L’approche de Bruxelles sur la Syrie a échoué

Les violents affrontements en Syrie n’ont pas encore pris fin et cinq grandes puissances régionales (Iran, Israël, Russie, Turquie et États-Unis) sont toujours militairement présentes dans le pays.

Et pourtant : la guerre civile s’est longtemps décidée en faveur du régime. Les acteurs ayant des intérêts différents et parfois conflictuels — en particulier les dirigeants syriens, la Russie, la Turquie et l’Iran — mettent principalement en œuvre des projets limités au niveau local. Ce qu’ils ont en commun, c’est qu’ils ne sont pas adaptés aux besoins de la population.

La direction syrienne a clairement indiqué qu’elle n’acceptera un engagement de reconstruction à l’étranger que de la part des pays amis et qu’ils fourniraient un soutien sans aucune condition.

Cependant, les alliés de Damas, la Russie et l’Iran, ne sont ni capables ni désireux de fournir des fonds pour une reconstruction globale à l’échelle nationale.

D’autres partisans potentiels ont jusqu’à présent catégoriquement rejeté tout engagement (États-Unis), hésitent (les États arabes du Golfe), ne se positionnent que pour un engagement ultérieur (Chine) ou se concentrent uniquement sur les territoires qu’ils occupent (Turquie).

L’impact économique de la pandémie de Covid 19, en particulier la chute du prix du pétrole, devrait limiter les fonds supplémentaires disponibles, en particulier dans les États du Golfe.

D’autres partisans potentiels ont jusqu’à présent catégoriquement rejeté tout engagement (États-Unis), hésitant (les États arabes du Golfe), ne se positionnent que pour un engagement ultérieur (Chine) ou se concentrent uniquement sur les territoires qu’ils occupent (Turquie).

L’impact économique de la pandémie de Covid 19, en particulier la chute du prix du pétrole, devrait limiter les fonds supplémentaires disponibles, en particulier dans les États du Golfe.

L’UE et ses États membres sont de loin le plus grand donateur dans ce domaine : de 2011 à la fin de l’automne 2019, ils ont fourni au total plus de 17 milliards d’euros d’aide humanitaire aux Syriens dans le pays lui-même et dans les pays voisins.

Cette aide est principalement mise en œuvre localement par une Organisation des Nations unies et des organisations internationales non gouvernementales.

Il se limite essentiellement aux soins d’urgence à la population, aux réfugiés et aux personnes déplacées.

Dans le même temps, l’UE a imposé de lourdes sanctions.

D’une part, ceux-ci visent les personnes responsables de la répression violente de la population et de l’utilisation d’armes internationalement illégales, dont les activités profitent directement au régime Assad ou qui profitent d’une entreprise qui viole les droits au logement, à la terre et à la propriété.

D’autre part, les sanctions visent à limiter les options de financement du régime et ses capacités de répression et à l’isoler au niveau international.

Dans cette optique, les Européens ont imposé un embargo sur les armes à Damas et des restrictions à l’exportation des marchandises pouvant être utilisées pour la répression interne.

Ils ont imposé un embargo pétrolier, gelé les avoirs de la Banque centrale syrienne dans l’UE et interdit les exportations de biens « à double usage » vers la Syrie.

Le paquet de sanctions comprend également des mesures sectorielles de grande envergure qui entravent la reconstruction.

Cela vaut en particulier pour les restrictions sur le financement des projets d’infrastructures pétrolières et électriques, l’interdiction à la Banque européenne d’investissement (BEI) de financer des projets en Syrie qui bénéficieraient à l’État, ainsi que les sanctions contre le secteur financier et bancaire syrien et le financement des échanges avec le pays.

L’approche de l’UE s’est avérée infructueuse. Premièrement, il est prouvé que l’UE et ses États membres ont jusqu’à présent eu au moins une influence mineure, voire nulle, sur la dynamique des conflits locaux et le comportement des dirigeants syriens.

