Iran: Quand le coronavirus met l’économie à genoux

 L’épidémie de coronavirus, qui dévaste la planète depuis des mois, sera-t-elle le coup de grâce pour l’économie iranienne?

Une hypothèse soutenue par un rapport publié récemment par le magazine américain « Foreign Policy » qui prévoit un possible effondrement de l’économie iranienne si le pays fera face à une deuxième vague de l’épidémie.

Par ailleurs, des perspectives économiques de la Banque mondiale ont révélé que l’économie iranienne devrait baisser de 10% par rapport ou deux dernières années avec une possible récession après la crise de Corona.

Vague dévastatrice et économie épuisée

Le magazine américain a mis le point sur la décision de Hassan Rouhani de passer au déconfinement en pleine crise sanitaire dans le pays. Une décision qui reflète la gravité de la crise dans laquelle est enlisée l’économie iranienne avec une récession qui touche les 15%. Selon la même source, Rouhani a mis en avant les priorités économiques au détriment des priorités sanitaires.

En effet, plusieurs facteurs sont à l’origine de ce difficile choix. À vrai dire, le régime iranien s’est trouvé face à une crise multidimensionnelle suite à l’effondrement des prix de pétrole d’où la nécessité de faire bouger l’économie locale (tourisme et commerce). Le magazine américain a souligné que les décideurs iraniens craignent que le gouvernement ne puisse pas supporter davantage de pertes dans ces secteurs

Selon le ministère iranien de la Santé, le nombre total des contaminations dans le pays dépassait les 100 000, avec une augmentation du taux de nouvelles infections cette semaine, tandis que le porte-parole du ministère, Tekyanosh Jahanpur, a indiqué que le nombre de décès avait atteint 6 418.

Crise du tourisme

L’épidémie a frappé le secteur touristique iranien en pleine fouet et en particulier le tourisme religieux. D’ailleurs, le vice-ministre iranien du Tourisme, Valley Temury a  indiqué que les pertes du secteur au cours des trois derniers mois ont frôlé les 200 millions de dollars, ce qui a causé un désastre pour l’économie locale à la lumière des sanctions américaines persistantes contre le secteur pétrolier. Sachant que le gouvernement iranien avait précédemment pris la décision de fermer les lieux religieux, qui constituent la base du tourisme dans le pays, en raison de la crise de Corona, avant que le président Hassan Rouhani n’annonce la réouverture progressive de certains de ces sanctuaires.

D’autre part, les compagnies aériennes ont mis en garde contre une réelle catastrophe dans le secteur touristique car des récentes statistiques ont montrés que les vols internes ont régressé de 90%. Une crise qui a provoqué la fermeture des trois sociétés du transport aérien et des pertes qui dépassent les 200 millions de dollars et les entreprises se verront obligées de réduire leurs effectifs. Dans ce sens l’Association des compagnies aériennes iranienne n’a pas écarté la possibilité de passer à des licenciements dans les prochains jours.

Le chômage et la révolution des affamés

Au-delà de la crise économique qui touche l’économie gouvernementale et les entreprises, les citoyens iraniens sont les plus touchés par la crise de Corona. En effet, un conseiller au Conseil suprême du travail iranien a évoqué une crise en trois dimensions qui entoure les Iraniens. La première réside dans la hausse des prix, en particulier pour les produits de base et alimentaires, tandis que la seconde est liée au taux de chômage qui augmente d’une manière sans précédente, et la troisième dimension est la politique de réduction des salaires des fonctionnaires.

Selon les statistiques du Conseil du travail, la hausse des prix des produits alimentaires au cours des dernières semaines a épuisé un tiers des revenus des familles, tandis que des estimations semi-officielles indiquent que le nombre de chômeurs a atteint près d’un million de personnes.

Face à cette situation économique très difficile, l’opposant iranien, Mohsen Szigara, prévois une nouvelle révolution des affamés en Iran qui pourrait surprendre le régime et dépassera sa capacité de la réprimer, indiquant qu’il y avait de graves erreurs de la part du gouvernement dans la gestion de la crise de Corona.

Par ailleurs, des responsables iraniens ont affirmé que le pays allait mal, en raison de l’impact du durcissement des sanctions économiques et des effets du virus Corona, suggérant que le nombre de chômeurs augmente à 5 millions de personnes.

Des chiffres alarmants

Les énormes pertes économiques causées par Corona poussent d’une manière ou d’une autre à la comparer aux effets des sanctions américaines sur le régime iranien. L’envoyé spécial américain en Iran, Brian Hook, explique que les sanctions imposées par Washington après le retrait de l’accord sur le nucléaire ont causé des pertes économiques iraniennes s’élevant à environ 50 milliards dollar. Jusqu’au début de cette année, alors que le Fonds monétaire international prévoit une régression de l’économie iranienne de 9,5%.

Les effets des sanctions s’étendent également à la trésorerie intérieure, ce qu’a révélé la Banque centrale d’Iran. En effet, le taux d’inflation annuel à atteint 41%, le plus haut niveau en 25 ans, tandis que le riyal iranien a perdu plus de 50% de sa valeur.
Le gouvernement iranien a appelé les États-Unis à lever les sanctions pour faire face à l’épidémie de Corona. Une demande rejetée par Washington.

De son côté, le Centre de recherche du Parlement iranien la crise économique s’aggrave dans tous les domaines vitaux. Il estime ainsi une augmentation de 25% de taux d’inflation avec la possibilité d’une perturbation au niveau des produits importés.

Les avertissements du centre portent également sur la possibilité que les effets de la propagation de l’épidémie entraîneront une nouvelle baisse des ressources en devises. Les caisses de sécurité sociale seront de leur part seront en situation difficile avec la montée du taux du chômage. Le résultat sera une croissance négative.

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