Le trafic de détention: les prisons d’al-Assad, une page qui refuse d’être tournée

S’il y a près de 10 ans depuis le déclenchement de la révolution syrienne, imprégnés de la publication de centaines de rapports autour des pratiques du régime de «Bachar al-Assad» et les violations des droits de ses détenus, les centres de détention du régime demeurent une matière sur laquelle se penchent les organisations et les associations internationales des droits de l’Homme, vu les pratiques  qui dépassent l’imagination humaine en termes de violence et de cruauté, selon les propos de ces organisations.

Un nouveau comité appartenant aux Nations Unies révèle dans un récent rapport que les disparitions forcées et la torture se poursuivent dans les prisons du régime syrien, pourtant la cadence des conflits a baissé dans le pays et la multiplication des appels pour adopter une solution politique à la crise syrienne, en affirmant que les détenus sont victimes des pratiques qu’on peut les qualifier de crimes de guerre et des crime contre l’humanité.

Le comité de l’ONU a indiqué également que les prisons syriennes regorgent encore de dizaines de milliers de détenus abusivement, qui sont soumis à différentes sortes de torture physique et psychologique, y compris les violences sexuelles, en soulignant que les arrestations effectuées par le régime pendant les années de la révolution syrienne n’étaient pas toutes fondées sur des accusations claires ou des preuves. Au contraire, des milliers de Syriens ont été arrêtés arbitrairement ou à cause des dénonciations malveillantes par des personnes traitant avec les services syriens de sécurité.

Il convient de souligner que jusqu’à présent, il n’y a pas de statistiques officielles précises concernant le nombre des détenus en Syrie depuis le déclenchement de la révolution en 2011, mais des sources de l’opposition syrienne confirment que le nombre dépasse le 1 million de détenus, et qu’un grand nombre parmi eux soit décédé sous la torture.

Partie d’une politique depuis 50 ans

Commentant le rapport du comité onusien, l’activiste dans le domaine des droits de l’Homme, «Amer Saada», a affirmé que le phénomène des arrestations en Syrie n’était pas le produit de la révolution, mais plutôt une partie essentielle de la politique qui date depuis 50 ans menée par le chef de l’ancien régime, Hafez al-Assad, pour consolider son pouvoir et établir sa dictature, en expliquant que la plupart des branches de sécurité et le mécanisme de leur répartition ont été effectués après le coup d’État, dirigé par «Hafez Al-Assad» en 1970.

Dans le même contexte, «Saada» a indiqué que les prisons syriennes connaissent les mêmes violations et les mêmes actes criminels depuis 5 décennies. Or, ce que s’est passé après la révolution, c’est que les chiffres étaient énormes et la rue avait eu l’audace intégrale pour révéler ce que vivaient les détenus, ainsi que les réseaux sociaux et le développement des médias ont contribué à dénoncer ces crimes.

Comme l’a expliqué «Saada»: «La Branche Palestine, la prison de Saidnaya et la prison de Palmyre sont toutes des prisons qui ont été établies plusieurs années avant la révolution, même avant l’arrivée de Bachar au pouvoir. Il s’agit des prisons connues par le plus grand nombre de crimes, de massacres et d’oppression contre les Syriens. Il a rappelé qu’en 1982 elles ont enregistré l’un des grands massacres contre les Syriens sous prétexte de l’appartenance aux Frères musulmans, sachant qu’un grand pourcentage des détenus en prison à cette époque n’avait aucune affiliation politique ou religieuse. Au contraire, certains parmi eux étaient des Syriens de confession chrétienne.

Il est à noter que la Syrie a connu en 1982, l’un des plus grands massacres contre des civils, après avoir été pris d’assaut par les Brigades de défense, dirigées par «Rifaat al-Assad», le frère du chef de l’ancien régime, «Hafez al-Assad ». C’est lui qui est encore accusé par les Syriens d’être derrière le massacre de la prison de Palmyre de mauvaise réputation.

L’émission «60 Minutes», diffusée par la chaîne américaine CBS, a révélé il y a quelques jours, 900.000 documents prouvant l’implication du régime «Bachar Al-Assad» dans des crimes contre l’humanité, englobant également l’exécution sous la torture et la disparition forcée qui a touché des hommes, des femmes et des enfants.

Les mêmes documents ont révélé aussi un ensemble de preuves autour des événements enregistrés par la Syrie pendant les années de la révolution qui éclatait en 2011, y compris des photos, des documents et des correspondances entre les services de renseignement et un comité de sécurité, formés par ordre direct du chef du régime syrien, «Bachar al-Assad», qui se sont chargés de réprimer les manifestations et les protestations, au premier rang la Cellule centrale de gestion de la crise.

Le trafic de détention

Les campagnes d’arrestations abusives ont augmenté de plus en plus au cours des années de la révolution syrienne. L’ancien détenu dans les prisons du régime syrien, Abou Milad, l’attribue à ce qu’il appelle le trafic de détention, en considérant que ces arrestations ne visent pas seulement à terroriser les personnes ou pour sauver l’autorité du régime, mais plutôt elles se sont transformées en un trafic exercé par les influents du régime dans le but d’augmenter leur richesse en extorquant les familles des détenus.

Abou Milad considère que son cas justifie son jugement, en expliquant : «J’ai été arrêté en 2013 alors que j’étais sur le point de rentrer chez moi à Damas, mais au niveau de l’un des points de contrôle, les agents m’ont arrêté, ont confisqué ma voiture, puis ils m’ont conduit vers un lieu inconnu. J’ai appris plus tard que c’était la branche d’Al-Khatib à Damas, et j’y suis resté pendant plus de 9 mois en m’accusant d’avoir soutenu les groupes armés, malgré que je n’exerçais aucune activité politique ou d’opposition.

«Abou Milad» a ajouté que sa famille, après des semaines de recherche, a réussi à joindre l’un des influents parmi les forces de sécurité du régime, qui leur a dit où il se trouvait contre la somme de 500.000 livres syriennes, et leur a dit aussi que s’ils voulaient le libérer, ils seront contraints de payer 10 millions de livres syriennes, en soulignant que la famille a dû vendre un certaines propriétés pour avoir le montant demandé.

Il est à indiquer que l’administration de l’ancien président américain « Donald Trump » a imposé l’année dernière des sanctions sévères sur le régime syrien dans le cadre de ce qu’on appelle la loi « César », en référence à un dissident des forces de sécurité du régime syrien, qui a fuité 54 mille photos documentant le meurtre de 11 mille Syriens détenus dans les centres de détention sous la torture en 2011 et 2012.

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