Les centres d’hébergement des migrants irréguliers en Libye: Entre les conditions atroces et l’emprise des milices

L’organisation libyenne des droits de l’Homme « BELaady» a publié vendredi soir un communiqué dans lequel il a confirmé qu’environ 300 personnes dont des mineurs, attendent toujours d’être transférées vers un autre endroit plus humain et plus adapté aux conditions de vie décentes. Elle a insisté que ces migrants souffrent de conditions atroces sous l’emprise des milices dans le centre de détention Daher Al-Jabal à Al-Zintan à l’ouest de la Libye,

La Fondation  « BELaady » a affirmé que les détenus souffrent des conditions difficiles à supporter sous l’emprise des milices et en l’absence de visites d’organisations de défense des droits de l’Homme depuis belle lurette, ou de leur fournir les aides nécessaires qui les protègent des maladies et du froid de l’hiver.

Selon les données disponibles, il y a environ 100 enfants qui passent leur nuit sans couvertures, ni toilettes ni eau potable et avec de la mauvaise nourriture, surtout que les précipitations sont de plus en plus importantes et le froid est très sévère dans les villes d’Al-Jabal

Les milices envahissent les centres d’hébergement

Le centre est contrôlé par les milices, et les migrants sont exposés souvent à des incursions de milices, à l’instar de ce qui a été passé le 20 septembre, lorsqu’elles ont agressé les migrants. Les déchets et les ordures s’entassent à l’intérieur des cellules pendant plusieurs jours, ce qui constitue une grave menace pour leur santé, tandis que les tensions montent crescendo entre les détenus en raison de leur colère et de leur désespoir.

Les migrants irréguliers dans les régions ouest de la Libye sont victimes d’abus, d’enlèvement, de meurtres et d’esclavage par les milices, qui les considèrent comme une source importante de revenus pour financer leurs activités terroristes.

Il est à noter que des milliers de migrants sont dans des centres de détention dirigés par le gouvernement de Fayez Al-Sarraj à Tripoli, dans des conditions totalement inhumaines et dans la ligne de mire des milices. La détention de ces migrants dans les centres d’immigration illégale à l’ouest de la Libye est devenue l’une des activités les plus rentables pour les milices armées et les réseaux de trafiquants d’êtres humains, afin de dégager plus d’argent. Les centres de détention dirigés par les autorités de Tripoli sont remplis de milliers de migrants irréguliers de nombreuses nationalités africaines et asiatiques. Les rapports locaux et internationaux indiquent par ailleurs que plusieurs parmi eux sont dirigés par des milices armées et que des crimes sont commis souvent contre les migrants, comme l’agression, le chantage et même les agressions sexuelles.

Catastrophe humanitaire

La situation des réfugiés aux centres d’hébergement en Libye semble plus difficile en cette période, qui connaît la propagation à grande échelle de l’épidémie du Covid-19. Bien que le l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés s’engage à répondre aux besoins des réfugiés et des centres de refuge en termes de générateurs d’électricité, d’ambulances, de conteneurs et d’hôpitaux de terrain, mais les inquiétudes s’intensifient vu que ces centres d’hébergement sont surpeuplés de migrants et le manque de conditions de soins de santé nécessaires. Cela a poussé l’Organisation des Nations Unies à avertir d’une catastrophe humanitaire en Libye si la menace de cette épidémie de virus n’était pas contenue.

Le bureau du HCR en Libye a déclaré dans un communiqué que : « la crise humanitaire en Libye est exacerbée par l’intensification du conflit et le risque de la propagation de l’épidémie du Covid-19, qui apporte son lot de menaces». Le communiqué a rapporté que le danger du Covid-19, si le conflit actuel n’arrive pas à être contenu, pourrait mener à une nouvelle catastrophe humanitaire en Libye. Selon le communiqué, les Libyens déplacés, les réfugiés et les demandeurs d’asile ne disposent pas d’un abri décent et ils résident dans des endroits surpeuplés, avec des difficultés d’accès à l’assainissement, et les gens font face à de graves difficultés pour répondre à leurs besoins essentiels. En effet, plusieurs activistes tablent sur les campagnes de sensibilisation des citoyens et aux centres des refugiés afin de réduire le risque de contamination.

Malgré les conditions misérables dont souffrent les migrants en Libye, le trafic de migrants irréguliers continue toujours dans tout le pays, avec le soutien des organisations de traite d’êtres humains et les mafias. Plusieurs migrants ont été sauvés dernièrement et hébergés dans ces centres. Selon l’Organisation internationale pour les refugiés, ces migrants clandestins sont originaires du Nigéria, du Ghana et du Burkina Faso.

Au cours des dernières années, la Libye est devenue un point de passage pour des milliers de migrants africains fuyant les crises et les guerres dans leur pays, et leur principale destination est essentiellement le vieux continent. L’insécurité dans le pays ayant de longues côtes maritimes permettant de traverser vers les pays de l’Union européenne, a contribué à augmenter l’activité des gangs de traite d’êtres humains et de réfugiés dans ce pays, qui leur génère maintenant des fortunes.

Des migrants recrutés contre leur gré

Les avertissements locaux et onusiens se sont multipliés pour mettre un terme à la tragédie des milliers de migrants irréguliers détenus dans des centres d’hébergement en Libye, suite à des rapports indiquant que ces centres enregistrent des violations récurrentes comme la torture physique d’autant plus  qu’il y a une pénurie de nourriture. Cela intervient à un moment où les militants des droits de l’Homme et les personnes concernées par le dossier des migrants en Libye ont salué l’appel du Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, aux autorités libyennes de fermer les centres de détention des migrants dans le pays. Toutefois ils se sont posé la question autour de l’alternative de ces centres de détention assurés par les Nations Unies surtout que les migrants continuent à se ruer illégalement sur le pays.

Ces centres d’hébergement abritent des milliers de migrants qui souffrent de très mauvaises conditions et ils sont gérés d’une manière encore pire d’autant plus qu’ils ne sont pas aménagés pour accueillir des êtres humains, étant donné que la majorité d’entre eux étaient des locaux d’usines, des écoles et des anciens entrepôts. En effet, ils ne correspondent pas aux normes internationales. Ainsi, la détention des migrants dans ces centres est moralement et humainement inacceptable.

Le Haut Commissariat pour les réfugiés a déclaré précédemment que 46.823 réfugiés et demandeurs d’asile étaient enregistrés dans ces listes, dont environ 45% d’hommes, 22% de femmes et 33% d’enfants.

Pour sa part, le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a dénoncé les graves violations dont sont victimes des milliers d’immigrants dans les centres de détention en appelant les autorités à ne pas tarder pour les fermer. Il a de même évoqué les conditions horribles et le mauvais traitement dont souffrent des milliers de réfugiés et les migrants là-bas comme la torture, la disparition forcée, la violence sexuelle, mais sans oublier le manque de nourriture et de soins de santé.

Selon Guterres, les hommes et les jeunes font régulièrement l’objet de menaces de violence lorsqu’ils contactent leur famille pour obtenir une rançon. De plus, des migrants et des réfugiés ont également été abattus lorsqu’ils tentaient de fuir, ce qui a fait des blessés et des morts.

Il est à noter que les centres de détention contiennent des magasins d’armes et de munitions, où certains réfugiés et migrants sont recrutés contre leur gré, tandis que d’autres sont obligés de réparer ou de charger les armes pour les groupes armés.

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