Diyanet : Au nom de l’islam politique

Qui est Diyanet ?

Diyanet _ son nom complet est Diyanet İşleri Başkanlığı_ C’est le département officiel de gestion des affaires religieuses de l’État turc basé à Ankara. Elle a été créée en 1924 dans le cadre de la constitution de la République turque. Sa principale mission est de fournir le service religieux public à la population turque, y compris la gestion des mosquées et le choix et le paiement des salaires des imams. Diyanet est exclusivement orientée vers l’islam sunnite, étant donné qu’il s’agit de la principale religion en Turquie, tandis que les Alaouites et les autres minorités religieuses ne sont pas au centre de ses préoccupations. Dans les années 1970 et au début des années 1980, pour répondre à un besoin d’un nombre croissant de travailleurs étrangers turcs en Europe, Diyanet a créé des filiales dans plusieurs pays occidentaux afin de satisfaire les attentes des minorités turques dans ces pays.

La fonction principale de Diyanet était de soumettre les affaires religieuses sous le contrôle de l’État[1], et le but final consiste à protéger le régime laïc de l’État turc et d’empêcher la religion de s’immiscer dans les affaires de l’État et dans la politique. Ainsi, Diyanet peut historiquement être considérée comme une institution essentielle du régime kémaliste laïc en Turquie[2].

Toutefois, cette finalité idéologique a radicalement changé depuis l’arrivée au pouvoir en 2002 du Parti islamiste de la justice et du développement, sous le règne du  régime actuel :

– Le budget de Diyanet a considérablement augmenté,

– Les positions religieuses ont été largement modifiées vers des points de vue conservateurs et en partie fondamentalistes.

– L’émission des fatwas (des fatwas charaïques fiables sur le mode de vie islamique).

– La certification halal pour les produits alimentaires a été inventée.

– Une chaîne de télévision fonctionnant 24 heures sur 24 baptisée « Diyanet TV » a été mise en place[3].

– L’éducation coranique a atteint les jeunes âges (les jardins d’enfants religieux ont été organisés par la loi)

– Lancement d’un programme de construction à grande échelle de mosquées

– Il y a des signes clairs que le réseau de filiales de Diyanet en dehors de la Turquie a été exploité pour atteindre des objectifs politiques clairs en faveur de l’AKP. A titre d’exemple, il s’agissait de l’espionnage de l’opposition turque à l’étranger ou la promotion au référendum constitutionnel de 2017 parmi les communautés turques[4].

Par conséquent, on peut considérer l’administration actuelle de Diyanet actuelle comme un puissant appareil stratégique du Parti de la justice et du développement au pouvoir, étant donné qu’il impose l’idéologie et l’agenda religieux et politique propres au régime à l’intérieur et à l’extérieur du pays.

Le budget consolidé de Diyanet

Avec l’arrivée au pouvoir de l’AKP, la capacité administrative de Diyanet a été considérablement renforcée. Son budget a quadruplé depuis 2006, pour atteindre environ 6,37 milliards de livres (1,83 milliard d’euros). Sa part des dépenses publiques a augmenté de 30 % à 50 % et le nombre de ses employés a augmenté de 50 % au cours de la même période, pour atteindre près de 150.000 fonctionnaires.

Il convient de rappeler que l’allocation budgétaire de Diyanet est de 6,8 milliards de livres, soit plus que le budget de onze autres ministères, y compris les ministères de l’Economie, du Tourisme ou de la Santé. Pour cette raison, on peut donc la considérer comme l’une des plus grandes agences d’État turc.

Si on analysait en détails l’évolution du budget de Diyanet, on constate clairement que le grand redressement est intervenu après 2010. Et cela est lié aux changements au niveau de la direction de l’organisation, étant donné qu’un nouveau gouverneur a été nommé cette année-là. Les observateurs témoignent également que 2010 a été un tournant[5] : Les années suivantes, la part de Diyanet dans les dépenses totales du gouvernement est passée à plus de 1,30 %. Des recherches antérieures sur ce sujet ont démontré que, dans le passé, ce ratio était constant entre 0,5% et 1%, depuis 1951[6]. Dès lors, le nouveau déploiement après 2010 peut être considéré comme un signe fort que Diyannet a laissé derrière elle le moyen des dépenses de long-terme.

