Des manigances se préparent secrètement entre la Turquie et le Qatar pour les faire passer lors des dialogues politiques inter-libyens prévus en Tunisie

Bien que le ministre de l’Intérieur du gouvernement libyen d’entente nationale, Fathi Bachagha, planifie pour accéder au poste du chef du prochain gouvernement à travers un accord tacite avec Aguila Salah Issa, président de la Chambre libyenne des députés, et le maréchal Khalifa Haftar, commandant en chef de l’Armée nationale libyenne avec la bénédiction et l’appui de l’Egypte, les autres membres du gouvernement particulièrement Faïez El-Sarraj, Khaled Al-Mechri et autres continuent à échanger les visites avec leurs homologues turcs et qataris.

Des manigances se préparent entre Al-Sarraj, ses alliés et ceux qui le soutiennent, et entre Fathi Bachagha et ceux ayant des intérêts communs avec lui.

Des plans et des intérêts cachés

Si les intentions de Bachagha de présider le gouvernement étaient hâtivement dévoilées en essayant de se présenter comme étant un homme d’Etat qui s’intéresse aux préoccupations de tous les Libyens tout en ôtant de lui la cape de l’homme des milices des Frères musulmans, les plans de El-Sarraj, soutenu par la Turquie et le Qatar, demeurent mystérieux et incompréhensibles en quelque sorte puisqu’il avait démissionné tout en assurant qu’il se retire officiellement avant la fin du mois d’octobre pour revenir après sur sa décision et déclarer qu’il ne démissionnera pas avant l’organisation des élections générales en Libye.

Entre-temps, ses visites à Doha et à Ankara se sont multipliées pour que les regards soient braqués sur lui et les interrogations se posent autour du rapport entre ses visites et celles des délégations qui lui sont fidèles aux deux pays connus aux yeux de la communauté internationale de leur soutien et le financement du terrorisme.

Certains experts et analystes politiques ont supposé d’ailleurs que les deux pays préparent des choses suspectes pour les faire passer lors des dialogues politiques libyens prévus en Tunisie. Les experts ont révélé de même qu’il y a des efforts turco-qataris pour consolider le pouvoir des Frères musulmans en Libye au cours de la prochaine étape de peur que les démarches militaires et politiques actuelles conduisent à leur exclusion de la scène libyenne.

La confrérie des Frères musulmans est aujourd’hui rejetée par les Libyens. Néanmoins, elle conserve encore la capitale Tripoli sous son joug par le pouvoir de l’argent et des armes. En effet, les visites des responsables fidèles à El-Sarraj et les représentants de l’organisation des Frères musulmans à la Turquie et au Qatar viennent pour coordonner sur le terrain entre les positions. Dernièrement, Khaled Al-Mechri, président du Haut Conseil d’Etat libyen s’est rendu à Doha quelques jours seulement après la réception du ministre des affaires étrangères d’El-Sarraj par Tamim Ben Hamad, l’émir du Qatar, et la signature d’un pacte sécuritaire dans le domaine de la lutte contre le terrorisme qui constitue une violation de la Convention de Genève.

En outre, Faïez El-Sarrraj, le chef du gouvernement d’entente nationale appartenant à l’organisation terroriste des Frères musulmans est allé rencontrer Hakan Fidan, le chef du service de renseignement turc, quelques heures avant que le premier revienne sur sa démission, afin de s’entretenir autour des préparatifs en cours pour la réunion du dialogue politique inter-libyen prévue en Tunisie le 9 novembre courant.

Mobilisation des Frères musulmans

Il semble que les visites des éléments des Frères musulmans en Turquie et au Qatar ne vont pas s’arrêter puisque ces derniers jouent un rôle dans l’ancrage des Frères musulmans et la consolidation de leur présence dans la région ouest et surtout que l’objectif est de leur trouver un rôle à jouer dans la prochaine étape en Libye.

Les deux pays œuvrent pour faire réussir les efforts visant la domination de la confrérie des Frères musulmans et la gestion de la crise jusqu’à nouvel ordre en s’appuyant sur le dialogue inter-libyen en Tunisie pour mettre les gens sur une fausse piste.

L’organisation des Frères musulmans considère la Libye comme leur trésorerie vu les fortunes et les richesses qu’elle dispose. Les Frères musulmans sont aussi conscients qu’ils sont devenus indésirables en Libye. Toutefois, ils ne donnent pas importance à cette question puisqu’ils possèdent l’argent et les armes qui leur permettent de contrôler les Libyens à travers leurs milices.

Et d’ailleurs la mobilisation dernièrement des Frères musulmans et leurs visites récurrentes en Turquie et au Qatar n’est plus une simple coïncidence. Au contraire, il y a un plan qui est en train d’être tissé par les deux pays pour renforcer encore plus le pouvoir des Frères musulmans pendant la prochaine période.

