Le plan d’Erdogan … Des réformes ou un guet-apens pour le peuple et la Constitution ?

Avec l’annonce du président turc, «Recep Tayyip Erdogan», d’un plan de réformes des droits de l’homme dans le pays après des mois du changement de l’équipe économique dans le pays, dirigée par son beau-frère, « Berat Albayrak », et en parlant d’amendements constitutionnels, cela a suscité plusieurs interrogations autour des significations de ces « réformes »et leur objectif, surtout que l’opposition turque les attaquent en les qualifiant d’« absurdités ».

Il convient de rappeler que le président turc a annoncé il y a quelques jours, un plan de réformes des droits de l’homme dans le pays qui comprend l’indépendance du pouvoir judiciaire, de la justice, de lutte contre la discrimination et de la détention arbitraire, afin qu’elles soient mises en œuvre sur deux ans à compter de la date de son adoption à l’Assemblée nationale du peuple turc.

Des propos vides de sens…

Bien que les déclarations d’Erdogan aient porté des concepts que toutes les organisations de la défense des droits de l’Homme revendiquent, l’opposition turque a une opinion différente. Le député du Parti républicain du peuple (CHP) d’opposition, Hüseyin Kaçmaz, les qualifie de «vides de sens», en ajoutant dans des déclarations: «Comment pouvons-nous croire le plan du président turc, qui comprend des réformes judiciaires, tandis que les forces de sécurité ont arrêté une femme kurde de 71 ans et une autre de 79 ans le même jour qu’Erdogan a annoncé son plan contenant des articles répétées dans la loi turque que l’État ne les respecte pas ? »

Il est à souligner que, dans les années qui ont suivi la tentative du coup d’État ratée en 2016, la Turquie a connu une très large campagne d’arrestations qui a touché des dizaines de milliers de personnes, accusées d’appartenir à l’organisation de «Fethullah Gülen», ou ce que l’on appelle en Turquie l’« organisation parallèle », que le gouvernement de Justice et Développement accuse de planifier la tentative du coup d’État et de tuer le président turc.

Les critiques de cette «annonce d’Erdogan» sont sorties de la sphère politique, pour atteindre les organisations de défense des droits humains. La chargée des campagnes concernant la Turquie à Amnesty International, «Milena Buyum», a indiqué que le plan du président manque complètement de détails, notamment en ce qui concerne la situation du pouvoir judiciaire et les procès inéquitables à motivation politique, ainsi que la détention prolongée, en expliquant que « les autorités n’ont pas encore pris de mesures concrètes, puisque Ankara refuse toujours de se conformer aux décisions de la Cour européenne des droits de l’Homme. Ceci signifie une grave détérioration des droits de l’homme ».

Buyum a souligné également que ce que le président turc a annoncé ne nécessite pas de nouvelle législation, en expliquant que les tribunaux turcs peuvent simplement commencer à mettre en œuvre ces politiques immédiatement, s’ils décident de libérer le célèbre homme d’affaires «Osman Kavala» et l’ancien chef du Parti pro-kurdes, Selahattin Demirtaş « et la mise en œuvre des jugements confirmés dans leurs procès, selon ses propos.

Un guet-apens pour la Constitution et le peuple

Commentant les réformes en Turquie, le chercheur sur les affaires du Moyen-Orient, Majdi Al-Omari, a dit que la déclaration manque les critères qui lui donnent de la crédibilité et qu’à certains égards, elle se révèle comme étant une déclaration pour gagner du temps, en expliquant que le président turc tente actuellement de conclure une réconciliation avec le peuple turc, et même les électeurs de son parti, pour pouvoir briguer un nouveau mandat présidentiel et amender la Constitution actuelle.

Al-Omari a considéré également que «Erdogan» tente de présenter l’idée de l’amendement de la Constitution proposée par son parti comme étant une partie du mouvement d’amendements et de réformes généraux dans le pays, et non pas son axe principal, pour rester au pouvoir un autre mandat, en expliquant : «Jusqu’à présent, tous les indicateurs entourant la déclaration indiquent que la question de la réforme des libertés n’est qu’un piège pour le peuple turc et la Constitution, surtout que les critiques de la restriction des libertés en Turquie ne sont pas récentes ou le résultat d’une situation d’urgence, mais plutôt le bilan des années d’arrestations et de répression.

Il est à noter que des sources proches du président turc ont révélé son orientation pour amender la Constitution turque actuelle et pour avancer la date des élections, prévues pour 2023, dans un pas qui le rapproche de briguer un nouveau mandat présidentiel.

Dans le même contexte, Al-Omari a souligné que fixer une limite de deux ans pour la mise en œuvre d’une telle déclaration provoque le doute, notamment qu’elle coïncide avec la date des élections présidentielles, d’autant plus que ce type de réformes n’a pas besoin de toute cette période pour voir ces mesures appliquées sur le terrain, à l’instar de la libération des opposants ou la libération des détenus et la prise de décisions qui limitent le pouvoir des services de sécurité sur la population, en considérant que cette déclaration, sur le plan pratique et dans les circonstances actuelles, ce n’est rien autre que de la propagande électorale pour le président.

L’administration Biden et les dossiers des droits de l’Homme

L’analyste politique, «Riadh Bakrly» a estimé que l’intérêt turc par rapport au dossier des droits et des libertés est lié directement et indirectement aux résultats de l’élection présidentielle américaine, et à l’arrivée de «Joe Biden» au pouvoir à Washington, d’autant plus que ce dernier faisait partie de l’administration de l’ancien président «Barack Obama» », qui montrait un grand intérêt pour ce dossier.

Bakrly a poursuivi : «Depuis que Biden est arrivé au pouvoir, le discours turc a changé par rapport à de nombreux dossiers, et il a montré une grande volonté de se rapprocher de la nouvelle administration, qui est complètement différente de son prédécesseur. Pour cette raisons, le discours sur les libertés et la réforme judiciaire pourrait faire partie de ces changements au niveau de la politique turque, même si cela se limite aux déclarations et à la constitution des commissions », en soulignant que la situation intérieure turque, en particulier au niveau économique, ainsi que les changements internationaux, ont fait qu’Ankara ayant besoin d’une relation distinguée avec Washington, étant donné que sa situation interne ne supporte pas plus de sanctions économiques ou d’isolement international.

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