En tout cas, les états financiers publiés indiquent clairement que Diyanet s’est transformée en une énorme instance gouvernementale au cours de la dernière décennie. L’augmentation des budgets des institutions liées à Diyanet n’a pas encore été prise en considération.

Les positions islamiques conservatrices de Diyanet

L’orientation religieuse de Diyanet s’est progressivement transformée vers des opinions ultraconservatrices et en partie extrémistes sous le règne de l’AKP. Le changement majeur dans ce contexte s’est produit après 2010. Ali Bardakoglu, le dernier chef de l’organisation nommé par un président laïc, a été démis de ses fonctions en 2010. Sous la direction de Bardakoglu, Diyanet est resté largement à l’écart de la politique, voire il y a même eu certaines tentatives pour libéraliser les questions religieuses. Par exemple, des efforts ont été déployés pour encourager une plus grande participation des femmes dans les mosquées et dans la vie quotidienne et pour améliorer soigneusement les droits des femmes[7]. Bardakoglu était un opposant déclaré au mariage forcé des filles à un âge précoce et a même fait une apparition lors de la Journée internationale de la femme. Diyanet a autorisé la fécondation in vitro et les pilules contraceptives et 450 femmes ont été désignées prédicatrices, appelées les Vaize, en 2005.

Bardakoglu aurait été contraint de démissionner de ses fonctions en 2010, car il refusait de soutenir les initiatives de l’AKP visant à recommander aux femmes de porter le voile islamique, affirmant que la religion ne l’exigeait pas[8]. Il a été remplacé par Mehmet Görmez, un partisan fidèle au régime et il serait membre de Milli Görüş[9], un mouvement islamiste anti-démocratique au sein de la communauté musulmane turque. A l’époque de Görmez, Diyanet a fait un grand virage conservateur, tandis que ses fonctionnaires étaient principalement laïcs. Des recrues musulmanes ferventes étaient enrôlées d’une façon croissante parmi ses rangs.

La nouvelle idée religieuse de Diyanet peut être mieux expliquée par les fatwas et autres publications récentes émimes par l’organisation :

– Il faut négliger totalement les célébrations du nouvel an. Il est considéré comme faisant partie d’un mode de vie païen et conduit à une « culture corrompue », comme l’a indiqué Mehmet Görmez en décembre 2014[10].

– Le tatouage n’est pas islamique et doit être effacé. S’il ne peut pas être enlevé, il faut se repentir. Ainsi, l’AKP a changé le code vestimentaire dans les écoles publiques, interdisant le maquillage, les tatouages ​​et les piercings aux élèves[11].

– Il tolère l’inceste entre un père et sa fille sous certaines conditions, et l’âge minimum pour une fille est de neuf ans[12]. Cette fatwa a été retirée du site web de Diyanet peu de temps après sa publication, en réponse à la protestation publique massive. Les responsables de la publication ont été licenciés suite à la polémique due à la pression publique[13].

– Les fiancés ne doivent pas se tenir la main ou passer du temps ensemble durant la période des fiançailles.

– Devenir un martyr au nom de la religion est une bonne idée et un objectif souhaité. Ce message a été transmis aux enfants dans une série animée d’un magazine pour enfants édité par Diyanet[14].

En outre, il y a des rapports inquiétants indiquent que le Diyanet est par la suite sapé par des idées inspirées du salafisme, et est liée en effet au soi-disant régime Naqshbandi éternel, un mouvement très conservateur au sein de l’islam sunnite turc qui a des liens étroits avec Milli Görüs et les Frères musulmans[15].

