La défaite des partis pro-iraniens aux élections met l’Irak sur un toit brûlant

La situation de tension parmi les partis irakiens fidèles au Hachd al-Chaabi soutenus par l’Iran, continue contre les résultats des récentes élections irakiennes, ayant suscité ce qu’on peut appeler un « séisme » frappant les blocs parlementaires appartenant à ces partis, particulièrement l’Alliance Fatah, qui n’a remporté que 15 sièges parlementaires.

Il est à rappeler que l’Alliance susmentionnée, considérée comme la plus forte au sein des milices du Hachd al-Chaabi, avait remporté 48 sièges lors des dernières élections, ce qui faisait d’elle l’un des blocs les plus forts du parlement irakien lors du dernier mandat.

Les nouveaux traits de l’escalade de ce qu’on appelle le « cadre de coordination », qui inclut les factions et les partis irakiens soutenus par l’Iran, se manifeste dans le renouvellement de leur refus de reconnaître les résultats et leur demande qu’ils ne soient pas approuvés avant de décider par rapport à tous les recours. Cela s’est accompagné d’une campagne de ces partis contre la Haute commission électorale, en parallèle avec le mouvement des partisans du Hachd al-Chaabi dans la rue irakienne près de la Zone verte.

De son côté, un membre de l’Alliance Fatah, « Mahmoud Al-Hayani », a affirmé qu’il y avait de la fraude électorale ciblant les partis soutenant Hachd al-Chaabi, en considérant que la modification des résultats du scrutin a été effectuée par des mains étrangères pour comploter Hachd al-Chaabi

Al-Hayani a ajouté : «Hachd al-Chaabi est victime d’un complot majeur, dans le but de mettre fin à sa présence par des parties internes et externes ne voulant pas l’intérêt de l’Irak.

Des options iraniennes

Bien que les partis perdants aux élections soient prêts à se mobiliser contre les résultats des élections, l’analyste politique, Abdel-Jabbar al-Kilani exclut que la Haute Commission électorale annule les résultats annoncés, en soulignant que si les partis pro-iraniens sont intransigeants dans leurs positions, le pays sera plus proche d’une guerre civile.

Al-Kilani a ajouté : « Il y a un vainqueur clair ayant une base populaire sur le terrain, qui est le mouvement sadriste, qui, de son côté, n’acceptera aucun changement au niveau des résultats engendrant la perte de cette victoire. Par conséquent, les revendications du Hachd al-Chaabi pourraient également déclencher une guerre dans la rue chiite, ce qui ne sert pas les intérêts de l’Iran pour le moment », en estimant que la ligne d’escalade aura un plafond au niveau duquel elle s’arrêtera.

Il est à noter que les résultats annoncés ont révélé la progression du mouvement sadriste, dirigé par « Muqtada al-Sadr », aux élections, après avoir remporté près de 70 sièges parlementaires.

Al-Kilani considère également que l’Iran est conscient du fait que son soutien de tout acte de chaos ou de violence en Irak pourra se répercuter sur ses efforts pour se débarrasser de certaines des sanctions qui lui sont imposées et peut également l’exposer à plus de sanctions ainsi que fermer la porte de la communauté internationale à toute négociation avec lui, en insitant que le chaos dans la région en général sert les intérêts de l’Iran, mais à un certain degré, et que la situation aujourd’hui en Irak a ​​changé par rapport à ce qu’elle était en 2003.

En outre, « Al-Kilani » estime que l’Iran devrait accepter la défaite de ses partis en Irak et essayer de faire face à la nouvelle réalité d’une manière plus calme, en soulignant que toute escalade de sa part ou de ses milices en Irak pourrait lui fait perdre un nouveau « Qassem Soleimani ».

Al-Kilani affirme par ailleurs que le départ de « Donald Trump » du pouvoir aux États-Unis et l’arrivée de « Joe Biden » ne signifient pas que l’Iran est devenu à l’abri des réactions de vengeance américaines, en expliquant que les décisions de liquidation et de ciblage ne sont pas en totalité lié à la personne du président américain, mais plutôt aux rapports de renseignements et aux nécessités de la sécurité.

