«La grande chute» : La Turquie s’enlise-t-elle dans le «bourbier afghan» ?

La chute des villes afghanes entre les mains des « talibans » se poursuit au rythme des batailles incessantes depuis des semaines, à cause de l’incapacité des autorités de la capitale « Kaboul » de contrôler la situation, avec des craintes autour du retour du régime des talibans après le retrait des forces américaines, dont les objectifs de leur intervention militaire au Moyen-Orient pendant les 20 dernières années n’avaient pas des objectifs clairs. Tandis que la Turquie cherche à maintenir ses forces en Afghanistan en signant des accords bilatéraux après le retrait des forces internationales.

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a affirmé hier soir, mercredi, qu’il pourrait recevoir prochainement le chef du mouvement des talibans, et qu’il s’est entretenu avec la partie qatarie sur la possibilité d’arêter les pas des talibans et les moyens de parvenir à la réconciliation dans le cadre des efforts pour mettre un terme aux combats en Afghanistan, en soulignant que « les institutions turques concernées sont en train de prendre les mesures nécessaires en relation avec les évolutions en Afghanistan, y compris des pourparlers avec les talibans, et « je peux même recevoir leur leader prochainement », a-t-il noté.

Erdogan a annoncé précédemment que son pays s’occupera de sécuriser l’aéroport international de la capitale afghane, Kaboul, après le retrait américain, en indiquant à l’époque qu’Ankara et Washington avaient décidé les mesures pour que les forces turques s’occupent de sécuriser l’aéroport de Kaboul après le retrait américain de l’Afghanistan.

Des médias ont également rapporté, selon deux responsables turcs mercredi, que « leur pays est toujours déterminé à l’heure actuelle à gérer et à sécuriser l’aéroport de Kaboul après le retrait d’autres forces étrangères d’Afghanistan, mais ils surveillent la situation après que les talibans ont réalisé des victoires rapides sur le champ ».

Le mouvement des talibans a mis en garde la Turquie contre le maintien des forces en Afghanistan pour sécuriser l’aéroport, en considérant la décision de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) de maintenir ses forces pour sécuriser l’aéroport international de Kaboul comme étant une continuité de l’occupation de l’Afghanistan.

En revanche, des observateurs estiment que « les États-Unis ont cherché à soutenir la présence turque en Afghanistan, sous prétexte de combler le vide américain, alors qu’Erdogan essaie de « pêcher en eau trouble de l’Afghanistan et le bourbier afghan, soit plus profond que la sécurisation de l’aéroport par la Turquie », en soulignant que « les États-Unis à l’intention de réorganiser leur stratégie pour affronter la Russie, la Chine et l’Iran ».

Toutefois, le Premier ministre pakistanais, Imran Khan, a indiqué hier, mercredi, dans des déclarations aux médias étrangers après des entretiens avec le ministre turc de la Défense, Hulusi Akar, que son pays déploie des efforts pour faciliter les pourparlers entre les talibans et Ankara, et que la meilleure chose est pour la Turquie et aux talibans d’entrer en dialogue direct, afin que les deux parties puissent discuter des raisons pour lesquelles il est nécessaire de sécuriser l’aéroport de Kaboul.

La grosse chute…

Jeudi, les talibans ont annoncé leur contrôle du siège du gouvernorat de Ghazni, situé à seulement 150 km de Kaboul, pour qu’elle soit la dixième capitale d’une province afghane tombe entre les mains des talibans, après avoir pris le contrôle hier de la ville de Fayzabad, le centre de la province du Badakhchan au nord de l’Afghanistan.

Le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, a publié sur Twitter qu’un « certain nombre des forces afghanes ont rejoint le mouvement, et les talibans ont saisi un hélicoptère à l’aéroport de la province de Kunduz et d’autres armes. Des combattans du mouvement ont de même dominé les deux provinces de Baghlān et de Badakhchan au nord-est du pays, ainsi qu’ils ont ciblé par missiles la Base militaire de Bagram, au nord de la capitale, Kaboul, en affirmant que le mouvement « contrôle désormais les États de Nimroz, Djozdjan, Sar-é Pol, Kunduz, Takhar, Samangan, Farah, Baghlan et Badakhchan ».

