouvoir, et la situation de colère qui règne en son sein en raison de la guerre des recommandations, sont autant des choses qui ont fait que le moment d’annoncer les contours du programme électoral soit un moment sans âme, sans sens et sans aucun défi, en estimant la chute des chances électorales du parti prochainement vu la conscience de tous de la crise qui frappe durement le parti.

Victimisation et compassion pour préserver sa popularité

Al-Omari prévoit aussi que le parti des Frères musulmans, comme d’habitude, va recourir à la victimisation s’il perd aux élections législatives, en tenant la nouvelle répartition électorale pour responsable, et non pas l’échec du parti à gérer les affaires publiques au cours des dix dernières années.

Il a de même affirmé que le principal déterminant est le nombre de voix à obtenir par le Parti de la justice et du développement, et non le nombre de sièges, car si la répartition des voix affectera le nombre de sièges elle n’a aucun impact sur le nombre des voix obtenues. Pour cette raison, si le parti n’obtiendra pas 1.6 million de votes comme en 2016, la nouvelle répartition ne sera pas la raison mais plutôt la baisse de la popularité du parti.

Il est à indiquer par ailleurs que le Parti de la justice et du développement a accusé, vendredi, des parties politiques, et certains « collaborateurs de l’autorité » d’avoir exercé une pression sur un certain nombre de ses membres pour les dissuader de ne pas présenter leur candidature au nom du parti aux prochaines élections.

Le parti a indiqué dans un communiqué que l’administration centrale de la campagne électorale a enregistré « un ensemble de pratiques inacceptables mettant en question la crédibilité des élections », en ajoutant : « Certains militants et candidats du Parti de la justice et du développement dans de nombreuses régions et provinces ont été soumis à des pressions par certaines parties politiques pour les dissuader de ne pas présenter leur candidature au nom du parti. Il a encore souligné « l’utilisation excessive de l’argent pour séduire les candidats, et l’implication de certains collaborateurs de l’autorité dans ces pratiques », en appelant ses militants et ses candidats à résister et à faire face à ces pressions et tentations financières ».

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