Et ils vous posent des questions sur le salafisme

Bassam Safar

Les moments de tournant à travers l’Histoire se manifestent en contournant les mouvements de croissance et de lutte aux multiples facettes souvent entrelacés, semblables à la forêt. Une sorte de rythme équatorial en cours d’évolution, avec un énorme mouvement de destruction et d’autodestruction, grâce aux idéologies violemment opposées. Explosives et conflictuelles entre elles au nom du soleil et de la lumière. Incapables d’être guidé par des limites ou des frontières ni par le respect ou la considération dans le cadre de l’éthique. Rien que les nouvelles questions, car  les formules de masse n’existent plus, une nouvelle loyauté basée sur l’incompréhension et le manque de respect. Il y a la dégénérescence et le mal avec les plus grands désirs affreusement regroupés, il y a le génie du sexe débordant des cadres du bien et du mal, il y a une coïncidence fatidique entre le printemps et l’automne.

Tous les événements, de la terrible réalité syrienne, confirment la libération de l’énorme pouvoir de destruction à l’intérieur de la société syrienne à travers une autodestruction sur tous les niveaux. Une sorte d’élimination de toutes les zones et les racines de la coexistence entre les déférents composants de la société. En effet, les outils de destruction, qui sont apparus dans la société syrienne, sont les mouvements salafistes.

Le salafisme, en tant que tendance mentale plate, se réfère au passé d’une manière mécanique en dehors de toute pensée scientifique. Elle est basée sur  l’héritage des ancêtres dans tous les domaines; Culturels et cognitifs. Ils font de ce patrimoine une base de référence et une source de toute aspiration intellectuelle dans le présent ou le futur. Donc presque aucune pensée sur la religion n’a échappée des effets du courant salafiste.

Le salafisme est basé sur le texte et la dépendance aux documents des ancêtres. Il évite l’innovation et la création.  Le principe du salafisme est cette vision radicale (suivi, pas innovation). Sur le plan théorique, il font recours aux paroles du prophète Mohamed «  SAW » : D’après ‘Abd Allah (radiallahanho), le Prophète (saws) dit: «Les meilleurs gens sont ceux de mon qarn (siècle), puis ceux qui viendront après, puis ceux qui suivent. Il y aura après cela des gens qui [ne se soucieront pas] de précéder leur témoignage par leur serment et leur serment par leur témoignage.» L’événement historique qui détermine le statut salafiste est certainement le fait que le texte apparaisse entre les deux groupes islamiques en l’absence du prophète (saw ». (1)

L’émergence du salafisme après la mort du prophète, dans une réalité changeante et renouvelée, a poussé la communauté islamique à se réfugier  au Coran et ses textes et à la Sunna du Prophète et ses hadiths. De facto. Le texte demeure la vérité absolue qui n’est pas contestée.

Une sorte d’investissement dans l’esprit du groupe et son utilisation au profit de la nation islamique pour préserver sa survie à travers l’union avec les deux sources le livre- le Saint Coran et la Sunna du Prophète.

Les premières générations ont choisi cette orientation étiologique qui se base sur les textes divins comme référence. Ainsi une deuxième génération a fait son apparition. Cette dernière, qui est bien choisie a été une source de confiance et a devenue c’est ainsi l’unique référence pour toutes les mouvements salafistes. Un gardien du temple qui donnera naissance  à la fondation « al Salafou Al Salah » qui donnera de son côté naissance à toutes les mouvements salafistes, traditionnelles et modernes.

En réalité, ceux qui se sont renommés les porteurs de Hadith (paroles du prophète), pendant le deuxième et le troisième siècles de l’hégire, sont à l’origine de repositionnement des salafistes dans une position spéciale. En Islam, les compagnons du prophète sont toujours une référence pour les vérifier l’authenticité des hadiths.  Et il a également été décidé dans les cercles salafistes, que l’intention est de suivre ces prédécesseurs sur la base de preuves et de certitude et de ne pas suivre leurs opinions sans vérification. (2)

À travers le temps, les faits historiques montrent clairement, que plus les défis externes menacent la structure d’une civilisation, plus le refuge dans le  passé à la recherche de la protection des  ancêtres refait surface. En fait, l’auto-isolement soit plus important, dans le but de préserver l’identité, en particulier après les vastes conquêtes, et le déclin de l’islam dans de vastes régions du monde et le mélangeant avec d’autres cultures, en particulier la culture grecque, et sa philosophie de référence rationnelle.

