L’argent et l’islam politique : le Parlement allemand réclame des réformes

Michael Laubsch

Les extrémistes qui possèdent les moyens sont plus dangereux que ceux qui n’en ont pas. Le Parlement allemand, le Bundestag, a maintenant adopté cette évidence comme si c’était lui qui l’avait découvert, tandis que l’opposition conservatrice a déposé une proposition pour résoudre ce dossier. Elle a été aussi envoyée à un groupe de travail sur « l’islamisme politique », mis en place par le précédent gouvernement au sein du ministère allemand de l’Intérieur en été de 2021.

Cela a déjà été souligné dans une prise de position des partis conservateurs, l’Union chrétienne-démocrate CDU/ l’Union chrétienne-sociale CSU. L’objectif est d’empêcher les islamistes de gagner du terrain en Allemagne – même s’ils veulent atteindre leurs objectifs par des moyens politiques non violents. L’accent est mis là principalement sur le soi-disant «islam légaliste», qui, contrairement aux groupes salafistes, ne veut pas utiliser la violence pour détruire le système politique et civil existant en Europe.

Antérieurement, dans un document de prise de position, des membres du Bundestag affirmaient depuis 2021 qu’une évolution comme celle en France, en Grande-Bretagne ou en Suède, où les islamistes déterminent désormais l’accent utilisé dans certaines communes, devait être empêchée en Allemagne par tous les moyens.

Les membres du groupe de travail sur la politique intérieure du block parlementaire CDU/CSU dans la prise de position ont insisté : « La grande majorité de plus de cinq millions de musulmans en Allemagne vivent en paix dans notre société et partagent les valeurs du système fondamental libre et démocratique ». Néanmoins, les islamistes se sont répandus dans certaines parties de la société, qui agissent publiquement de manière non violente, mais en même temps ils luttent pour un régime islamique « dans lequel il n’y a pas d’égalité, pas de liberté d’opinion et de religion et pas non plus de séparation entre la religion et l’État ». Pour mieux comprendre ce phénomène, des recherches plus approfondies sont nécessaires.

Le groupe d’experts formé au sein du ministère fédéral de l’Intérieur ne s’était réuni qu’une seule fois avant le changement du gouvernement en décembre dernier. Le ministère n’a pas encore annoncé si le nouveau ministre poursuivra le travail ou non.

Lors de la réunion inaugurale, l’ancien ministre, Seehofer du parti CSU, a parlé de la nécessité pour l’État et la société en Allemagne de prendre des mesures fermes contre toute idéologie qui va à l’encontre des valeurs et des normes de l’Europe. « Il est important de ne pas reconnaitre non seulement les formes violentes d’extrémisme, mais aussi celles qui utilisent des moyens idéologiques, étant donné qu’elles représentent une menace pour les valeurs de notre pays », a indiqué l’ancien ministre. On ne peut pas nier les similarités avec le « Centre de documentation pour l’islam politique » mis en place en Autriche où deux des scientifiques représentés au conseil d’experts étaient également représentés au conseil consultatif scientifique de l’organisme de Vienne.

La proposition en discussion actuellement au Parlement allemand, intitulée « Divulgation et interdiction du financement de l’islam politique en Allemagne », se focalise sur la pratique du financement des organisations politiques islamistes depuis l’étranger, surtout du Qatar, d’Arabie saoudite et de la Turquie. Une chose qui a été également critiquée par de nombreux experts. En outre, il y a des sommes importantes provenant de pays de l’UE, comme la « Qatar Charity Foundation », qui l’attribue clairement à une organisation islamiste.

En Allemagne, le financement de la construction d’une nouvelle mosquée à Berlin, financée par une fondation basée en Angleterre et proche des Frères musulmans, a particulièrement suscité l’intérêt du public ces derniers mois. Le centre de recherche MENA en a fait un rapport. Le block CDU/CSU a souligné que l’islam politique « n’est pas né en Allemagne ni ne se limite à ce pays, étant donné qu’il dispose d’un réseau international et est promu par des partisans et des donateurs étrangers, y compris des gouvernements, outre des pays comme l’Iran et la Turquie, et ils ont mentionné dans ce contexte l’émirat du Qatar comme étant l’un des plus grands bailleurs de fonds des Frères musulmans en Europe.

Pour cette raison, le parlement allemand devrait appeler le gouvernement fédéral à continuer le travail du conseil d’experts mis en place par le gouvernement fédéral précédent. Selon la proposition, il faut faire des enquêtes dans ce domaine par les autorités de sécurité allemandes pour combler tout vide juridique. Le président de l’Office allemand pour la protection de la Constitution, Thomas Haldenwang, a dit que « Les enquêtes financières ne nous sont pas autorisées que concernant l’islamisme violent ». À l’avenir, il devrait être possible d’étendre les pouvoirs des autorités de Protection de la Constitution dans le domaine des enquêtes financières de manière à leur permettre à mieux contrôler l’influence politique et financière de l’islam politique. Là, le block CDU/CSU veut notamment donner à la Protection de la Constitution la possibilité de mener des enquêtes nationales concernant le financement de l’extrémisme par des groupes non terroristes et des bailleurs de fonds. De même, «la Commission de 10 se réserve le droit d’approbation des requêtes autour des données de base du compte, par exemple par l’option de se renseigner auprès de l’Office central fédéral des impôts, ainsi que les demandes d’informations auprès des banques, des prestataires de services de transfert financier et des établissements financiers ».

Christoph de Vries, l’un des auteurs de la motion au Bundestag allemand a dit : « C’est inquiétant quand les Frères musulmans s’emparent de millions pour diffuser encore plus leur vision du monde en Allemagne. Dans le but de lutter contre l’islam politique, il est important de savoir les sources de financement et ceux qui financent les communautés et les organisations dans ce domaine et ainsi celui qui exerce également une influence ».

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