Les Druzes et le soufisme

- Une étude comparative -

Résumé de l’étude :

Cette étude part d’une hypothèse qui repose sur des observations préliminaires disant qu’il y a un rapprochement entre le soufisme et la doctrine des Druzes ! Cette hypothèse s’appuyait sur un ensemble d’indices idéologiques, historiques, sociaux et culturels communs. Certaines études religieuses et sociales comparent la communauté des Druzes aux pratiques soufies ! Ou le soufisme est considéré comme l’essence même de la secte des Druzes ! Ou elles les séparent en considérant que les Druzes sont indépendants et constituent une secte à part entière. De là, nous avons eu la question problématique : les Druzes sont-ils considérés comme étant une secte islamique indépendante ? Ou partagent-ils avec le soufisme certains points ? Ou peut-on les considérer en tant que pratique soufie ? La recherche procédait à établir une comparaison socioculturelle entre la doctrine des Druzes et les pratiques soufies, en essayant de trouver une réponse à la question principale, et de démontrer l’existence d’une éventuelle influence sociale et culturelle entre la doctrine des Druzes et les méthodes du soufisme. Pour cela, le rapprochement entre le soufisme et les Druzes a été étudié du point de vue idéologique, social et culturel, et une comparaison a été établie entre leur émergence et leur développement historique, leurs croyances et leurs sources, puis une comparaison a été effectuée entre la structure sociale et culturelle, son influence par et sur la politique. Et la tentative de rechercher toute relation culturelle et sociale qui a eu un impact sur eux.

Le processus de la recherche a révélé d’autres complications. Le soufisme n’en était pas un, et les méthodes au niveau des détails n’étaient pas similaires, même son histoire et son public n’était pas les mêmes, d’autant plus que sa proximité et son rôle dans la politique n’étaient pas les mêmes. En effet, des critères ont été fixés sur la base desquels un échantillon des méthodes a été sélectionné pour les comparer. Ces méthodes représentaient des positions politiques et sociales, telles que celles qui s’opposent à l’État, le soutiennent ou s’ingère dans l’Etat, et elles ont un impact social et culturel sur les sociétés ; Par conséquent, les trois méthodes : Bektashisme, Naqshbandiyya et Mevlevi étaient les méthodes qui ont été abordées dans la recherche, avec évidemment les Druzes.

On peut justifier l’adoption des méthodes turques du soufisme en particulier « Baktashisme, Mevlevi et Naqshbandiyya » en supposant l’existence d’une influence inconnue entre le soufisme turc et le soufisme druze, nécessitant d’être étudiée. Cette hypothèse repose sur un ensemble de données. Par exemple, le mot « Druze » est attribué à un prince turc qui est l’un des prêcheurs de la secte des Druzes. Son nom est « Nashtakin ad-Darazi », et le mot dérivé du mot « Al-Tarzi » qui signifie « Terzi – le tailleur » en turc. Au fil du temps, la lettre « t » a été changée en la lettre « d » ! Son nom a été changé en « Druze » au lieu de « Tarzi » et c’est à lui que le nom est attribué, bien que les Druzes refusent d’être appelés par ce nom en raison de leur position par rapport à cet imam qui était expulsé de prêche, et ils préfèrent qu’ils soient appelés monothéistes en référence à leur croyance en un Dieu unique.

Cela ne concerne pas seulement le nom mais aussi la tenue vestimentaire et l’allure générale comme faire pousser les moustaches à l’encontre des doctrines sunnite et chiite ! Même la structure et les relations sociales comme le statut de la femme. Certains noms sont mystérieux en arabe, mais en turc ils ont un sens, par exemple : Quand le cheikh druze atteint un rang religieux et social donné, il doit porter un turban ressemblant au turban soufi ! Il a le nom écrit en turc comme « Lafı mkölesi », un mot qui n’est pas entièrement compris dans la langue arabe et son origine est inconnu ! Mais en turc, cela peut signifier en ajoutant la première lettre du deuxième mot à la dernière lettre du premier mot « Lafım kölesi » qui veut dire « Le serviteur de la parole ou de la sagesse » !

La sagesse est l’essence du soufisme et l’essence du Durzisme. Les livres religieux des Druzes sont même appelés les « Livres de la Sagesse » qui contiennent des messages de la « Sagesse ». Par rapport au fond, il y a aussi quelques exemples : le pronom « il » signifie « Dieu » dans les deux sectes. A partir de ces exemples et d’autres, on avait choisi le soufisme turc aux dépens aux autres ordres soufis.

A ces introductions, s’ajoute que le soufisme est entré en Turquie par la région arabe et persane, mais il a pris un caractère particulier et une tendance particulière. Pour cette raison, ce soufisme s’est distingué des autres et est devenu célèbre. En effet, cette étude peut éclairer certains des caractéristiques sociales et culturelles qui distinguent le soufisme turc.