Les adeptes  de la modernisation et de la transmission pensaient que le courant de la raison et d’opinion dans l’esprit (grec) pouvait venir sur la base et les fondements méthodologiques sur lesquels l’islam était fondé. Menaçant la perte de la nation elle-même. Dans ce contexte, les salafistes ont orienté leurs efforts dans ce sens. Par exemple, la résistance Hanbali et la résistance des hadiths en général, au calife al-Mamun, qui a déclaré l’épreuve de dire  la création du Coran en l’an 211 AH été une occasion en or  qui a préparé les conditions objectives pour la naissance d’une position salafiste claire et spécifique pour la première fois. (3)

Le XVIIIe siècle a vu une nouvelle émergence du salafisme incarné par le mouvement des « Al Mowahidin  » qui refuse l’existence d’intermédiaires entre Dieu et le peuple. Elle a été nommée de Wahabia en référence à son fondateur Mohamed Ben Abdelwahab décédé en 1793.

L’essentiel idéologique de ce mouvement est l’appel au «salafisme» et à se référer au Coran et à la Sunna dans les convictions religieuses telles qu’interprétées par l’Imam Ahmad bin Hanbal / 855 CE et Ibn Tamima «1243-1338». Une interprétation conservatrice qui correspond à la simplicité de la vie bédouine et sous-estime l’esprit, en particulier en ce qui concerne  la philosophie.

Le wahhabisme est une école extrémiste de hanbalisme, car il rejetait toutes les hérésies dans les prières et les actes de culte obligatoires, et exigeait un retour au texte du «Coran et de la Sunna».

Le wahhabisme était l’antithèse de la plupart des convictions musulmanes, ce qui les a transformées en une secte fanatique qui a conduit à la diffusion étroite de cette doctrine.

À la fin du XIXe siècle, une vague de réforme s’est propagée, suite à la colonisation occidentale des pays arabes. Cette vague s’est poursuivie jusqu’au premier quart du XXe siècle et a été caractérisée par la considération de la raison et en lui donnant un rôle majeur dans la vague de diligence et de renouvellement juridique avec une exploitation constructive des données des prédécesseurs. Il a eu une liaison entre la jurisprudence et l’Ijtihad dans une réalité changeante. Ces questions et problèmes de l’époque, ont été soulevés par des penseurs comme Al Afghani, Muhammad Abdo et Al-Kawakibi. Cependant, l’émergence de mouvements à orientation laïque, tels que les mouvements nationaux, libéraux et marxistes, a atténué la vague salafiste en général. Toutefois, l’échec de ces mouvements laïques à réaliser les projets de développement, libéraux et unitaires qu’ils ont dessiné, en plus les défaites successives du mouvement national et arabe, (la défaite de juin 1967 et l’occupation du Liban dans les années 80 du siècle dernier) ont ouvert la voie à un retour en force du mouvement salafiste et à l’émergence de son rôle dans les affaires publiques. Parfois appelée « fondamentalisme » et une fois « résurrection islamique » et autre « réveil islamique ».  Ainsi le rôle de régimes répressifs. Tous ces facteurs combinés ont conduit à l’expansion du mouvement fondamentaliste.

Pour Tarek Al-Bachri; les mouvements islamiques contemporains sont en relation avec les origines salafistes qui aident à classer ces mouvements dans les courants salafistes.

Il estime que la première vague a rétabli l’Islam à ses premières sources, et la deuxième vague a lié le renouveau au salafisme, tandis que la troisième vague a ajouté l’exhaustivité de l’islam et l’appel à l’organisation pour faire face à la séparation de la religion des systèmes de vie.(5)

Le djihadisme salafiste

Le chercheur Muhammad Abu Rumman confirme que Sayyid Qutb (1906-1966) est le véritable fondateur du groupe jihadiste salafiste contemporain. En effet, ses idées constituent une rupture de connaissance avec la pensée islamique.

Son livre «Sites sur la route» est la Constitution dont les mouvements djihadistes suivent avec détermination comme mode de mouvement et mécanisme de changement ainsi qu’à l’institutionnalisation de la nature conflictuelle, nationale et internationale, basée sur deux concepts: «Al Hakimia » et «Al Jahilia».