Par conséquent, la compréhension religieuse actuelle du Diyanet contient des éléments des idées conservatrices, fondamentalistes et même radicales. Et ces idées s’opposent fortement avec les valeurs occidentales et les concepts des droits de l’Homme.

Le réseau européen de Diyanet

Comme évoqué précédemment, des filiales de Diyanet ont été créées dans toute l’Europe depuis les années 1970 et 1980, en réponse aux demandes des travailleurs turcs et de leurs familles en croissance à l’étranger. Etant donné la croissance rapide de la population turque musulmane dans les pays d’accueil concernés, le réseau de l’organisation n’a cessé de se renforcer et de se consolider depuis cette époque.

Diyanet gère plus de 2000 mosquées en dehors de la Turquie[16]. Il y a une position institutionnelle forte, en particulier dans les pays d’Europe occidentale, qui enregistrent une forte présence de la population turque.

Le réseau de Diyanet continue de s’étendre, notamment dans la péninsule balkanique, dans les anciens pays de l’Empire ottoman à forte proportion de populations musulmanes, comme la Macédoine, le Kosovo, la Bosnie, la Bulgarie et l’Albanie. Diyanet tente d’établir des relations avec les entités islamiques et les communautés locales de cette région, conformément à la nouvelle politique étrangère globale du gouvernement du Parti de la justice et du développement, qui vise à accroître de manière agressive l’influence turque[17]. Les activités de Diyanet comprennent l’octroi de bourses, l’organisation de programmes éducatifs, l’édition du Coran et d’autres livres dans les langues locales, ainsi que la construction de nouvelles mosquées[18].

La puissance de ce réseau est énorme. L’organisation a une hiérarchie fixe avec un leadership clair. La désignation et les salaires de tous les imams des mosquées associées localement sont faits et payés par l’État turc. Leur travail est supervisé par des fonctionnaires de Diyanet dans les ambassades et les consulats[19]. En outre, le sermon hebdomadaire du vendredi est rédigé de manière centralisée à Ankara et livré à plus de 2000 mosquées à l’étranger, qui dominent la population turque résidente[20].

Cette structure est un outil puissant entre les moyens du régime AKP, qui a déjà été utilisé à des fins politiques comme dans la promotion du parti auprès des minorités turques à l’étranger ou l’espionnage de ses ennemis. L’infrastructure européenne de Diyanet a été par ailleurs utilisée pour avoir des voix en faveur du Parti de la justice et développement.

En dépit de la menace d’agression politique, le réseau européen de Diyanet comporte des risques religieux et sociaux cruciaux : la conception théologique générale de l’organisation s’est orientée vers des visions islamiques conservatrices, voire fondamentalistes. La puissante structure centralisée de Diyanet pourrait conduire à l’infiltration en continue de ces idées dans les sociétés musulmanes européennes et donc dans les sociétés occidentales dans leur ensemble.

ATIB, la filiale de Diyanet en Autriche

Fondée en 1990, ATIB est la plus grande association musulmane en Autriche, qui gère plus de 65 mosquées et imams locaux. C’est une branche directe de Diyanet, qu’elle contrôle en sa structure organisationnelle, selon les règles d’ATIB :

– Le Président et le vice-président du Conseil d’administration de Diyanet sont systématiquement des membres d’honneur de l’Association (article 6, chapitre 5).

– L’Attaché des affaires religieuses de l’Ambassade de la Turquie est aussi un membre d’honneur de l’association (même article)

– L’instance de contrôle est composé des trois mêmes personnes : le président de Diyanet, son adjoint et l’attaché de l’ambassade pour les affaires religieuses (article 13, chapitre 1).

– En cas de liquidation de l’association, ses actifs seront affectés à la Fondation Waqf de Diyanet, le bras charitable de Diyanet (article 5).

Ces règles permettent aux fonctionnaires de l’État turc d’avoir un contrôle total sur l’association et les filiales qui lui appartiennent, et cette influence est plutôt évidente et même pas cachée. ATIB est également directement engagée par les instructions de l’ambassade de la Turquie à Vienne.

