Interventions militaires turques sur plusieurs fronts et violations contre les minorités religieuses

Comité de rédaction

Le moment et l’ampleur de la récente attaque turque contre des zones au Kurdistan Irak ont poussé certains observateurs allemands à suivre la situation de prêt afin de déterminer ses répercutions à l’échelle régionale et internationale et à examiner sérieusement les intentions non déclarées du président turc, Recep Tayyip Erdogan, d’une telle attaque menée en quelques jours sous deux noms différents (Eagle Claw et Tiger Claw). À vrai dire, plusieurs questions nous taraudent l’esprit : pourquoi Erdogan ouvre-t-il un troisième front au moment où il est impliqué en Syrie et en Libye? Pourquoi cette préparation militaire, technique et médiatique pour cette attaque, qui s’inscrit réellement dans la guerre entre l’armée turque et le PKK qui ne date pas d’aujourd’hui ?

Les travaux des observateurs allemands ont déterminé les motifs qui ont poussé la Turquie à ouvrir ce front, et grâce au rapport publié par « Deutsche Welle », ce sujet peut être traité sur cinq principaux axes.

La Turquie ne mène pas de guerres propres

Dans leur rapport intitulé « Propagande turque – une vidéo faisant la promotion de » Guerre propre  » », les observateurs allemands ont affirmé que la vidéo diffusée par le ministère turc de la Défense, qui montre un avion turc (drone) qui survole une zone montagneuse du nord de l’Irak. Au début de la scène, la caméra suit un homme qui court sur une pente de montagne, soupçonné d’être du parti (PKK), qui semble s’être échappé en essayant de se cacher parmi les arbres. Quelques secondes plus tard, un missile l’a frappé, avant qu’un nuage de poussière ne se lève dans le ciel, pour tout finir. Une scène à travers laquelle la propagande turque cherche à donner au monde des preuves que sa guerre dans le nord de l’Irak est propre et sélective qui vise des terroristes et pas d’autres ».

Une agence russe a analysé la plupart des vidéos publiées par le ministère turc de la Défense et a confirmé qu’elles ont été fabriquées. Ainsi, la journaliste et experte turque « Inga Rog» a écrit dans le journal «Neue Tsurikhsaitung» paru à Zurich le 21 juin 2020 que: « La guerre propre d’Erdogan contre les terroristes est une illusion … les pertes entre les civiles augmenteront si les opérations militaires se poursuivent. Cela a été démontré par plusieurs vidéos diffusées sur les réseaux sociaux. » Ce que l’experte a écrit confirme que la Turquie ne mènera pas de guerres propres comme il le prétend, et son intervention en Syrie et en Libye est la meilleure preuve qu’il veut des guerres meurtrières sans fin, en particulier avec l’utilisation d’avions (drones) avancés et développés.

Pourquoi ce timing?

Le début de l’attaque, son calendrier et sa taille, annoncé par les médias turcs, a surpris tout le monde y compris les observateurs allemands. Tout d’abord, parce que la Turquie mène une double guerre en Syrie et en Libye.

Le rapport allemand s’est basé sur ce que a écrit Marion Sinclair la correspondante de la chaine allemande ARD à Istanbul, dans un article publié le 20 juin 2020 sur les antérieurs de l’attaque turc, dans lequel il s’appuyait sur l’analyse de Christian Brackel de la Fondation allemande Heinrich Boll à Istanbul, qui soulignait qu’«il y a peut-être d’autres considérations derrière le manœuvre de Ankara ».

Cela a été remarquable dans son analyse lorsqu’il a lié le calendrier des attaques aux pourparlers de paix entre les différentes forces kurdes, a l’instar des Kurdes syriens, des représentants de l’auto-administration, le Conseil national kurde, un groupe politique d’une quinzaine de partis, l’Union démocratique kurde, parrainée par les États-Unis et la France, et la participation de la présidence de la région du Kurdistan irakien. Selon Brakel, Ankara avait des suspicions de cet accord, et à travers ces attaques Erdogan voulait transmettre un message est que la question kurde ne peut pas être discutée en excluant la Turquie.

Qu’est-ce qui a changé l’équilibre des forces?

Dans une enquête générale menée par l’International Crisis Group Research Center, dont le rapport allemand était basé sur ses chiffres et ses données, l’enquête confirme le meurtre d’environ 5000 personnes dans ce conflit depuis la fin du cessez-le-feu il y a cinq ans. Parmi eux, 1 200 forces de sécurité turques, environ 3 000 éléments du PKK et 500 victimes parmi les civiles.

Mais qu’est-ce qui a changé l’équilibre des forces? Comment la Turquie a transformé ses pertes précédentes en victoires? Selon le même centre, l’utilisation accrue par Ankara de sa flotte de drones de combat a entraîné un changement fondamental dans la bataille au profit de l’armée turque, qui était auparavant incapable de pénétrer ces montagnes, par terre ou par air comme elle le fait Actuellement. Ce n’est un secret pour personne qu’Ankara a utilisé le même avion en Libye pour soutenir les milices affiliées au gouvernement Al Wifak. Certaines analyses indiquent que la Turquie cherche à devenir parmi les dix plus grands pays exportateurs d’armes au monde d’ici 2023. C’est la date du centenaire de la fondation de la République turque, à laquelle Erdogan tente de se comparer.

Passer aux zones d’opérations d’ISIS

Les reportages des médias et certains analystes ont soulevé un point d’interrogation : qu’est-ce qui fait que l’armée turque, lors de son offensive dans le nord de l’Irak, déménage dans la même zone habitée par des Yézidis qui ont été exposés à l’oppression de l’Etat islamique? Une situation qui a poussé des militants yézidis résidants en Allemagne à appeler à condamner la campagne militaire dans les termes les plus forts et à exercer une pression diplomatique maximale sur la Turquie pour arrêter ses attaques contre les Kurdes.

Une journaliste a écrit dans un journal allemand: « Encore une fois, Ankara bombarde les zones kurdes en dehors de la Turquie, et elle a un chèque en blanc. Personne n’était contre, ni à Bagdad ni en Europe, comme c’est toujours le cas ».

L’écrivain, Dusan Tikal, a rappelé à quoi cette minorité religieuse avait été exposée par l’Etat islamique et actuellement par un membre de l’OTAN, et a déclaré qu’il était « très choquant et douloureux que la Turquie lance ses frappes aériennes, au moment où elle est membre de l’OTAN (… « Nous devons réaliser que nous parlons d’une minorité religieuse encore traumatisée par son génocide. »

En fin de compte, tout ce silence de l’OTAN et de l’Union européenne, à l’exception de la France, a fait que la Turquie se donnait le droit de commettre tous ces abus, et sur plus d’un front, grâce à son soutien financier illimité de Qatar, qui est devenu la source des financements de la Turquie dans ses guerres dans la région et a accepté de soutenir les Frères musulmans turcs et à travers le monde.

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