Les premiers mouvements djihadistes salafistes modernes sont apparus en 1973. Le Dr Saleh Sarya a créé en Égypte une organisation secrète qui fut plus tard connue sous le nom « Art militaire ».

L’organisation a tenté de s’emparer du pouvoir en 1974, et Sarya est considéré comme un premier à développer une vision globale de l’action  dans son livre « Le message de la foi ». Et parmi les organisations les plus célèbres appartenant au djihadisme salafiste, « L’Organisation du Jihad », et l’un de ses principaux dirigeants Muhammad Abdul Salam Faraj, l’auteur du livre  » Le devoir absent » dans lequel il mêle historique, wahhabisme et cinétique.

Le djihad afghan a contribué à fournir au salafisme jihadiste une grande énergie, ce qui a entraîné l’émergence de dizaines de mouvements djihadistes salafistes dans les mondes arabe et islamique après le retrait de l’Union soviétique et son effondrement et la désintégration du système socialiste. Cette situation a donné plus tard naissance à Al-Qaïda dirigée par Osama Ben Laden et Ayman Al-Zawiri Qui ont travaillé sur la mondialisation du djihadisme salafiste.

Cette période a connu l’émergence d’un certain nombre de cheikhs et de théoriciens, tels que: Abdullah Azzam, Abu Muhammad al-Maqdisi, Abu Qatada al-Filastani, Abu Yahya al-Libi et d’autres.(6)

Alors que certains mouvements, partis politiques et certains salafistes non djihadistes prétendent «accepter» la démocratie à des degrés divers avec (certaines réserves), le mouvement du djihad pratique (djihadisme salafiste) considère tout type de participation au processus démocratique comme une reconnaissance d’une décision incrédule et d’une coopération dans le péché et l’agression. » (7)

L’Afghanistan a été l’un des pays qui a reçu très tôt les idées et les enseignements de Quotb, car les Afghans ont trouvé en Égypte leur guide spirituel, en traduisant les œuvres de Sayyid Qutb. La première de ces traductions date de 1960 environ.(8)

Un certain nombre de partis et mouvements politiques ont été formés avec une autorité islamique. Ils ont travaillé dans le but de créer un « État musulman » basé sur le Coran et la Sunna.

Diverses organisations islamiques afghanes ont uni leurs forces pour affronter (l’ancienne) Union soviétique, après l’invasion de l’Afghanistan en 1979, et depuis que la résistance afghane était un mouvement islamiste djihadiste, elle a ouvert les portes du djihad aux musulmans et il y avait une distinction entre les moudjahidines afghans.

Ce sont eux qui les ont surnommés les «Afghans arabes», notamment Abdullah Azzam, le fondateur du «Bureau des services moudjahidin», l’un des organes les plus importants qui ont soutenu le «djihad afghan», et l’ont étendu aux combattants arabes.

Azzam était associé à Marwan Hadid (1934-1976), le fondateur du « Jihad syrien ». Azzam a été influencé par la pensée de Marwan Hadid qui est basée sur l’idée d’un petit nombre de militants menant la bataille et généralisant la révolution, et c’est la base même sur laquelle repose l’idée de la« base du djihad »(Al-Qaïda).(9)

Ainsi de suite, d’autres générations de djihadistes apparaîtront. De combattants et de théoriciens, à l’instar du Saoudien Oussama ben Laden et son assistant égyptien Ayman al-Zawahiri qui étaient connus comme les plus importantes bases djihadistes « al-Qaïda »qui a perpétré des attaques contre les intérêts américains à travers le monde.(10)

Al-Qaïda est devenu le premier titre du jihad mondial et du terrorisme international. Elle a trouvé le terrain favorable en Afghanistan. Puis plusieurs branches lui sont apparues, dont la plus importante était sa branche irakienne après la chute du régime de Saddam Hussein.

Après l’attaque contre le bâtiment du World Trade Center à New York en septembre 2001 et l’accusation d’al-Qaïda et d’Oussama ben Laden d’être à l’origine de cette attaque, les États-Unis ont pris comme prétexte la présence de l’organisation et de son chef en Afghanistan pour envahir et occuper ce pays, et pour déclencher ce qu’on a appelé la << guerre contre le terrorisme >>.

