La classification doctrinale représente le plus important axe de la définition du soi personnel et du soi collectif. Et la classification doctrinale islamique des musulmans eux-mêmes et des autres est basée sur le Coran et la Sunna, ainsi que sur les classifications approuvées dans divers ouvrages et références du patrimoine. Les classifications idéologiques les plus importantes dans la réalité des immigrés musulmans en Allemagne sont :

Les Musulmans et les croyants :

L’Islam par définition : C’est le fait de croire en la religion de Mahomet, ses principes, son message et sa prophétie. Officiellement, une personne est dite musulmane en Allemagne si elle s’identifie clairement comme musulmane, indépendamment de son origine ethnique et de ses doctrines au sein des sectes islamiques.

La foi signifie le fait de croire, et sa place est le cœur, et le croyant son fond est en cohérence avec ses apparences, sans manipulation, ni détournement du sens, ni hypocrisie. Et la coercition ne prouve pas la foi ni ne la nie.

Chez les musulmans, le sens de l’islam interfère avec celui de la foi. Et par ces deux termes, ils désignent la catégorie spécifique qui se convertit à l’islam, qui croit en son prophète et son livre, et suit ses enseignements.

Les mécréants et non-musulmans :

Les mécréants sont le pluriel de mécréant, et cela signifie ceux qui ne croient pas en l’islam en tant que religion et ne reconnaissent pas Mahomet en tant que prophète. Le terme « non-musulmans » est courant parmi les musulmans allemands au lieu de « mécréants », car ils estiment que décrire quelqu’un de « mécréant » est une atteinte à la décence au sein de la société. Le mot « mécréant » ayant des significations négatives dans l’espace européen, et son usage évoque le passé amer de la lutte des philosophes et des penseurs avec l’Église. Et en Allemagne, on interdit d’offenser une personne en utilisant des descriptions et des noms ayant une mauvaise signification.

Les Gens du Livre ou les Chrétiens et les Juifs :

Certains spécialistes de la jurisprudence islamiques pensent que le terme « Gens du Livre » couvre tous les croyants des Livres divins, y compris les Juifs et les Chrétiens, et les croyants des Psaumes de David et les feuillets d’Ibrahim. D’autres pensent que le terme concerne seulement les juifs et les chrétiens, et pas d’autres. Les musulmans en Allemagne utilisent ce terme pour désigner les Juifs et les Nazaréens, et le terme « Nazaréens » est remplacé par le terme « chrétiens », car c’est plus familier, et les chrétiens ne l’utilisent pas car ils peuvent penser qu’il s’agit d’un dénigrement ou une diffamation.

Les Athées, les irréligieux et les agnostiques :

Le sens de (athéisme) en arabe est l’inclination de l’intention, et le fait de renoncer à quelque chose. On dit ne croit pas en la religion et de la nier, et de la défier. L’athéisme signifie ne pas croire en Dieu et douter de son existence, ou de s’écarter de la religion et de la défier, tout en niant l’existence d’un dieu.

L’athéisme a historiquement des types : un déni de l’existence du Créateur, un déni de la connaissance du Dieu, de laide du Dieu, de sa puissance ou de la volonté de Dieu, tout en croyant en son existence. De nombreux croyants ont été décrits de cet athéisme, comme Platon, Aristote, Ibn Rochd, Ibn Sina, Al-Razi, Descartes, Spinoza, Kant et autres. L’athéisme dans la littérature moderne est un courant philosophique centré autour de l’idée de nier l’existence du Créateur. Et Il y a une confusion entre l’athéisme, l’irréligion et l’agnosticisme, et cela est dû au chevauchement de ces courants et à l’absence de limites claires qui les distinguent.

L’agnosticisme est une philosophie dont les adeptes croient en l’impossibilité de prouver l’existence de Dieu ou de l’au-delà en dehors du cadre de la science empirique, ainsi qu’en l’impossibilité de nier l’existence de Dieu ou de l’au-delà. Quant à l’athéisme, il signifie la négation des religions, et le refus de faire de la religion le centre de l’organisation de la vie humaine. L’irréligieux ne nie pas nécessairement l’existence de Dieu ou du Créateur. Il y a des irréligieux qui reconnaissent son existence, et d’autres sont athées, et par conséquent tout athée est un irréligieux, et tout irréligieux n’est pas forcément athée.

Les athées de toutes sortes sont considérés comme des mécréants par tous les musulmans, et ils sont classés dans la catégorie des « plus mécréants », et l’entrée d’une personne dans le groupe des athées lui fait faire face à une situation complètement différente s’il vivait dans un Etat islamique, en termes de mariage, d’héritage, d’ascendance, de droits de considération du citoyen, son éligibilité à assumer des fonctions et des postes, et la continuité de son contrat de dhimmi ou non, s’il était d’origine des Gens du Livre ou du Mage…etc. Bien qu’il soit difficile de connaître la religion des autres en Allemagne, l’immigrant musulman a besoin de cela, car cela implique de nombreuses choses liées à la consommation de leur nourriture, la possibilité de se marier parmi eux, de manger leurs sacrifices, leur héritage, leurs dépenses et autres.