Le Parti de la justice et développement a déjà tiré profit de l’infrastructure d’ATIB à plusieurs reprises afin de renforcer ses objectifs politiques :

– Les mosquées et les structures d’ATIB ont été exploitées à maintes reprises dans les campagnes électorales de l’AKP et la propagande en faveur des politiciens du parti.

– Il est clair que des prospectus de l’AKP ont été distribués dans les mosquées gérées par ATIB à Vienne afin de convaincre les gens de voter par « Oui » lors des élections constitutionnelles de 2017.

Selon des témoignages oculaires, des bus ont été mobilisés pour transporter des personnes des sites de l’ATIB vers des manifestations soutenant l’AKP dirigées par l’UETD (groupe de lobbying et de propagande du président Erdogan en Europe).

Les communautés D’ATIB ont été utilisées pour espionner des groupes d’opposition tels que le mouvement Gülen, comme le prouvent clairement des documents fuités de l’ambassade de la Turquie en Autriche[21].

L’Autriche en général est un bon exemple de la façon dont différentes institutions turques étrangères peuvent être liées, en créant ainsi un puissant réseau  et influent dans le pays d’accueil concerné :

– L’ancien président du conseil d’administration d’ATIB, Fatih Mehmet Karadas, occupait en même temps la fonction de l’attaché pour les affaires religieuses à l’ambassade de Turquie et puis il était à la fois chef du département autrichien de Diyanet et membre du corps diplomatique turc. Karadas a été contraint de quitter le pays, car il devenait le centre d’une affaire d’espionnage, car lui et ATIB étaient accusés d’espionner les partisans de Gülen parmi la population austro-turque[22].

Le Conseil officiel des musulmans d’Autriche en général (IGGIÖ), fondé en 1979, a ensuite été contrôlé par ATIB. L’actuel président d’IGGIÖ, Ibrahim Olgun, 28 ans, est également un membre actif de l’ATIB et est un exemple de la jeune « génération d’Erdogan » que l’AKP mobilisait déjà, comme l’explique l’universitaire autrichien et expert en islam politique Thomas Schmidinger[23].

L’action nouvelle pour l’avenir (NBZ) en Autriche, qui s’est présenté pour la première fois[24] au parlement en 2017, est un autre exemple du réseau d’amitié de l’AKP, puisque un nombre de ses membres fondateurs ayant apparemment des liens étroits et une adhésion active à l’ATIB et il soutient activement le parti par ses activités.

L’AKP n’exploite pas seulement le réseau local pour des fins politiques, mais aussi pour imposer son programme religieux et idéologique :

– Comme l’ont révélé des documents fuités de l’ambassade de la Turquie, les imams devraient sensibiliser les jeunes turcs des valeurs « nationalistes et conservatrices », c’est-à-dire l’endoctrinement idéologique[25].

– Après une certaine polémique, le président d’IGGIÖ, Olgun, a officiellement rejeté la théorie de l’évolution[26], qui est clairement conforme à la vision d’Ankara. Le gouvernement turc a publié une décision d’arrêter d’enseigner cette théorie dans les écoles, dans le cadre d’un nouveau programme religieux conservateur.

DITIB – filiale de Diyanet en Allemagne

DITIB a été fondée en 1984 et est censée être la plus grande association turque d’Europe, qui gère plus de 1000 mosquées et imams locaux. Entre 5,3 et 5,6 millions de musulmans[27] résident en Allemagne, dont environ 3 millions sont d’origine turque. Selon les estimations propres de DITIB, l’organisation représente 70 % de la population musulmane totale en Allemagne.

DITIB est une autre division directe de Diyanet en Europe. Comme d’habitude au sein du réseau de Diyanet, les imams travaillant dans les mosquées sont nommés directement par Ankara et paie leurs salaires. Les sermons hebdomadaires du vendredi sont écrits à Ankara et envoyés en Allemagne, et les textes sont lus par des imams.