Quant au point le plus important, Al-Kilani a dit que l’administration américaine ne supportera pas les conséquences de la reproduction du scénario afghan en Irak, et que l’administration Biden se rend compte que la reproduction de ce scénario peut l’entraîner dans une réalité américaine interne très difficile qui peut aller jusqu’à la destitution du président, et donc elle ne permettra pas de reproduire la même faute, notamment avec l’approche de retirer les forces américaines de l’Irak avant la fin de l’année en cours.

Position inchangée et des déclarations

Ce que le gouvernement irakien montre et les déclarations officielles prouvent une position stable concernant les résultats des élections. Le président irakien, Barham Salih considéré que la tenue des élections est une étape importante vers la formation d’un parlement et d’un gouvernement efficaces qui répondent aux attentes du pays et aux aspirations des Irakiens à une vie libre et digne, ainsi que le renforcement des relations économiques et commerciales et du soutien à l’investissement, alors que l’Irak aspire à consolider les exigences de la reconstruction et du développement du pays.

Par ailleurs, le directeur du département des médias et de relations publiques à la Haute Commission électorale, « Hassan Salman », révèle que le nombre de recours après l’annonce des résultats, reçus moins de 24 heures après la fin du scrutin général, s’élève à 1360, en indiquant que tous les recours ont été soumis à l’autorité judiciaire qui a répondu de son.

Il est à rappeler que des médias irakiens ont annoncé que les autorités judiciaires irakiennes ont rejeté tous les recours contre les résultats des élections législatives anticipées ayant eu lieu le 10 de ce mois.

Al-Maliki encore une fois

La situation de confusion par laquelle traversent les milices soutenues par l’Iran depuis plus de deux ans et la perte de leur position au parlement pourraient ouvrir la porte au retour de l’ancien premier ministre irakien Nouri al-Maliki sur le devant de la scène en tant que représentant de l’influence de l’Iran en Irak au lieu des miliciens, selon les propos du journaliste écrivain Majed Al-Samarrai, en estimant qu’il s’agit d’une grande opportunité pour « Al-Maliki » après la défaite de « Hadi Al-Ameri » et de la milice d’armes.

Al-Samarrai a ajouté : « C’est comme si al-Maliki disait à ses tuteurs ; comprenez-vous maintenant que je suis votre cheval de bataille en Irak », en soulignant que les récentes élections révèlent que le conflit entre les dirigeants chiites porte sur qui obtiendra le pouvoir, ce qui signifie l’appropriation de l’argent et de l’influence, et non servir le peuple, et que le numéro dans le pouvoir doit être fidèle à Téhéran avant d’être loyal envers l’Irak.

Al-Samarrai a considéré également que Nouri al-Maliki reprend désormais la tête des résultats des élections après Muqtada al-Sadr, en travaillant ardemment malgré les scandales entourant son règne pendant huit ans de corruption et d’implication dans la catastrophe de l’occupation de Mossoul par Daech. Il a insisté que les partis loyaux après leur défaite électorale, ont reconnu leur aliénation et sa non-reconnaissance de l’identité et de l’indépendance de la nation irakienne.

Il est à noter que le terme « partis loyaux » fait référence à un groupe de partis pro-iraniens qui déclarent allégeance au guide suprême de la révolution iranienne et à la Velayat-e Faqih.

Dans le même contexte, le chercheur en affaires du Moyen-Orient, Abdullah Abdessalam, a exclu le retour d’« Al-Maliki » au pouvoir étant donné que la rue irakienne est en effervescence et rejette l’autorité au pouvoir et la classe la politique existante depuis 2003, dont « Al-Maliki » était l’un de ses piliers, en indiquant que tout ce qu’il pourrait obtenir, c’est le renforcement du soutien iranien à son égard et avoir une certaine influence au sein de la scène irakienne.

Quant au changement de l’influence armée vers l’influence politique, « Abdessalam » le lie à la capacité du régime iranien à lire la scène et les évolutions en cours, en expliquant que le régime iranien a prouvé dans de nombreuses situations son échec et que l’arrivée du courant extrémiste au pouvoir absolu en Iran pourrait pousser le régime à se lancer dans aventures irréfléchies.

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