L’un de ses résultats a été l’expulsion de Ben Laden et de son groupe de leur refuge en Afghanistan, et l’invasion et l’occupation de l’Irak en avril 2003, qui ont cédé la place à al-Qaïda en se réorganisant militairement, par al-Zarqawi, qui a recruté le plus grand nombre de kamikazes de l’histoire. Al-Zarqawi a annoncé que le nom de son groupe a été changé pour «al-Qaida En Mésopotamie », et sa fidélité à Ben Laden, qui l’a béni en tant qu’émir d’Al-Qaïda en Irak.

Al-Zarqawi s’est uni à un certain nombre d’organisations djihadistes pour former le Conseil des Moudjahidines Shura qui regroupe toutes ces organisations sur un seul nom.

Après le meurtre d’Al-Zarqawi, Abou Omar Al-Baghdadi a voulu franchir une nouvelle étape dans la création d’un État. Le nom << État islamique d’Iraq >>, qui se trouvait dans l’état de chaos en Syrie, a trouvé l’occasion de s’étendre vers l’ouest et d’y pénétrer au nom du << Front Al-Nusra >>.En outre, son chef actuel, Abu Bakr al-Baghdadi, a annoncé que le nom serait changé en « État islamique en Irak et au Chem ».

Le jihad salafiste en Syrie

Depuis 1962 Marwan Hadid a fait son apparition dans la direction du mouvement dans la ville de Hama. Actif dans la construction de cellules islamiques à Hama, Hadid a réussi à reconstruit une force secrète en 1965, nommée les Brigades de Mohamed. Ainsi, il a atravaillé au profit du mouvement des Frères musulmans en Syrie en construisant des cellules djihadistes, chacune comptant de 10 à 12 membres. (11)

En 1975, les autorités syriennes ont réussi à l’arrêter et son état de santé s’est détérioré en conséquence. Il a été transféré à l’hôpital où il est resté jusqu’à sa mort en juin 1976.

Les combattants islamiques ont continué leur série d’attaques terroristes jusqu’à ce qu’ils ont atteint les experts soviétiques stationnés en Syrie, conduisant au célèbre incident du 16 juin 1979, lorsque les éléments de «Taliaâ al Moukatila» ont commis un massacre contre des dizaines d’étudiants militaires non armés à l’école d’artillerie d’Alep.

En plus de tout cela, les Frères musulmans ont commencé à activer les comités militaires qu’ils avaient mis en place après avril 1979, et ils ont commencé à préparer leurs partisans dans l’armée syrienne. Ensuite, ils ont ouvert la porte au Djihad en Syrie pour attirer de jeunes combattants du monde entier.(12)

En octobre 1980, ils ont annoncé la formation du Front islamique pour sauver la Syrie. À l’occasion une déclaration a été publiée, intitulée « la révolution islamique en Syrie et ces orientations». En fait, il s’agissait d’une annonce officielle de la transformation des Frères musulmans au djihad et de l’idée d’un État islamique.

Suite à l’occupation américaine de l’Irak en avril 2003, des milliers de Syriens se sont engagés à combattre les forces américaines en Irak. Plusieurs  groupes djihadistes ont apparu à l’instar de « Jound al-Sham pour le djihad et l’unification » qui s’est affrontée avec les forces de sécurité. Ensuite,  certains de ces groupes se sont séparés des groupes spécialisés dans la formation et le recrutement des combattants pour le djihad en Irak. C’est ainsi le cas pour «Soukour al-Qaâqaâ», le groupe affilié à l’organisation. Ghouraba Al-Sham, dirigé par Mahmoud Gul Aghasi, surnomé Abu Al-Qaqaa dans la ville d’Alep. En effet, quand Abu al-Qaâqâa a cessé d’envoyer les moudjahidines, il a été accusé par al-Qaida de collaborer avec les autorités et n’a pas pu contrôler ses groupes, jusqu’à son assassinat fin septembre 2007. (13)