Tout comme la filiale sœur autrichienne ATIB, les statuts de l’association garantissent le contrôle total par l’Etat turc. Il y a des privilèges et des droits particuliers pour les représentants de Diyanet en ce qui concerne le contrôle, le leadership et l’intervention, comme l’a déclaré le Parlement allemand[28].

Non seulement les similitudes dans les principales clauses du statut peuvent être observées entre les sections autrichienne et allemande, mais la branche danoise de Diyanet, par exemple, utilise également un ensemble de règles similaires, ce qui concerne la perception générale de la dépendance de ce réseau du gouvernement turc. Comme en Autriche, l’AKP a déjà profité des capacités et de l’infrastructure de Ditib pour réaliser ses objectifs :

– Les imams ont scandaleusement annoncé le référendum constitutionnel du président Erdogan dans les mosquées de Ditib. Souvent, les tentatives d’influencer les gens ne se font pas publiquement, mais plutôt de manière séparée, par exemple lors des sermons du vendredi. L’AKP ne serait pas fort en Allemagne sans ces influences.

– Dans au moins deux cas documentés, Ditib a mobilisé des bus pour une apparition publique des politiciens de l’AKP dans le cadre des élections législatives turques et elle a distribué des prospectus du Parti de la justice et du développement[29].

– Depuis la rédaction des sermons du vendredi par Diyanet et le gouvernement turc, il y a des rapports indiquant que des sermons hebdomadaires sont exploités pour inciter contre les opposants de l’AKP.

– Comme dans de nombreux autres pays, les imams des mosquées Ditib sont actuellement accusés d’espionner les membres du mouvement Gülen et de les dénoncer à Ankara, sous les ordres de Diyanet.

– Des signaux précis pour des activités d’espionnage de Ditib ont été signalés par l’État allemand de Rhénanie du Nord-Westphalie dont son autorité locale a suspendu sa coopération avec Ditib après avoir publié des informations selon lesquelles ses imams avaient espionné cinq enseignants d’écoles publiques.

Les activités de Diyanet dans la construction

Un autre aspect important, peut-être peu connu par le réseau croissant de Diyanet, est le programme massif de construction de mosquées. La construction de mosquées n’est pas réellement une mission officielle pour Diyanet elle-même. En Turquie, les organisations islamiques locales collectent des fonds pour construire des mosquées. Puis, elle s’occupe de la direction et nomme les imams[30]. Cependant, la Fondation DES Awqafs de Diyanet (TDV), la branche charitable de Diyanet, a aidé à construire des mosquées dans le monde entier depuis sa fondation en 1975.

Sous le règne du Parti de la justice et développement, la Turquie a enregistré une augmentation vertigineuse du nombre de nouvelles mosquées : à partir de 2016, le nombre de mosquées en Turquie était de 87.300, soit une augmentation de 9.000 bâtiments ou 10 % par rapport à 2006.

A l’échelle mondiale, de gros efforts ont également été déployés pour réaliser de nombreux nouveaux projets. L’institution de Diyanet a financé plus de 100 mosquées dans 25 pays à ce jour, dont beaucoup ces dernières années, et au moins 25 grands projets internationaux sont en préparation. Les pays cibles incluent les Balkans, l’Europe occidentale, les États-Unis, l’Asie centrale (Azerbaïdjan, Kirghizistan, Kazakhstan), Djibouti, le Mali, les Philippines et même Haïti. Les projets actuels devraient coûter au moins 200 millions de dollars[31].

Indépendamment des activités de Diyanet, de nombreuses communautés en Europe reçoivent l’aide de cette institution à travers des prêts pour des initiatives de construction. En conséquence, les institutions de Diyanet sont devenues parmi les plus grands constructeurs de mosquées en Europe.

