L’Algérie : un avenir incertain entre les revendications du Hirak et les appréhensions de la décennie noire

Pour la deuxième journée consécutive, l’armée algérienne a annoncé qu’un certain nombre de ses soldats ont été tués lors des affrontements avec des armés extrémistes, portant le nombre total de ses morts au cours des 48 dernières heures à au moins 5 soldats, dont 3 tués au cours des dernières 24 heures.

Il est à rappeler que l’armée algérienne a annoncé il y a quelques jours le lancement d’une opération militaire-sécuritaire d’envergure contre des sites où se refugient des groupes armés à la wilaya de Tipaza, au nord du pays.

Période de transition et appréhensions de la décennie noire

L’escalade des affrontements entre l’armée algérienne et les groupes armés dans le pays coïncide avec la situation politique, la transition du pouvoir et les réformes constitutionnelles qui, selon l’analyste politique, «Houari Tchouketch», attise les appréhensions que certaines parties exploitant ces circonstances pour faire entrer le pays dans une période de conflit armé sanglant rappellant les souvenirs de la décennie noire qui avait coûté des milliers de vies, selon ses propos.

Tchouketch a souligné également que le processus de transition du pouvoir en Algérie est différent par rapport aux autres pays arabes, qui ont connu des transitions similaires, notamment que le Hirak continue à rejetter de la nouvelle autorité par certains Algériens. Ceci peut pousser vers une crise politique qui créera une autre crise plus générale dans le pays pouvant se transformer après en une crise armée.

Il est à rappeler que l’Algérie a traversé une période d’affrontements sanglants lors des années 90 du siècle dernier, entre l’armée et des parties armées islamistes qui a duré dix années consécutives, connue sous le nom de «décennie noire», et entraînant la mort des milliers de personnes.

Dans le même contexte, l’expert en sécurité, Azzam Boubaker, a indiqué que l’étendue de la superficie de l’Algérie et le fait d’avoir de grandes frontières avec plusieurs pays souffrant de tensions sécuritaires augmentent le risque de voir le pays entrer dans une spirale de violence, en soulignant l’importance de donner la priorité dans le pays au dossier sécuritaire et l’intensification des opérations militaires contre les groupes armés, considérés comme les héritiers des mouvements de la décennie noire dans le pays.

Le risque sécuritaire s’intensifie, selon «Boubaker», étant donné que les groupes armés dans le pays sont considérés comme étant l’étendue du groupe salafiste djihadiste, qui s’est transformé avec le temps en entités liées à Al-Qaïda puis à Daesh. Il a souligné que ce dernier, depuis son émergence, essaie d’être dans les régions à hautes tensions qui enregistrent des mouvements populaires, comme ce fut le cas en Syrie et en Irak.

La nécessité de séparer le politique du militaire

Bien qu’il adopte les alertes en relation avec le risque des groupes djihadistes et de la décennie noire, le militant de l’opposition algérienne, «Abdelmajid Ben Daly», estime que ce danger ne barre pas la route devant des réformes sérieuses politiques et constitutionnelles, en appelant à la nécessité de séparer le politique du militaire.

Ben Daly a ajouté : «Les revendications fondamentales du Hirak algérien sont de mettre un terme à l’emprise des militaires sur la politique et non de les lier ensemble, puisque les politiciens ont un rôle à jouer différent des militaires. Il a par ailleurs considéré que le fait de parler des opérations militaires et des préoccupations de l’armée en le liant aux réformes politiques est une façon pour ne pas satisfaire les exigences constitutionnelles et les demandes de la rue.

Il convient de dire aussi que le président algérien, Abdelmajid Tebboune, a approuvé il y a quelques jours les amendements constitutionnels, qui viennent d’être votés lors d’un référendum en octobre dernier, et qui ont été approuvés malgré le faible taux de participation au référendum ne dépassant pas 23,84% de la population algérienne.

En se basant sur ce pourcentage faible des votes exprimés sur les amendements constitutionnels, «Ben Daly» considère que le véritable danger menaçant le pays est le fait de ne pas répondre aux demandes du Hirak et du peuple, et que l’application de ces demandes empêchera le pays d’entrer dans la spirale de la décennie noire ou dans toute autre spirale, en notant que le rejet absolu du pouvoir politique en place actuellement est la raison pour laquelle le Hirak continue.

«Ben Daly» a en outre indiqué qu’un pourcentage important du peuple algérien voit dans le régime actuel une extension de l’ancien régime. Ils refusent par conséquent de négocier même les amendements constitutionnels approuvés par le pouvoir actuel. Il a enchainé que la sécurité de l’Algérie sera assurée par un gouvernement élu et choisi par le peuple et ne dépendra pas uniquement des opérations militaires et sécuritaire.

Il est à rappeler que parmi les amendements constitutionnels approuvés par le président « Tebboune », l’autorisation des éléments de l’Armée nationale populaire de participer hors des frontières dans des missions de maintien de la paix, sous réserve de l’approbation des deux tiers des membres du Parlement, l’approbation de l’obligation d’attribuer la présidence du gouvernement pour la première fois ministre à la majorité parlementaire, sachant que le président de la République possédait avant les prérogatives permettant de désigner une personne de l’extérieur du parti ou de la coalition majoritaires, la création d’un statut spécial pour la gestion des communes sous-développées, l’interdiction de se porter candidat à la présidence de la République pour plus de deux mandats (5 ans chacun), consécutifs ou séparés.

L’Algérie avait, rappele-t-on, connu une vague de manifestations étendue en 2019 contre la candidature de l’ancien président, «Abdelaziz Bouteflika» pour un cinquième mandat. Cela l’a forcé à démissionner quelques mois plus tard, mais les manifestations ont été de nouveau déclenchées avec l’élection d’«Abdelmadjid Tebboune» président du pays à la fin de l’année 2019, qualifié d’une reproduction de l’ancien régime, car il avait occupé plusieurs postes de responsabilité dans le pays à l’époque du règne de Bouteflika.

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