La participation des djihadistes syriens est très remarquable en Afghanistan. D’ailleurs, la Syrie est classée au septième rang sur quinze pays arabes auxquels les moudjahidines arabes appartiennent en Afghanistan. Parmi les Syriens figurait Adnan Ibrahim qui a été chargé de préparer le (rapport hebdomadaire), qui a été publié avec un financement saoudien. Ainsi que Ahmed Zaidan qui a travaillé pendant quatre ans dans le magazine « Al-Jihad » après d’être le rédacteur en chef du bulletin hebdomadaire Al Thabet. (14)

Parmi les djihadistes syriens les plus importants, qui sont rendu en Afghanistan et sont devenus célèbres figure Mustafa Sit Mariam Nassar, un ancien membre des Frères musulmans, surnomé «Abu Musab al-Souri» ou «Omar Abdel Hakim». Il a travaillé comme formateur dans les camps de Moudjahidines, et étudié la jurisprudence du jihad et a rejoint al-Qaïda en 1992. Ainsi, il a aidé Qari Saeed Al-Jazairi à créer le «Groupe islamique armé» en Grande-Bretagne et a contribué à soutenir du djihad algérien. Il a par la suite retourné en Afghanistan et à prêter allégeance au mollah Omar, et à établir le «Camp des étrangers» avec le soutien du gouvernement taliban. (15)

Après la chute du gouvernement, il s’est consacré à la recherche et à la paternité, parmi ses livres figurent «Notes sur l’expérience du djihadiste syrien» et son livre le plus célèbre, «L’appel à la résistance islamique».

À côté des djihadistes syriens, il y avait des jordaniens et des palestiniens.  Parmi eux Abou Mousaâb al-Zarkaoui qui a construit son réseau et son organisation, idéologiquement, intellectuellement et juridiquement, sur des basent qui dépassement le djihad solidaire et la logique des guerres «Nakiyya». Finalement, c’est la stratégie qui a caractérisée l’expérience afghane, puis idéologiquement la nouvelle retape d’Al-Qaïda.

Au-delà de tout ça, la vision idéologique d’Al-Zarqawi était fondée sur la gestion de la sauvagerie et la réalisation de l’autonomisation. Donc ses choix stratégiques étaient orientés vers les les théories d’Abou Bakr Naji dans son livre « La gestion de la sauvagerie », l’étape la plus dangereuse que traverse la nation, est l’étape jihadiste transitoire qui sépare la construction et l’autonomisation.

Sur le plan jurisprudentiel, Al-Zarqawi s’est référé à Abou Abdullah Al-Muhajir. Ce dernier a eu un impact direct sur la doctrine de combat d’Al Zarkaoui et de son approche juridique, en particulier en ce qui concerne la priorité de combattre les ennemis proches des apostats des régimes arabes.

Ainsi, la question de l’expiation chiite en général. La plupart des choix de jurisprudence extrémistes d’al-Zarqawi concernant les opérations suicides, les enlèvements, les assassinats, les décapitations et les tactiques de violence et de terreur, l’avait appris de son cheikh, Abou Abdullah al-Muhajir.

Identité du Front Al-Nusra

L’identité du Front Nusra dépend de plusieurs sources jihadistes salafistes qui manquent de cohérence et de cohésion. Sa récente formation suite à la révolution syrienne en mars 2011 est à l’origine de cette incohérence. Elle été formée d’une mélange des combattants avec un soutien de la branche irakienne.

Les révolutions populaires arabes ont renforcé l’importance de ces révisions et les a révélées au grand public, dans l’objectif de développer le discours du djihad salafisme «l’adaptation idéologique», afin de heurter le mouvement scientifique des peuples, tout en maintenant le «noyau dur» de cette idéologie.

Ces révisions ont donné naissance à l’idée d’«Ansar al-Sharia» qui a été opérationnelle au Yémen et en Tunisie. D’ailleurs, nous trouvons une résonance dans le nom du même front « Nosra » ou «victoire», qui est basé sur la nécessité de s’intégrer dans les peuples et de s’occuper des problèmes publics face à la tyrannie et à la mise en place du système islamique, tout en restant en dehors du Parlement et des limites du jeu politique.