Cela est dû au fait qu’ils ne sont pas présents au niveau militaire et n’ont pas mis leur poids politique au niveau international dans le conflit.

Mais c’est aussi parce qu’ils s’en tiennent à un objectif qui n’est plus réaliste.

L’UE a adouci sa rhétorique, elle ne parle plus explicitement de changement de régime ou de partage du pouvoir.

Le régime de sanctions et le conditionnement de l’aide à la reconstruction continuent de viser les changements de régime.

Cependant, Bruxelles n’a pas encore formulé quel type de changement de comportement à Damas en dessous du seuil d’une transition politique conduirait à un engagement intensifié de l’UE.

Deuxièmement, l’approche européenne est problématique, car l’accent mis sur l’aide humanitaire et les sanctions globales ne permettent pas un soutien efficace et durable à la population.

Cela serait nécessaire de toute urgence, en particulier compte tenu de l’aggravation de la crise économique et d’approvisionnement en Syrie. Au printemps 2020, environ onze des 18 millions de Syriens restant dans le pays dépendaient de l’aide humanitaire.

L’UE risque donc de contribuer à consolider une situation dans laquelle la population syrienne reste à long terme tributaire de l’aide internationale.

Troisièmement, il y a des ruptures dans la position européenne commune. Surtout, l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne s’en tiennent à la position précédente.

Au cours des dernières années, d’autres États membres de l’UE ont rétabli des relations avec les personnes concernées de la direction du régime (Italie, Pologne) ou ont discuté vigoureusement de la réouverture de leurs ambassades avec un plus grand engagement économique en Syrie (Italie, Autriche, Hongrie, Pologne).

Une chose est évidente : si les États membres de l’UE s’effondrent face à Damas, ils risquent de perdre le peu d’influence qu’ils peuvent avoir.

Parce que ce n’est que si les fonds de reconstruction, le retour aux relations diplomatiques et la réduction des sanctions personnelles sont utilisés de manière ciblée et commune, que de telles mesures pourraient en conséquence développer un poids politique.

L’UE et ses États membres devraient donc adapter leurs relations avec la Syrie de manière à ce qu’elles soient mieux adaptées aux défis locaux et aux circonstances actuelles, harmoniser les intérêts et les instruments de l’UE, utiliser le champ limité dont elles disposent le plus efficacement possible.

Tout d’abord, les incitations et les sanctions ne peuvent pas aider les Européens à faire ce que le régime Assad et ses alliés ont contrecarré militairement : un règlement négocié du conflit et une ouverture politique.

Cela signifie également de ne pas se faire d’illusions que Damas pourrait être un partenaire fiable dans la relance économique et la reconstruction du pays, la lutte contre le terrorisme et le retour des réfugiés.

Plus précisément, les Européens devraient apporter une contribution plus durable à la reprise économique en Syrie.

Pour ce faire, ils devraient réduire les sanctions sectorielles qui entravent le développement.

Dans certaines conditions, même dans les zones contrôlées par le régime, la réhabilitation des infrastructures de base devrait être soutenue et les conditions de vie améliorées grâce aux programmes de travail et aux achats locaux.

Cependant, une stabilisation durable ne peut être réalisée que si des réformes de grande envergure sont en cours dans le pays.

Dans cette optique, les Européens devraient définir leur approche « Plus pour plus » et montrer ainsi une voie concrète vers la manière dont les relations avec Damas peuvent être largement normalisées en échange d’une ouverture politique et de réformes structurelles.

Cependant, ils devraient s’abstenir de normaliser pleinement leurs relations avec les dirigeants du régime syrien.

La tâche consiste plutôt à accélérer les enquêtes criminelles sur les crimes de guerre, les graves violations des droits de l’homme et l’utilisation d’armes internationalement interdites.

Toute publication et rédaction sont conservées dans Centre de recherche et d’étude Mena