La plupart des nouvelles mosquées adaptent la même architecture unifiée en termes de style néo-ottoman. Selon les observateurs politiques, les activités de construction de Diyanet sont conformes à la politique étrangère globale du régime : le but du programme est d’imposer le prestige, le pouvoir et l’influence sur les communautés musulmanes à l’étranger. La diplomatie de construction de mosquées est un autre outil de la puissance douce du régime turc actuel, en utilisant le réseau Diyanet comme un instrument multifonctionnel et multidimensionnel[32].

Diyanet et les écoles Imam Hatip et la Fondation Maarif : l’idéologie du Parti de la justice et du développement dans les classes d’écoles

L’éducation peut être considérée comme l’un des fronts les plus importants de la guerre culturelle entre les partisans de la laïcité traditionnelle et les groupes islamistes en Turquie. 100 imams et écoles religieuses turcs, appelées écoles Imam Hatip, sont particulièrement sous le feu des projecteurs dans ce contexte.

Les écoles Imam Hatip sont des établissements d’enseignement secondaire et ont été mis en place au début pour former les imams travaillant dans le gouvernement. Mais les islamistes y voient un outil utile pour accroître la conscience islamique de la jeune génération, avec un système éducatif parallèle qui fournit une base électorale et une puissance humaine au mouvement islamiste en Turquie. Avec l’influence croissante des groupes islamiques[33], ces écoles sont devenues plus populaires au cours des 30 dernières années.

Depuis l’arrivée au pouvoir du Parti de la justice et du développement (AKP) en 2002, les écoles Imam Hatip ont été de nouveau rouvertes d’une façon très large. Aujourd’hui, environ 800.000 élèves fréquentent environ 1.400 écoles Imam Hatip à travers le pays, ce qui représentait 11,5 % de tous les élèves du secondaire en 2016[34]. Ces chiffres représentent beaucoup plus d’imams et de muezzins que la Turquie n’en aura besoin, mais le véritable objectif des écoles a changé de toute façon. Cette tendance devrait se poursuivre, car il y a des rapports selon lesquels le gouvernement essaie continuellement de convertir davantage d’écoles laïques en écoles Imam Hatip.

L’extension du réseau national des écoles religieuses est soutenu par TDV Diyanet et à une échelle beaucoup plus large par la soi-disant Fondation TÜRGEV ​​​​, qui serait sous le contrôle direct de la famille d’Erdogan, où le fils du président Bilal Erdogan est membre du conseil d’administration de la fondation.

Toutefois, le retour étonnant des écoles Imam Hatip sous le Parti de la justice et du développement au pouvoir doit être vu dans un contexte plus large : le gouvernement a entamé des démarches qui conduisent à un changement complet du système éducatif :
– L’âge minimum pour assister aux cours de Coran a été supprimé et, par conséquent, même les cours de Coran pour les plus jeunes sont désormais autorisés. En 2016, le premier jardin d’enfants religieux a été ouvert en coopération avec Diyanet[35].

– Les filles étaient autorisées de porter le hijab dans les écoles dès l’âge de dix ans[36].

– Le nombre de cours obligatoires du Coran dans les écoles publiques a été augmenté.

– Suppression des cours en matière de droits de l’homme, de la citoyenneté et de la démocratie[37].

– La théorie de l’évolution de Charles Darwin ne fait plus partie du programme scolaire[38].

– Le concept de djihad est devenu un nouveau concept dans les programmes pour compléter les cours de la charia et de la religion.

Au lendemain de la tentative du coup d’État de 2016, 40.000 enseignants auraient été démis de leurs fonctions sous prétexte d’avoir soutenu le mouvement de Gülen[39]. Il n’est pas difficile d’ajouter que ce ne sont pas seulement les partisans de Gülen qui ont été touchés par la purge, mais aussi les opposants laïcs au régime actuel.