Si la communauté internationale a considéré que la sécurité de la Libye fait partie de la sécurité et la paix internationale, elle n’a pas bougé pour mettre un terme à l’intervention d’Ankara et de Doha dans la scène libyenne. La visite de l’islamiste Al-Mechri au Qatar confirme le soutien à caractère négatif fourni par la Turquie et le Qatar aux Frères musulmans en Libye. Et sans doute cette visite vient pour coordonner autour de la scène politique future qui naîtra du dialogue inter-libyen en Tunisie et qui sera au profit de l’organisation terroriste notamment après l’annonce des noms des participants en majorité des Frères musulmans et des criminels internationaux. L’image devient encore plus claire en sachant que la visite de Al-Mechri était quelques jours seulement après la rencontre entre les deux ministres de l’Intérieur Fathi Bachagha et des Affaires étrangères Mohamed Taha Siala avec l’Emir du Qatar, Cheikh Tamim Ben Hamad Al-Thani à Doha à l’occasion d’une visite inopinée lors de laquelle un pacte sécurité a été signé entre Tripoli et Doha. Ceci a d’ailleurs coulé beaucoup d’encre et a été dénoncé par le chef de l’Armée nationale à l’est du pays ainsi qu’il a été considéré par des observateurs comme étant une preuve irrévocable que le Qatar continue à intervenir dans la scène libyenne.

En parallèle,  le président du Conseil présidentiel du gouvernement d’entente nationale, Faïez El-Sarraj, continue ses visites en Turquie qui coïncidaient avec sa déclaration de revenir sur sa démission. Une donne qui était en relation selon des rapports médiatiques avec une réunion secrète tenue avec le chef du service de renseignement turc, Hakan Fiden, lors d’une visite inopinée qui a provoqué plusieurs interrogations et des critiques à envers El-Sarraj en l’accusant de diriger le pays à partir d’Istanbul.

Accélération des mouvements suspects sur la scène libyenne

L’axe turco-qatari est le plus présent sur la scène libyenne puisque les deux pays sont fortement liés aux courants de l’islam politique avec à leur tête la confrérie des Frères musulmans qui contrôle le gouvernement d’entente nationale dans la capitale libyenne, Tripoli. Il est à rappeler que les deux pays sont impliqués dans le conflit libyen depuis 2011 où ils ont joué un rôle prépondérant en semant le chaos dans le pays. Et le rapprochement des vues des parties libyennes ces derniers moments alimente les craintes de cet axe qui intensifie ses mouvements sur la scène libyenne dans un paysage soupçonneux caractérisé par la multiplication des visites effectuées en Turquie et au Qatar par les responsables du gouvernement d’entente nationale et la signature de nouvelles conventions qui visent à semer plus de troubles et d’hostilité entre les Libyens. Cela se justifie d’ailleurs par les inquiétudes turques par rapport à la conciliation inter-libyenne et vis-à-vis le dernier accord de cessez-le-feu.

Le rôle qatari en Libye consiste à soutenir les milices islamistes en leur fournissant l’argent et les armes. Des rapports médiatiques ont indiqué que le volume des financements accordés par Doha aux milices depuis 2011 a atteint 750 millions euros. Il a soutenu également des personnalités connues par leur appartenance au courant islamiste à l’instar de Ali Al-Sallabi, l’un des leaders de la confrérie des Frères musulmans, Abdelbasset Gouila et Abdelhakim Belhadj. Il a de même contrôlé la Maison de la Fatwa présidée par le mufti déchu, Sadok Al-Ghariani connu par ses fatwas contre l’Armée nationale.

De son côté, la Turquie s’est mêlée au conflit libyen pour soutenir ses deux alliés. Les dernières années, les autorités ont saisi à maintes reprises des bateaux qui transportaient des armes de la Turquie vers les milices armées en Libye, et ce malgré l’embargo international. La Turquie a également envoyé des milliers de mercenaires et de terroristes sur le territoire libyen pour semer plus de violence et de ravages tout en accélérant la signature des conventions avec le gouvernement d’entente afin d’étendre davantage son pouvoir et piller les richesses de la Libye.

L’entente entre les deux parties en conflit dérange Ankara et Doha

Il est à noter que la Commission militaire mixte libyenne 5+5 a signé le 23 octobre à Genève l’accord de cessez-le-feu qui prévoit de libérer le pays des forces étrangères et des mercenaires ainsi que la dissolution des milices et la suspension des conventions signées entre le président turc, Erdogan, et le gouvernement d’El-Sarraj à Tripoli. Il prévoit aussi la constitution d’une force militaire à nombre réduit composée des militaires réguliers. Elle sera dirigée par une salle d’opération contrôlée par la Commission militaire mixte et elle aura pour rôle de faire face aux éventuels dépassements. Les différentes parties s’engageront par ailleurs à fournir les moyens de son fonctionnement.

Cet accord inter-libyen a clairement dérangé la Turquie dont le président a mis en doute cette convention, ce que les observateurs le considèrent comme étant une confirmation sur les intentions suspectes d’Erdogan et ses inquiétudes de perdre son pouvoir en Libye.

A chaque fois, les Libyens enregistrent des avancées et un rapprochement politique se dessine grâce aux séances de dialogue, Ankara et Doha perdent de nouveaux points dans l’exécution de leur projet commun dans la région. Cela veut dire également que les efforts diplomatiques déployés par le gouvernement d’entente nationale vers ces deux alliés stratégiques reflètent de sérieuses inquiétudes par rapport aux résultats du dialogue et la peur de perdre des cartes exploitées pendant des années par le gouvernement d’Al-Sarraj pour servir le projet turco-qatari en Libye.

Et concernant le processus politique libyen, la Tunisie se prépare actuellement pour accueillir 75 participants à l’occasion de la réunion du dialogue inter-libyen qui aura lieu le 9 novembre dont la délégation onusienne a tenu le mardi dernier des réunions de préparation via la vidéoconférence.

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