Le trafic de drogue, une guerre « transfrontalière » gérée par le régime syrien

Les opérations de production et de trafic de drogue à travers les zones sous le contrôle du régime syrien, en tant qu’un danger qui menace la région, attire de plus en plus l’attention internationale, notamment avec l’enregistrement d’une grande hausse des taux de son trafic depuis les frontières syriennes vers la Jordanie, puis vers les pays du Golfe, au premier rang desquels le Royaume d’Arabie saoudite. Ces opérations de trafic de drogue se sont accompagnées d’affrontements entre les gardes-frontières jordaniens et des groupes de trafiquants qui s’enfuient souvent vers le territoire syrien, selon les autorités jordaniennes.

Cela coïncide avec des actions menées par des représentants au Congrès américain, « French Hill » et « Brendan Boyle », vers la promulgation d’une nouvelle loi américaine visant à consolider la stratégie américaine portant sur le démantèlement des réseaux de production de drogue liés au régime syrien, en insistant que si Washington échoue à parvenir à promulguer cette loi, le régime (syrien) exploitera l’argent généré du trafic de drogue pour financer le conflit et les opérations militaires dans le pays et afin de soutenir des organisations terroristes.

Les deux représentants américains ont qualifié également le trafic de drogue en Syrie de l’artère vitale des groupes terroristes hostiles aux États-Unis, en faisant référence aux milices libanaises du « Hezbollah », en soulignant la nécessité que les États-Unis bougent d’une façon ferme et directe dans le but de faire face à ce commerce.

Il est à indiquer que des rapports internationaux ont révélé antérieurement que les milices du « Hezbollah » soutenues par l’Iran contrôlent, à travers des bandes criminelles qui leur appartiennent, des fermes à cannabis dans la région libanaise de la Bekaa contiguë aux frontières syriennes. Et qu’elles transportent les cargaisons de haschisch via les passages illicites qu’elles gèrent au niveau des frontières syro-libanaises, vers les zones contrôlées par le régime à proximité des frontières, où des ateliers de fabrication de stupéfiants dirigés par des éléments du régime qui sont chargés d’en produire et de les transporter jusqu’à la zone frontalière avec la Jordanie, en préparation de les envoyer vers le Royaume de Jordanie et les pays du Golfe.

Criminalité explicite et régime voyou

Commentant le pas des États-Unis, le politologue, Ahmed Derani, estime que la Syrie est effectivement devenue une plaque tournante majeure du trafic de drogue, non seulement au niveau régional, mais également au niveau international, surtout que les activités de trafic de drogue à partir de la Syrie sont arrivées à l’Europe, en ajoutant que le fait de reprendre le contrôle sur de vastes régions du pays par le régime, notamment les zones frontalières, a contribué à stimuler le trafic et la contrebande de drogue hors des frontières du pays, étant donné qu’il s’agit de l’un des moyens sur lesquels le régime s’appuie pour obtenir des canaux de financement et de l’argent en devises.

Il est à rappeler que les autorités italiennes avaient annoncé en 2020 la saisie d’une cargaison de drogue en provenance de la Syrie, en la qualifiant de la plus importante saisie d’« amphétamines » au niveau mondial, en précisant que la quantité saisie s’élevait à 14 tonnes de comprimés des stupéfiants d’« amphétamines, qui étaient cachés dans trois conteneurs remplis de rouleaux en papier à usage industriel.

Derani a souligné par ailleurs que le régime syrien prouve au monde à travers ses politiques qu’il est un régime voyou qui n’est pas en mesure d’être un régime politique, après avoir inondé le pays de drogue et il essaie d’en inonder aussi les pays voisins, en considérant que le danger actuel que ce régime continue ne concerne que les Syriens, mais touche aussi la stabilité générale dans toute la région.

Derani a considéré encore que le monde et le système international sont contraints de comprendre qu’il est impossible de traiter avec le régime actuel, en indiquant que le danger du régime de Bachar al-Assad ne se limite  pas aux aspects politiques et au soutien des mouvements terroristes, mais il menace plutôt la structure sociale des pays voisins.

Les autorités jordaniennes annonçaient ces derniers jours  la saisie d’une grande cargaison de drogue en provenance de Syrie, dissimulée parmi des pâtisseries orientales.

Dans le même contexte, le chercheur en affaires du Moyen-Orient, Houssem Youssef, a qualifié les activités du régime syrien de criminalité explicite et de soutien au crime organisé, qui n’est pas moins criminel que son utilisation des bombes barils et les meurtres, en ajoutant que ce qui se passe aujourd’hui dans le dossier des stupéfiants est le résultat du laxisme de la communauté internationale face aux crimes de « Bachar al-Assad », en se voyant au-dessus des sanctions.

Il est à noter que le magazine « New York Times » avait rapporté selon des responsables internationaux leur affirmation que la drogue est devenue une orientation d’un Etat et d’un régime et on peut même dire que c’est le gouvernement syrien qui l’exporte.

Une guerre qui n’est pas finie et des positions ayant besoin d’être soutenues

La prolifération des opérations de trafic et de contrebande de drogue hors de la Syrie ouvre, selon « Youssef », le dossier de la fin de la guerre en Syrie, en soulignant que ce fléau indique que la guerre continue toujours dans le pays et qu’elle ne s’est pas arrêtée même si sa forme et certains de ses détails sont différents actuellement.

Youssef s’est souvenu de la récente position saoudienne, exprimée par le représentant saoudien aux Nations unies, Abdallah Al-Mouallimi, dans laquelle il a affirmé que la guerre n’est pas terminée en Syrie, en ajoutant : « N’y croyez pas s’ils disent que la guerre est finie en Syrie ».

Il est à indiquer qu’Al-Mouallimi, dans ses déclarations lors de la réunion de l’Assemblée générale des Nations unies, disait que la priorité ne devait pas être donnée à la reconstruction, mais plutôt à la réconciliation des cœurs, en accusant le régime syrien d’être le premier à ouvrir les portes pour recevoir « le Hezbollah », qu’il a qualifié du « chef du terrorisme», et d’autres organisations « terroristes », ainsi que de mettre en danger les deux histoires islamique et arabe.

Commentant les déclarations d’Al-Mouallimi, « Youssef » a indiqué qu’elles ne portent pas seulement une dimension politique, mais aussi sociale et humanitaire n’excluant pas les crimes de trafic et de production de drogue qui menacent des sociétés entières, en insistant que la position saoudienne devrait recevoir davantage de soutien de la part des pays de la région lors des rendez-vous internationaux.

Dans le même registre, le politologue, Raed Cheikh Moussa a dit : « Le discours de l’Arabie saoudite selon lequel la guerre n’est pas finie en Syrie et la décision des représentants américains pour faire face à la propagation de la drogue révèlent qu’il y a de puissances régionales et internationales qui considèrent les politiques du régime comme une politique de gangs et que la guerre n’est pas seulement liée à la révolution syrienne contre le régime, mais encore contre les politiques de ce régime », en considérant que le régime de « Bachar al-Assad » a franchi toutes les lignes rouges et dans tous les domaines.

Il convient de rappeler que des organisations syriennes de défense des droits de l’Homme ont indiqué que la propagation des stupéfiants en Syrie est un phénomène qui se développe progressivement jusqu’à ce qu’il devient un fléau généralisé et préoccupant, en ajoutant que la région de Sayyida Zeinab au sud de Damas, où se déploie le « Hezbollah » libanais, est devenue un centre de trafic et de diffusion de stupéfiants.

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