D’une façon générale, selon les scientifiques, l’islam officiel et le système éducatif en Turquie ont subi des changements massifs ayant eu des conséquences profondes. Ces changements, de la mosquée à la salle de classe, visent à permettre à Erdogan et à son entourage de façonner et de concevoir la vision du monde des générations de Turcs.

La reconstruction du secteur éducatif turc a des répercussions importantes sur l’Europe. La Fondation Diyanet TDV et de nombreuses autres organisations affiliées gèrent des écoles Imam Hatip, des écoles primaires, des jardins d’enfants, des universités, des collèges et d’autres établissements d’enseignement dans un réseau mondial. Il y a déjà environ 2.000 écoles à l’étranger qui sont directement contrôlées par l’État turc.

Maarif Vakfi, une autre association du gouvernement, a décidé d’ouvrir davantage d’établissements d’enseignement à l’étranger, de collaborer avec les établissements existants et de mettre en place une toute nouvelle infrastructure adaptée aux pays et aux systèmes scolaires[40]. Selon leurs propres déclarations, Maarif est actif dans le monde entier, assurant « une éducation selon la vision turque », promouvant la langue turque[41]. Cependant, les observateurs politiques supposent que l’un des principaux objectifs de la fondation est s’emparer de plusieurs écoles précédemment associées à Gülen en dehors de la Turquie.

Quoi qu’il en soit, les activités de toutes ces institutions et le développement des établissements d’enseignement turcs à l’étranger doivent être surveillés aussi étroitement que possible. Il y a une menace réelle qui réside dans le fait que l’Europe soit confrontée à une islamisation qui progresse lentement par les portes dérobées des salles de classe, comme c’était en fait le cas en Turquie.

[1] Feyzioglu, Turkhan. (1982) : « la Laïcité : la pierre angulaire de la révolution turque », Turkhan Feyzioglu (éditeur) Ataturk Road, publication culturelle d’Ottomarsan. Istanbul, p. 188-216.

[2] Feyzioglu, Turkhan. (1982) : « la Laïcité : la pierre angulaire de la révolution turque », Turkhan Feyzioglu (éditeur) Ataturk Road, publication culturelle d’Ottomarsan. Istanbul, p. 188-216.

[3] Feyzioglu, Turkhan. (1982) : « la Laïcité : la pierre angulaire de la révolution turque », Turkhan Feyzioglu (éditeur) Ataturk Road, publication culturelle d’Ottomarsan. Istanbul, p. 188-216.

[4] Feyzioglu, Turkhan. (1982) : « la Laïcité : la pierre angulaire de la révolution turque », Turkhan Feyzioglu (éditeur) Ataturk Road, publication culturelle d’Ottomarsan. Istanbul, p. 188-216.

[5] Feyzioglu, Turkhan. (1982) : « la Laïcité : la pierre angulaire de la révolution turque », Turkhan Feyzioglu (éditeur) Ataturk Road, publication culturelle d’Ottomarsan. Istanbul, p. 188-216

[6] Feyzioglu, Turkhan. (1982) : « la Laïcité : la pierre angulaire de la révolution turque », Turkhan Feyzioglu (éditeur) Ataturk Road, publication culturelle d’Ottomarsan. Istanbul, p. 188-216

[7] Feyzioglu, Turkhan. (1982) : « la Laïcité : la pierre angulaire de la révolution turque », Turkhan Feyzioglu (éditeur) Ataturk Road, publication culturelle d’Ottomarsan. Istanbul, p. 188-216.

[8] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[9] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[10] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[11] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[12] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[13] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[14] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[15] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[16] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[17] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[18] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[19] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[20] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[21] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[22] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[23] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[24] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[25] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[26] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[27] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[28] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[29] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[30] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[31] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[32] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[33] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[34] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[35] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[36] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[37] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[38] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[39] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[40] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9

[41] Ahmet Erdi Ozturk : Diyanet Turquie sous le règne du Parti de la justice et du développement : de protecteur à violeur de l’idéologie de l’État ? Études sur l’Europe du Sud-est et la mer Noire p. 9