L’idée d’Ansar al-Sharia consiste à passer de l’action d’élite de nature purement militaire à l’opération populaire basée sur la loi islamique et d’ordonner le bien et d’interdire le mal, ce qui est un changement significatif par rapport aux étapes précédentes, et son expression apparaît dans le comportement de la « Nosra » et de son intégration dans la société et sa recherche de partisans dans la communauté locale. Selon la nouvelle approche, il est impératif d’éviter la déclaration d’affiliation à al-Qaïda, afin de ne pas donner au régime syrien la raison de réprimer la révolution sous prétexte de lutter contre le «terrorisme», de ne pas provoquer les États-Unis d’Amérique et d’éviter de perdre la pépinière sociale pour attirer des partisans.

Mais al-Jawlani (l’émir du Front al-Nusra) a été obligé de révéler sa relation avec al-Qaïda après qu’al-Baghdadi a annoncé la création de l’État islamique en Irak et au Chem.

La direction d’al-Nusra a trouvé son objectif de renforcer la nouvelle approche dans les livres d’Abou Musab al-Souri, en particulier ses livres « Notes sur l’expérience du Jihad en Syrie », « Le peuple du Chem face à Nasiriyah, le croisé et les juifs », et son plus important livre « L’appel de la résistance islamique internationale », qui est établi pour construire « Brigade » Islam », le concept de djihad individuel (loups individuels) et de transformer le djihad en projet national.

Avec l’émergence de divergences et d’affrontements entre Al-Nusra et ISIS, Al-Nusra a bénéficié d’un grand soutien de la part des dirigeants de la base centrale, dirigée par le Dr Ayman Al-Zawahiri, Abou Muhammad Al-Maqdisi et Abu Qatada Al-Falastini, et ce, dans plus d’un message et enregistrement audio.

Malgré tout ce soutien, Al-Nusra et la nouvelle Qaida ne sont plus la seule ligne pour les jihadistes. L’émergence de la ligne de l’État islamique a attiré un groupe de théoriciens et un grand nombre de la jeune génération jihadiste émergente, non seulement en Irak et en Syrie, mais aussi dans diverses régions des mondes arabe et islamique. Ils appartiennent à la deuxième et à la troisième génération, parmi eux: Abu Saad Al-Amili dans le message «Alerter l’être humain sur les péchés de discrimination et l’importance de l’autisme dans l’état d’islam», Abu Al-Hassan Al-Azdi dans le message «Les obligations de rejoindre l’État islamique en Irak et au Chem», et Abou Hammam Bakr bin Abdulaziz Al-Athri en son livre, «Tendre la main au serment d’allégeance à Al-Baghdadi», Abu Al-Mundhir Al-Shanqeeti dans sa déclaration «Une victoire pour la proclamation de l’état de l’Islam quand ils comprennent le sens de l’obéissance». Et Abou Youssef Al-Bashir dans sa lettre «Allégeance, puis allégeance et allégeance», et Abu Mondher Omar Mahdi Zidan dans plusieurs articles et d’autres. (16)

Il convient de noter que la montée en puissance de l’État islamique et son expansion et sa propagation vers d’autres régions sont à l’origine de diminution de la fiabilité et de l’importance de l’organisation centrale d’Al-Qaïda.

L’organisation a vu le jour dans un environnement habité par des conflits identitaires et un chaos en Irak. Elle a fait du sujet de l’identité sunnite sa première préoccupation, ce qui a renforcé sa capacité de recruter, de se propager et de monter.

En Syrie, l’organisation a profité de la transformation de la nature du conflit qui est déterminé par l’existence de deux sociétés arabes sunnite et chiite où les sunnite souffre d’une grande inquiétude qui menace sa sécurité, son identité et sa présence face à l’influence régionale iranienne en absence de toute présence arabo-sunnite.

Parallèlement à cette influence iranienne, l’État islamique est venu combler ce grand vide, en adoptant un système idéologique qui met en avant les préoccupations sunnites. Cette nouvelle tendance a créé une grande différence avec Al-Qaïda qui adopte la mondialisation de conflit et donne la priorité au combat des États-Unis (ennemi éloigné) (17).

Al-Nusra en Syrie avait affronté un certain nombre de bataillons à Homs et dans ses campagnes. Ainsi, ils ont liquidé « Thaer Waqas » l’un des chefs de l’armée libre « dans la région de Sarmin dans la campagne d’Idlib ». Cet assassinat a poussé vers la détérioration des relations, et le début de la phase d’assassinats mutuels entre les deux parties. Liquidation d’Abou Harmala le représentant légal d’Al-Nusra dans la campagne de Homs. Avec la diffusion de cette nouvelle, certains membres de« l’Armée libre » ont considéré  désormais les membres d’Al-Nousra comme «ennemis de la révolution». En effet, les différends se déplaceraient vers des zones à Hama, Alep et Idlib, où des affrontements entre les deux groupes ont été enregistrés.