La religion et l’État en Europe et en Allemagne :

Les pays européens adoptent généralement le système laïc, mais certains d’entre eux considèrent le christianisme comme religion de l’État, comme l’Arménie, la Grèce, l’Islande, la Norvège, la Suisse, le Liechtenstein, Monaco, le Vatican et l’Écosse. Et d’autres pays européens n’ont pas d’églises officielles, mais reconnaissent uniquement les confessions chrétiennes, comme la Finlande, la Géorgie, Chypre, l’Italie, le Portugal, l’Espagne et la Pologne. Il y a des pays qui adoptent constitutionnellement la laïcité pure, comme la France, l’Irlande, la Roumanie et la Russie.

La constitution allemande stipule que « l’État n’a pas de doctrine ecclésiastique officielle ». L’Allemagne adopte la séparation entre la religion et l’État et l’Allemagne est considérée comme un exemple de modération en ce qui concerne la relation de la religion avec l’État. La Constitution allemande garantit la liberté et la démocratie, et traite positivement avec le rôle du christianisme en tant que valeur et référence morale, mais elle rejette l’intervention directe de l’Église dans le processus politique. Et les Églises continuent de superviser directement des secteurs vitaux tels que les hôpitaux, les maisons de retraite et les jardins d’enfants, et l’État allemand déduit un impôt volontaire des chrétiens en faveur de l’église.

La répartition religieuse en Allemagne : réalités et chiffres :

Le pourcentage des chrétiens dans les 28 pays de l’Union européenne a atteint environ 66,1%, et le pourcentage des (irréligieux) 28,9% tandis que le pourcentage des musulmans s’élève à 3%. En Allemagne, la proportion des chrétiens ainsi que des irréligieux est estimée à 94,5% de la population. La répartition détaillée des religions et croyances en Allemagne est :

  • Irréligieux 33,1%.
  • Catholiques 30,2%.
  • Protestants 29,2%.
  • Islam 4,9%.
  • Orthodoxie 1,6%.
  • Judaïsme 0,2%.
  • Autres chrétiens 0,4%.

La classification doctrinale islamique a impacté sur l’intégration des immigrés musulmans en Allemagne :

On peut résumer les problèmes de la dimension idéologique affectant la vie des musulmans et leur intégration dans la société allemande dans les questions suivantes :

  • Les Gens du Livre sont-ils croyants, polythéistes, mécréants ou autre ?
  • Est-il autorisé d’épouser parmi les Gens du Livre ?
  • Est-il permis d’aimer, de complimenter et de féliciter les Gens du Livre lors des fêtes et d’occasions spéciales ?
  • Les athées d’origine chrétienne ou juive : le musulman peut-il manger leurs sacrifices et de choisir pour épouse parmi leurs femmes ?
  • Quel jugement islamique par rapport au travail avec les chrétiens ?
  • Les mécréants dont la moralité et les actes se sont améliorés entreront-ils au paradis ?
  • Est-il possible de respecter les mécréants ?
  • Quel jugement du fait de serrer la main d’un athée et de lui sourire ?
  • Est-il autorisé de vivre avec des chrétiens ?
  • Quel jugement par rapport à l’amitié du musulman avec le chrétien ?
  • Est-il permis de rendre hommage au mémoire d’un décès mécréant ?
  • Est-il permis de féliciter les non-musulmans pour leurs vacances ? …et d’autres questions…
  • Les musulmans et les non-musulmans sont-ils égaux en termes de respect, de valeur et de sang ?
  • La croyance en l’erreur, de l’égarement et le mauvais sort des non-musulmans affecte-t-elle les relations des musulmans avec eux ?

La plupart des musulmans partagent ces problèmes, mais leur impact sur la vie des immigrés est plus important que les autres, notamment en ce qui concerne leur intégration dans les sociétés d’accueil.

Les musulmans croient que l’islam est la seule vraie religion, et que suivre d’autres religions est une erreur certaine, et par rapport à cette question ils ne font pas l’exception. Au contraire, cette tendance est similaire à celle des autres croyants dans d’autres religions, et les musulmans adoptent cette position en ‘appuyant sur les textes du Coran : «Certes, la religion acceptée d’Allah, c’est l’Islam» [Al-Imran] :19], «Et quiconque désire une religion autre que l’Islam, ne sera point agréé, et il sera, dans l’au-delà, parmi les perdants » [Al-Imran : 85]. Mais les spécialistes de la jurisprudence islamique ont affirmé que l’Islam reconnait l’autre en général et confirme ses droits et la liberté de choisir ses croyances, le culte et ses rituels. Et dans l’héritage islamique il y a des livres qui débordent d’explications des droits civils et de croyances des Gens du Livre dans la société islamique, et l’obligation de les laisser libres dans leurs croyances, leurs rituels et leur culte, et même de les protéger de l’oppression dont ils pourront être exposés.

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