Le manque d’intérêt arabe et international au dossier de la reconstruction de Gaza accroit les souffrances des citoyens

Le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires à Gaza a indiqué que la situation à Gaza est très compliquée à cause du conflit politique actuel, étant donné que la récente guerre israélienne contre Gaza a entraîné le déplacement forcé de plus de 52.000 Palestiniens, en ajoutant qu’un grand pourcentage des citoyens ont été déplacés lors des premiers jours de l’attaque vers 58 écoles gérées par les Nations Unies dans la Bande de Gaza. Mais après la guerre, ces écoles ont été évacuées des déplacés, et une grande majorité d’entre eux habitent actuellement au sein des décombres de leurs maisons détruites, parce qu’ils n’ont pas pu trouver un autre abri.

Avec l’augmentation d’une éventuelle explosion aux frontières avec la Bande de Gaza, les positions divergeait entre le secrétaire d’État américain, Anthony Blinken, et le premier ministre israélien, Naftali Bennett, concernant le fait de conditionner la reconstruction de la Bande de Gaza des destructions laissées par la récente guerre, par la libération des prisonniers israéliens détenus par le Hamas. Des sources de presse israéliennes ont dévoilé une polémique qui a eu lieu entre Blinken et Bennett lors de leur rencontre samedi dernier autour du fait de lier le dossier des soldats capturés au dossier de la reconstruction de Gaza et de ses besoins.

Il convient de rappeler qu’Israël a mené le 10 mai une attaque contre la Bande de Gaza, qualifiée comme la plus violente, et ce suite au bombardement de Jérusalem par les Brigades Al-Qassam en réponse aux tentatives de déplacer forcément des habitants du quartier de Sheikh Jarrah. Au cours de cette agression, Israël a détruit des milliers de maisons, d’installations industrielles et commerciales, outre la destruction de l’infrastructure dans la Bande de Gaza, causant ainsi d’énormes pertes humaines et matérielles.

Depuis la fin de la guerre israélienne contre Gaza le 21 mai, le Hamas et l’Égypte ont entamé des consultations sur le dossier de la reconstruction de Gaza, tandis qu’Israël imposait ses conditions et l’Autorité palestinienne se tenait à son droit à la gestion du dossier. Toutefois, toutes les accords sont arrivés à l’impasse à cause de différents obstacles, empêchant toute possibilité de reconstruire Gaza de sitôt notamment après l’intensification du conflit entre le Hamas et l’Autorité sur ce dossier.

Israël, suite à la pression des médiateurs égyptiens et internationaux, a de son côté accordé des facilités provisoires aux habitants de la Bande de Gaza consistant à ouvrir les postes frontalières entre les deux parties, le transfert de nouveau des courriers et étendre la zone de pêche. Ce pas est venu pour confirmer le cessez-le-feu, mais les facilités ne permettaient pas notamment l’entrée des fonds alloués pour des projets de secours dont dépend environ un quart de la population de la Bande de Gaza, outre l’entrée des matériaux pour la reconstruction de Gaza, ainsi que l’interdiction de l’entrée de 10.000 camions chargés de marchandises à Gaza.

Le dossier de la reconstruction de Gaza mené par l’Egypte se heurte à d’épineux défis et obstacles politiques, étant donné que l’occupation israélienne lie la reconstruction à la question des prisonniers détenus par le Hamas depuis la guerre de 2014, ainsi que la fermeture continue par Israël des passages commerciaux de la Bande de Gaza et le fait d’empêcher l’entrée de matériaux et d’équipements de construction. Et il semble que les propositions présentées par les acteurs régionaux et internationaux concernant le dossier de la reconstruction, vont susciter des inquiétudes et des craintes chez certains Palestiniens de la Bande de Gaza.

