Hayat Tahrir al-Cham : la structure organisationnelle et militaire et les sources de financement ! – Troisième partie

La structure organisationnelle de « Hayat Tahrir al-Cham », anciennement appelée Jabhat al-Nosra

Il est à la tête de la structure de « Hayat Tahrir al-Cham » (Emir), comme à l’instar de toutes les autres structures organisationnelles des mouvements djihadistes. Al-Joulani demeure toujours l’émir général de l’organisation, dont les noms se sont multipliés depuis sa création jusqu’à aujourd’hui. Et pour chaque zone d’influence d’« al-Nosra », il y a un chef militaire portant également le titre d’« Emir », et tous ces émirs prêtent allégeance à l’Emir général dont ils doivent obéir. Mais le gouvernorat d’Idlib se démarque par un gouverneur général qui se tient à la tête de la hiérarchie administrative, et d’un wali spécial responsable du district du désert, et chacun d’entre eux est indépendant de l’autre dans son domaine de spécialisation.

Jabhat al-Nosra a créé des divisions militaires outre que les divisions militaires traditionnelles connues chez les armées, comme suit :

Premièrement : Les groupes, appelés aussi les « hôtes », ils sont composés de 20 à 40 personnes, dirigées par un émir militaire, à qui les éléments du groupe prêtent allégeance à l’obéissance totale et à l’accomplissement des tâches assignées à l’élément sans objection. (33)

Deuxièmement : Les compagnies : elles comptent plusieurs groupes, et le nombre d’éléments de chaque compagnie varie entre (100-250) dirigée par un émir militaire, à qui font allégeance les chefs des groupes, et il bénéficie d’une marge d’indépendance dans la prise des décisions militaires dans son domaine d’influence sans être obligé de consulter le commandement supérieur, comme par exemple sanctionner « des éléments ou des émirs des groupes en cas de non-obéissance ».

Troisièmement : Les secteurs : Al-Nosra a divisé ses zones d’influence en secteurs, et chaque secteur a un émir qui veille sur le travail militaire, de prosélytisme religieux, de secours et judiciaire. Et l’émir du secteur bénéficie de larges pouvoirs au sein de son secteur. Parmi ces secteurs : Idlib, Hama, les côtes, les frontières et le reste des zones sous leur contrôle. A la tête de chaque secteur un émir dont la nationalité de la plupart est arabe Jusqu’en 2016, lorsque la majorité des émirs sont devenus de nationalité syrienne. (34)

Quatrièmement : Le Conseil de la Choura des Moudjahidines : Le nombre de ses membres est passé de 12à 18 et leurs visages ont changé avec les évolutions politiques et militaires de la structure de l’organisation. Parmi ces principales figures étaient Al-Zaouahiri, Al-Baghdadi, Abou Ali Al-Iraqi, Abou Mohammad Al-Adnani et Abou Maria Al-Qahtani ainsi que d’autres. Mais après la scission d’al-Nosra d’Al-Qaïda, sont restés Abou Al-Faraj Al-Farghali, Abou Al-Yaqzan Al-Masry et Abou Julaybib Al-Urduni », mais  suite au différend entre Al-Joulani et des symboles d’Al-Qaïda au Conseil de la Choura, certains d’entre eux ont été tués, et d’autres ont annoncé leur démission du conseil. Il restait donc la Première Choura (Al-Joulani, Abou Maria Al-Qahtani et Abou Al-Faraj Al-Farghali).

Formations militaires de Hayat :

L’Armée al-Nosra :

C’est une armée spéciale pour les batailles et le renfort. Elle représente la force centrale du Front, et l’aile militaire de son commandement. C’est une carte supplémentaire dans le reste des secteurs situés dans le nord de la Syrie. L’un des objectifs de la mise en place de cette formation militaire, c’est de consolider la loyauté envers le commandement d’al-Nosra, qui souffre aujourd’hui de certaines fissures et d’orientations contradictoires.

Les « Bandes rouges » : le Commando islamiste :

Ses missions consistent à mener des opérations spéciales derrière les lignes ennemies, et fin 2016, al-Julani a confié la création, l’organisation et la formation de cette unité à la compagnie « Blackwater islamiste» dénommée « Malahim Tactical ».

L’appareil général de sécurité :

C’est un appareil de sécurité indépendant, appelé la (Force de sécurité) travaillant en coordination avec la direction centrale de Hayat Tahrir al-Cham où cette dernière a nommé une personne en tant que « sécuritaire général » pour chaque ville ou région. Sous la tutelle du sécuritaire général, travaille un réseau illimité d’agents de sécurité et de détectives travaillant à titre civil dans toutes les institutions de la société civile (santé, éducation, conseils locaux, municipalités, organisations, syndicats, etc.). Ils sont chargés de faire les opérations d’observation, de rapporter les informations, de préparer les rapports chacun de son côté pour les transmettre au sécuritaire général de la région à laquelle ils appartiennent.

Planification militaire :

« Al-Joulani » et les émirs des secteurs préparent les plans militaires pour les batailles, dans des « salles d’opérations militaires », installées dans les lignes arrières des batailles, et les salles sont généralement partagées avec le reste des factions militaires armées, à l’instar de l’expérience de l’Armée de conquête dans la bataille d’Idlib, ou des chambres appartenant à Al-Nosra dans les batailles contre le régime d’al-Assad, ou encore dans les batailles contre les factions de l’opposition.