 L’intensité des différences s’est intensifiée après l’assassinat, par Al Nousra, de Kamal al-Mouhami «Abu Basir al-Ladqani», l’un des commandant supérieurs de l’armée libre et chef des «Brigades Ezz Abdel Salam», lors de sa rencontre avec l’état-major d’Al-Nusra dans une région de la campagne de Lattaquié. Cet incident a été considéré par l’Armée libre comme une déclaration de guerre.

Raison pour laquelle, l’ancien président de la coalition d’opposition, Ahmed Moaz al-Khatib, à critiquer le Front Al-Nusra et l’a décrit comme un «gang criminel sans religion et sans création qui considère le djihad avec le sang et le meurtre» (18).

Le djihad mondial qui a suivi al-Qaïda a connu une division dans ses trois branches: princes et soldats, public et prédicateurs. Les appels à l’apaisement et les tentatives de rapprochement d’al-Jolani et d’al-Baghdadi n’ont pas réussi, car la tension a atteint le point où des proches associés d’al-Nusra ont accusé al-Baghdadi d’être derrière une tentative d’assassinat visant al-Jolani et son adjoint, Abu Maria al-Qahtani, le responsable juridique du front, et les deux se sont échappés miraculeusement (19).

En 2016,  le Front Al-Nusra, affilié à Al-Qaida en Syrie, s’est présenté sous une nouvelle image en changeant son nom en Fatah Al-Sham, puis Hayet Tahir d’Al-Sham (après être entré dans une coalition avec un certain nombre de groupes), déclarant sa distance d’Al-Qaeda, et cela a provoqué les militants extrémistes, principalement des combattants étrangers.

Quelques mois auparavant, ces derniers ont créé leur propre organisation au nom de l’organisation des Gardiens de la religion, qui a maintenu sa loyauté au leader d’Al-Qaïda Ayman al-Zawahiri. En effet, un certain nombre des anciens djihadistes, connus pour leurs parcours avec al-Qaida en Irak, ont rejoint les rangs de la nouvelle organisation. Le plus connu d’entre eux est le chef des Gardiens de la religion, le Syrien Samir Hijazi, connu sous le nom d’Abou Hammam Al-Shami. Ainsi qu’un grand nombre de Jordaniens, dont Iyad Al-Toubasi, connu sous le nom d’Abu Jalibib Toubasi, Sami Al-Aridi et Khaled Al-Arouri connu sous le nom s’Abou Al-kacem.

Les efforts déployés par Haiet Tahrir Al-Sham pour respecter les accords politiques avec le régime syrien, et restreindre ses activités au territoire syrien, ont conduit à la présence de l’organisation des Gardiens de la religion Horras eddine)  avec ses forces djihadistes étrangères et à son affiliation à al-Qaïda, et ses attaques contre des sites appartenant au régime dans le gouvernorat de Lattaquié, qui a conduit au lancement d’un bombardement aérien sur une région qui était en stabilité grâce à une entente russo-turque.(20)

En conclusion, nous constatons que le salafisme djihadiste, avec ses diversités extrémistes dans l’arène syrienne, a joué le rôle de la «contre-révolution». Elle a changé l’image de la révolution syrienne d’une lutte contre un régime politique répressif dictatorial et autoritaire que le peuple syrien avait acquis pour obtenir sa citoyenneté et sa dignité et parvenir à un État civil basée sur le dévouement de la démocratie et des droits de l’homme à un conflit sur la forme des concepts djihadistes salafistes et les méthodes de leur application pour chaque faction de l’«État islamique» et sa légitimité qui est basée sur leurs propres concepts.

Et les conflits salafistes radicaux ont émergé à travers les méthodes de contrôle et les répressions dans chaque région contrôlée par les organisations jihadistes salafistes .