De son côté, le secrétaire d’Etat au ministère des Travaux publics à Gaza, Naji Sarhan, a indiqué que toutes les maisons détruites seront construites d’ici un an si les fonds alloués pour la reconstruction arrivent, en expliquant qu’il y a un certain nombre de bâtiments qui ont été bombardés par l’occupation et ne se sont pas effondrés et doivent être démolis. Mais cela nécessite un matériel lourd pour aider au processus d’enlever les décombres tandis que Gaza manque ce type de matériel, d’autant plus que le ministère est en train d’enlever un grand nombre des maisons inclinées et doivent être démolies pour assurer la sécurité des citoyens. Ce qui redoublera les efforts du ministère étant donné le manque des moyens dû au blocus israélien.

Sarhan a expliqué qu’environ 1800 maisons ont été détruites, dans lesquelles résidaient environ 63.000 citoyens, et maintenant ils sont sans abri et leurs maisons n’ont pas été reconstruites ou restaurées après la guerre israélienne sur la Bande de Gaza, tandis que le nombre de logements partiellement endommagés a atteint 16.800 habitations. Et à cause de ces ravages et de ces destructions environ 50.000 citoyens ont été contraints de fuir vers des centres d’hébergement, et plus de 70.000 ont été déplacés en dehors de ces centres, et les citoyens ont de plus en plus d’inquiétudes de ne pas réaliser le processus de reconstruction et d’entraver tous les efforts déployés, d’autant plus que le conflit sur le dossier de la reconstruction peut conduire à retarder le dossier de plusieurs mois, ce qui perpétuera les souffrance des citoyens vu le resserrement du siège israélien permanent sur la Bande de Gaza.

La situation actuelle à Gaza ne montre pas l’existence d’une intention réelle de la part de tous les intervenants pour ouvrir la voie pour boucler le dossier de la reconstruction de Gaza, vu que le consensus américain et israélien, voire international, rejette la gestion du dossier de la reconstruction par le Hamas, en présentant l’Autorité palestinienne comme étant une alternative au milieu d’un rejet catégorique du Hamas. Néanmoins, cette pression des parties affaiblit la position du Hamas, étant donné qu’aucun accord ne passera sans l’approbation américano-israélienne.

Selon les experts militaires israéliens, les cercles politiques et militaires en Israël insistent pour changer l’équation pour le Hamas à Gaza. La position israélienne consiste de ne plus faire entrer d’argent pour la reconstruction de la Bande de Gaza, sauf par l’intermédiaire de l’Autorité palestinienne, et sur le plan pratique jusqu’à ce que des progrès soient réalisés sur la question des prisonniers israéliens détenus À Gaza. Il ne sera pas question d’aborder la reconstruction et aucune marchandise ne sera acheminée à Gaza, à l’exception de quelques équipements humanitaires, et l’Autorité palestinienne s’est rendu compte que son retrait du dossier de la reconstruction de Gaza va ouvrir la voie pour une nouvelle étape à travers laquelle elle risquera de perdre la confiance de la communauté internationale et des pays donateurs, parce qu’elle perdra une partie de sa légitimité à représenter tous les Palestiniens.

Les citoyens dont les maisons ont été détruites ne se soucient pas autant de reconstruire leurs maisons, que d’avoir un abri pour y résider temporairement afin de les protéger de la chaleur extrême et de l’absence de solutions proches. La situation économique difficile à Gaza prive plusieurs parmi les victimes de la possibilité de louer une maison étant donné la cherté des loyers mensuels par rapport au revenu moyen des familles. Cela nécessite un soutien de la part des institutions de secours internationales, mais les personnes touchées à la suite de l’agression manquent le soutien nécessaire.

Le citoyen Saïd Al-Hattab, dont la maison à deux étages a été détruite par les avions de l’occupation essaie de ramasser quelques grosses pierres parmi les décombres de sa maison, afin de construire une base sur laquelle il construira une petite tente dans laquelle il vit avec son famille composée de 9 personnes. Cette famille a perdu son seul abri et n’a pas pu trouver de logement, d’autant plus que La famille vit dans des conditions financières difficiles, et le chef de la famille ne trouve pas de sources de revenu stables qui lui permettent de louer une maison jusqu’à ce que la reconstruction de sa maison commence. D’ailleurs c’est le seul pas qui reste devant la famille, après avoir perdu l’espoir de reconstruire rapidement sa maison ou de lui apporter une aide financière suffisante.