L’armement :

« Hayat Tahrir al-Cham » possède une arme qui la distingue du reste des formations militaires de l’opposition syrienne. Elle a en fait un énorme arsenal de véhicules piégés et de kamikazes utilisés souvent contre les sites hautement protégés, outre son arsenal de missiles éléphants de fabrication artisanale, ayant une portée jusqu’à 6 km environ, avec une puissance destructrice couvrant un cercle d’un diamètre d’environ 300 mètres. Elle possède également des ateliers de fabrication de mortiers et de munitions de 120 et 160 mm, ce qui se reflète positivement en termes de disponibilité, de quantité de production et de faible coût, et affecte négativement les performances militaires et les pertes. Tahrir al-Cham possède plus de 160 chars et véhicules blindés, outre des centaines de véhicules équipés, de mitrailleuses lourdes et de canons de 57 mm.

L’autorité religieuse :

C’est une institution religieuse qui surveille la conduite des chefs militaires et leur adhésion à la loi islamique, ainsi que leur donner des cours juridiques. L’institution religieuse de Jabhat al-Nosra est dirigée par une grande référence religieuse appelée (le juge général de la charia).

Un gouvernement de salut :

La formation du « gouvernement de salut » dans le nord de la Syrie a été annoncée le 2 novembre 2017. Il s’agit de l’aile politique, administrative et civile douce de Hayat, et elle était formée de 11 portefeuilles ministériels dirigés par Mohammad al-Sheikh à l’époque, ainsi que des ministères de l’Intérieur, de la Justice, des Donations, de l’Enseignement supérieur et de l’Education et l’Enseignement, de la Santé, de l’Agriculture, de l’Economie, des Affaires sociales et des Déplacés, de l’Habitat et de la construction, et de l’Administration locale.

Les principales ressources de Tahrir al-Cham à l’heure actuelle sont :

Les points de passage légaux et illégaux :

« Bab Al-Hawa et Ghazawiya » : selon les informations fournies par les sources, les revenus du passage de Bab Al-Hawa s’élèvent à plus de 4 millions de dollars américains par mois grâce à l’entrée de marchandises par les commerçants et de matériel de secours par les organisations , outre les mouvements de transit et à travers le passage frontalier.

La compagnie pétrolière Watad :

La compagnie pétrolière Watad  a été créée début 2018 à Idlib pour importer du pétrole européen, et elle appartient à Hayat Tahrir al-Cham. Depuis sa création, elle a importé des centaines de camions contenant de l’essence ukrainienne et l’a amené dans le gouvernorat d’Idlib à travers le poste frontalier (Bab al-Hawa), et ce après l’arrêt de l’approvisionnement de l’essence des zones du régime, pour une période ne dépassant pas sept jours à l’époque.

Les impôts :

Le gouvernement de salut, la branche civile de Hayat Tahrir al-Cham, réglemente les taxes et les infractions sur les magasins, les petits commerçants et même les kiosques, les infractions résidentielles et municipales, les infractions routières, les infractions relatives à l’eau et à l’électricité, et déterminer les terrains pour les personnes déplacées qui souhaitent installer des camps.

Les scénarios de l’avenir de « Hayat Tahrir al-Cham »

A la lumière des facteurs précédents, il est possible de dessiner trois scénarios pour l’avenir de Hayat Tahrir al-Cham. Le premier scénario est susceptible de maintenir l’alliance russo-turque au gouvernorat d’Idlib sous le contrôle de « Tahrir al-Cham », pour une période limitée requise et selon un plan précis qui ne s’est pas encore établi, pour que la région soit soumise et contrôlée, en raison des obstacles et des barrières multiples, car les répercussions humanitaires apparaissent comme les obstacles les plus importants qui retardent la bataille, après la grande provocation médiatique européenne par rapport à la question du mouvement des réfugiés au cas où la Russie mènerait une guerre agressive contre les civils. Mais certains pensent que prendre d’assaut la ville d’Idlib et ses environs libérés, peut avoir de graves conséquences sur la population parce qu’elle est située dans un centre à forte densité de population, et que la région peut connaître un important déplacement de population vers la Turquie puis vers l’Europe. De plus, les deux parties de la guerre poussent vers une confrontation armée; Ce qui aggrave plus encore la situation. Cela a été clair à travers l’accord d’Astana 15, qui a insisté sur l’importance de l’apaisement dans la région d’Idlib. Ainsi, il s’agit d’abandonner l’option d’un règlement militaire pour soumettre les zones sous l’influence de « Hayat ».

Le deuxième scénario prévoit que le plus grand danger qui menace « Tahrir al-Cham » porte une dimension idéologique, dans laquelle Hayat Tahrir al-Cham apparaît fragmentée de l’intérieur entre plusieurs parties, emportée par différents courants, dont certains portent l’idéologie d’Al-Qaïda. Et la question de sa désintégration dépend de son acceptation par les parties internationales et régionales en tant que composante nationale de la scène politique syrienne. Mais le fait de la classer en tant qu’organisation terroriste signifie l’échec des tentatives du mouvement al-Joulani, et l’ascension du courant extrémiste, qui comprend un grand nombre de combattants étrangers au sein de Hayat Tahrir al-Cham.

Le troisième scénario tend vers la possibilité de lancer la mise en œuvre du projet de l’organisation des régions libérées avec une armée unifiée regroupant toutes les factions à travers la création d’une manière participative du Conseil militaire du gouvernorat d’Idlib.

Tous les droits de publication et les droits d’auteur sont réservés au centre d’études et des recherches MENA