Ainsi, le régime de la tyrannie a réussi à dessiner une image irréelle sur la réalité du peuple syrien. D’ailleurs, la vision du monde pour la Syrie, est que ce pays est devenu un foyer terroriste et un champ de bataille pour les conflits internationaux et les conflits violents. De cette sorte le régime sera en mesure de détruire la Syrie pour en faire une terre stérile sans un citoyen doté d’un système de valeurs humaines appartenant à la civilisation humaine, sachant que la Syrie a fourni tout au long de son histoire réalisations humanitaires pour cette civilisation.

Références

  1. Fahmi Jadaan: «Le salafisme – ses limites et ses transformations», «Le monde de la pensée», n ° 34, avril 1998, p. (12.34).
  2. Ibn Abd al-Barr al-Qurtubi: «La mosquée de l’énoncé du savoir et de ses vertus», La bibliothèque salafiste, deuxième édition, 1986, p. (2).
  3. Fahmi Jadaan: «The Tribulation, Research in the Debate of the Religious and Political in Islam» Amman, Dar Al-Shorouk 1989.
  4. Shaker Al-Issawi: «In Some Concepts and Ideas», Dar Al-Yanabee », 1996, p. (196, 197).
  5. Haider Ibrahim Ali: «L’Islam entre le salafisme historique classique et le salafisme moderne», Magazine Alam Al-Fikr, n ° 3-4, avril, juin 1998, p. (130,134).
  6. Mohamed Abu Rumman, Hasan Abu Haniyeh: «Le salafisme conservateur: la stratégie« islamisation de la société »et la question de la relation ambiguë avec l’État, Fondation Friedrich Ebert, décembre 210, (p. 26).
  7. Ali Al-Kuwari (éditeur): «La crise de la démocratie dans les pays arabes», Dar Al-Saqi, première édition 2004, p. (76).
  8. Dr Fathi Al-Zubaidni; «The Afghan Jihad, the House of Knowledge», Damas, première édition, 1996, p. (119).
  9. Le livre de la sonde mensuelle, livre 32, Les Frères musulmans en Syrie, Groupe de chercheurs, Centre d’études et de recherche, première édition, août 2009 p (257).
  10. Tariq Azizi: «Front Al-Nusrah pour le peuple du Levant», Al-Qaïda dans son édition syrienne, The Compass .. The Syrian Group for Studies and Research, The Compass Booklets (4), 2014, (p. 15).
  11. Kamal Deeb: «Histoire contemporaine de la Syrie», Dar Al-Nahar, première édition, Beyrouth, 2011, (p. 548)
  12. Le livre de la sonde mensuelle, livre 32, Les Frères musulmans en Syrie, Groupe de chercheurs, Centre d’études et de recherche, première édition, août 2009, (p. 252).
  13. Muhammad Jamal Barout: «The Last Decade in the History of Syria, Dialectic of Rigidity and Reform», Centre arabe de recherche et d’études politiques, première édition, Beyrouth, mars 2012 (p. 443).
  14. Dr Fathi Al-Zubaidi: Le classement de ces pays est le suivant: Arabie saoudite, Égypte, Palestine, Yémen, Algérie, Iraq, Syrie, Libye, Tunisie, Qatar, Koweït, Soudan, Maroc, Jordanie, Bahreïn. (P. 150)
  15. Aziza (p. 23)
  16. Pour les messages qui ont pris en charge ISIS et ses liens, consultez le lien suivant: http://www.hanein.in.info/vb/showthowthread.php?t=337513
  17. Mohamed Abou Rumman: Journal of Palestine Studies, Numéro (10) Winter, 2015, Salafi jihadism, ISIS and Al-Nusra in the Administration of Tawhush to the Jurisprudence of Supplication (p. 65).
  18. Moaz Al-Khatib: Jabhat Al-Nusra et Al-Qaeda sont un gang criminel, Al-Arabiya Magazine, 14 juillet 2013. Lien vers le magazine: http://www.jurnoljazina.com/index.php
  19. Hussein Jammo: Al-Jolani et al-Baghdadi: la compétition pour le phare de Damas préfigure la désintégration d’Al-Qaïda, Al-Hayat, 9 août 2013.
  20. Mouhannad Al-Haj Ali: «Gardiens de la religion» retrouve «Al-Qaïda» entre les mains du «Front Al-Nusra», Al-Hayat, 10 juin 2018.

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