Al-Hattab, qui a installé une tente qui pouvait à peine le protéger de la chaleur estivale à côté de sa maison détruite dans le quartier de Shuja’iyya, à l’est de la ville, a ajouté dans son entretien avec « MENA Monitor » que la destruction de sa maison constituait une catastrophe humanitaire pour lui parce que personne du gouvernement ou des parties compétentes ne lui donne suffisamment d’agent pour avoir une maison temporairement. L’UNRWA était la seule partie qui lui a donné 1500 $ pour une seule fois, et la perte de tout espoir de reconstruire sa maison en raison de l’échec du dossier de reconstruction de Gaza, l’a obligé de rester à côté de sa maison comme étant la seule solution devant lui, en craignant l’arrivée de l’hiver alors qu’il est encore dans cette situation puisqu’il est difficile de s’entendre sur un mécanisme précis pour démarrer la reconstruction.

Il a tenu le gouvernement palestinien de Gaza pour responsable de son incapacité à fournir un soutien et une indemnisation aux personnes touchées, soit en versant des montants d’allocation de loyer mensuel ou en fournissant des appartements privés à ceux qui ont perdu leur droit d’obtenir un abri en raison de leur situation difficile, jusqu’à ce que des progrès soit réalisés au niveau du dossier de la reconstruction et le début de la reconstruction des maisons démolies.

Dans des déclarations à la presse, le secrétaire d’Etat du ministère des Travaux publics de Gaza, Naji Sarhan, a dit que le gouvernement de Gaza et les autorités compétentes n’avaient reçu aucun fonds pour la reconstruction de la part des donateurs, et tout ce qui a été récolté, ce sont des dons provenant de plusieurs pays arabes insuffisants pour être distribués à tous ceux qui sont touchés, en estimant qu’il y a des espoirs que cet argent arrivera bientôt, afin qu’ils commencent immédiatement la reconstruction.

De son côté, l’écrivain et politologue Elif Sabbagh a indiqué qu’il y a une baisse notable de l’intérêt international pour le dossier de la reconstruction de Gaza. Après des mois de l’arrêt de la guerre, il n’y a rien sur le terrain qui suggère des intentions réelles et proches de commencer la reconstruction de Gaza. Et cela a intensifié le mécontentement des citoyens et des propriétaires d’usines économiques détruites dont les activités sont en arrêt actuellement.

Il a souligné qu’Israël, outre qu’il a aggravé les souffrances des citoyens de la Bande de Gaza en causant la destruction et la démolition des maisons et des propriétés des citoyens, a consacré la division palestinienne, après avoir enflammé les différends entre le Hamas et le Fatah sur le mécanisme de gestion du dossier de reconstruction de Gaza. Et par conséquent il est devenu difficile d’apporter des fonds de l’étranger et de les remettre aux personnes touchées pour soulager leurs souffrances.

Sabbagh a expliqué à MENA Monitor : La situation politique interne dans la Bande de Gaza est toujours l’un des facteurs expliquant le non avancement de ce dossier. Les exigences fixées par l’Autorité, pour que les fonds de reconstruction passent par elle, sont les principales raisons qui ont entraîné le retard et le blocage du dossier de la reconstruction, et ont intensifié les accusations entre le Hamas et le Fatah.

Le politologue n’exclut pas que Gaza traverse une situation encore plus difficile que celle actuelle puisque les données actuelles suggèrent un retour à l’escalade avec Israël, vu l’absence de volonté d’Israël d’alléger les souffrances des habitants de Gaza, et d’autoriser l’entrée des fonds d’aide alloués, alors que les souffrances des milliers de personnes sont de plus en plus difficiles à vivre par les familles dont les maisons ont été détruites lors de la dernière guerre et elles attendent toujours que leurs maisons soient reconstruites.

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