Il semble que le mouvement ne pense pas à ralentir le rythme effréné de sa progression dans le nord et continue sa pression, puisque 6 des capitales des dix provinces contrôlées par les talibans (sur les 34 capitales des provinces afghanes) sont situées dans le nord, tandis qu’ils contrôlent de grandes parties d’autres provinces sans parvenir à faire chuter leurs capitales.

Le contrôle de Kunduz, carrefour stratégique du nord de l’Afghanistan entre Kaboul et le Tadjikistan, a été le plus gros succès militaire des talibans depuis le début de leur offensive en mai après le début du retrait des forces internationales, qui devrait s’achever d’ici le 31 août.

Un responsable américain a prévu ce que « le mouvement des talibans va isoler la capitale afghane, Kaboul, du reste du pays dans 30 jours ou ils la contrôleraient en 90 jours, après le contrôle par le mouvement de plusieurs capitales de villes en une semaine ».

Le responsable, qui s’est adressé aux médias sous couvert d’anonymat, a affirmé que « la nouvelle évaluation de la capacité de Kaboul à résister est basée sur les victoires rapides que les talibans réalisent à travers le pays avec le départ des forces étrangères dirigées par les États-Unis, qui devraient se retirer complètement avant la fin du mois en cours». Il a ajouté que « cela n’est pas une affaire classée, car les forces de sécurité afghanes peuvent renverser situation si elles faisaient preuve de plus de résistance ».

Inquiétude et avertissement américain…

Par ailleurs, l’ambassade américaine à Kaboul a mis en garde aujourd’hui jeudi qu’elle avait reçu des informations selon lesquelles les talibans auraient exécuté des membres des forces afghanes après leur soumission, en considérant que « les pratiques des talibans sont très préoccupantes et peuvent constituer des crimes de guerre ».

Et le site web américain « Axios » a évoqué que « le rythme du contrôle des talibans sur des zones en Afghanistan au cours de la semaine dernière a choqué les responsables vétérans de l’armée américaine et du Conseil de sécurité nationale », en ajoutant que « le président Joe Biden a admis – à contrecœur – que les talibans mènent des frappes rapides et avec une coordination étonnante, mais il n’y a aucune possibilité de changer la stratégie de retrait ».

De son côté, la porte-parole de la Maison Blanche Jen Psaki a indiqué : « L’administration américaine s’active pour accélérer les procédures d’évacuation des collaborateurs afghans et de leurs familles, et les Etats-Unis continueront à apporter leur soutien logistique aux forces afghanes, ainsi qu’ils considèrent que ces forces ont de quoi leur permet d’affronter les talibans », en affirmant que « le retrait des forces américaines d’Afghanistan se fera dans les délais, indépendamment des progrès réalisés par les talibans ».

Le porte-parole du Pentagone, John Kirby, a également déclaré qu’il « ne spéculera pas sur la situation sécuritaire en Afghanistan et il se concentrera sur le soutien aux forces afghanes terrestres et aériennes ». Il a par ailleurs affirmé que « les actions des talibans sont incompatibles avec leurs engagements autour de la table des négociations, et que la solution politique est la seule, et qu’il y a une stratégie militaire afghane que nous soutenons autant que possible ».

En revanche, le président américain, Joe Biden, a exhorté les dirigeants afghans hier, mercredi, à se battre pour leur patrie, et il a ajouté qu’il ne regrette pas la décision de retirer ses forces, en indiquant par ailleurs que « les États-Unis ont dépensé plus de mille milliards de dollars en 20 ans et ils fournissent un grand soutien aérien, de la nourriture, des équipements et des salaires aux forces afghanes ».

Il convient d’évoquer que les États-Unis termineront le mois en cours le retrait de leurs forces après les promesses des talibans d’arrêter l’utilisation de l’Afghanistan dans le terrorisme international, d’autant plus que Washington étudie de fermer son ambassade et d’évacuer sa mission diplomatique en Afghanistan.

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