Le processus de l’étude commence par la définition des limites des deux doctrines, le soufisme et le Durzisme. Puis, il expose leur histoire et leur émergence, ainsi que leurs croyances, et les branches du soufisme qui ont été abordées. Par la suite, un examen de la structure sociale et culturelle entre eux sera fait, et leur rôle politique et militaire, puis la discussion et la conclusion. La recherche repose principalement sur des recherches, des livres et des articles scientifiques ; il s’agit d’une étude bibliographique  qui a suivi dans sa démarche pour répondre aux questions de la recherche, la méthode d’analyse du contenu et de comparaison des documents en trois langues : arabe, turque et anglaise pour atteindre les objectifs de la recherche. Il était remarquable que la plupart des écrits sur ces méthodes et doctrines avaient pris le caractère d’un jugement de valeur par rapport à ces ordres du point de vue d’évaluation religieuse ou d’impact politique et militaire. L’aspect social et culturel reste une ligne faible parallèlement à cette présentation. Ainsi, le fait d’accéder à des études sociologiques pures n’était pas sans difficulté. L’autre lot de difficultés était par rapport aux études objectives qui étaient pour la plupart anthropologiques, et on constate qu’elles étaient généralement occidentales.

En réponse au fait de considérer les Druzes comme une doctrine indépendante dans l’Islam ou une secte – après avoir étudié les ordres soufis – il est devenu clair qu’ils sont plus proches des ordres soufis que d’une pure secte. Il était naturel qu’il y ait un rapprochement entre le soufisme et le Durzisme, étant donné que la région culturelle s’était combinée religieusement, culturellement et politiquement pendant de longues périodes. Cependant, il s’avère qu’il y a un contraste au niveau de l’hypothèse disant que le soufisme est similaire à certaines méthodes des Druzes en raison de l’influence directe entre les deux. En fait, il s’est avéré qu’ils partagent la même origine. Mais comme la recherche l’a mentionné, le reste des éléments similaires étaient souvent dus au mélange culturel entre les groupes religieux, ethniques, civilisés et militaires qui passaient et interagissaient sur les zones géographiques de notre région.

On peut résumer les points auxquels se sont rencontrés le soufisme et le Druzisme :

La croyance druze s’est cristallisée pendant la période d’émergence des ordres soufis en général, et parce que les Druzes sont restés pendant des siècles cachés au fond des montagnes absents, et isolés des courants intellectuels et religieux, l’influence soufie peut ne pas être substantielle. Les Druzes se sont inspirés des traditions soufies turkmènes pour faire pousser la moustache et raser la barbe pour ceux qui n’atteignaient pas le rang de cheikh, puisque les cheikhs rasent leurs chevaux et font pousser leurs barbes. Il y a aussi la au niveau des tenues vestimentaires, comme le port de l’Abaya, le sarouel et le turban.

Les Druzes ont peut-être adopté parmi les traditions soufies le fait d’embrasser les mains entre les cheikhs et le disciple, en même moment, étant donné que le fait d’embrasser les mains en général est une tradition turque ; Comme cela se passe dans le Mevlevi lorsque le Sheikh Mevlevi accepte le disciple et le promeut au rang de derviche, alors il lui tapote son épaule, tandis que le disciple se lève et embrasse la main du Cheikh et le Cheikh lui embrasse la main en même moment. Chacun tient les bouts des doigts de l’autre et lève les mains au niveau de la bouche et tourne le dos de la main vers le visage de l’autre pour les embrasser en même temps, ce qui est un signe de respect religieux. Ils participent également au culte dans des zones éloignées des personnes qui assurent l’isolement, en créant des sanctuaires religieux au niveau des tombes des marabouts, pour les bénédictions, les supplications et les vœux et même pour les actes de charité.

Ils croient que les saints et les marabouts reçoivent la bénédiction et connaissent le futur et ils sont capables de contrôler le futur ou ce qui est hors de contrôle, comme les phénomènes naturels, et d’interférer dans la vie des individus. Les Druzes partagent avec le soufisme en général et le soufisme turc en particulier la philosophie de « solutions – union – l’unité de l’existence – le principe d’émanation divine – transmigration des âmes – médisance – et l’interprétation ésotérique du texte coranique ». Ils partagent les mêmes tendances philosophiques et les croyances multiples, qui ont formé plusieurs de leurs croyances ; comme le manichéisme, le chamanisme, le zoroastrisme et le platonisme… La philosophie du soufi Ibn Arabi, qui a influencé le bektashisme, est considérée comme étant très proche de la croyance druze en termes de rangs spirituels des limites de la da’wa druze « l’esprit – l’âme ». Ils considèrent le culte et les devoirs religieux islamiques comme une étape préalable pour atteindre la croyance en un Dieu unique, et un chercheur de connaissance ne peut pas avoir ses connaissances sans le consentement du cheikh. Les rituels de culte montrent une sorte d’appartenance au groupe lors de sa pratique, comme le fait de se balancer, chanter, ou psalmodier… etc.

La structure des sociétés druze et soufie est similaire étant donné que le cheikh de la région ou le groupe de cheikhs sont les responsables de la législation, de l’éducation religieuse et de la régulation du reste de la vie, et ceux qui les entourent sont la catégorie des disciples, derviches ou ignorants… qui se rattachent à la catégorie des cheikhs et remplissent sleur rôle social en fonction de cette relation et des orientations des cheikhs. Les femmes sont acceptées dans les réunions de rituels et religieuses, et elles peuvent en tirer leurs connaissances, et elles ont la possibilité d’atteindre un stade religieusement avancé, et elles ne sont pas obligées de porter le niqab mais pas le hijab. Quant à la polygamie, elle est généralement indésirable et même interdite par les Druzes. Et le mariage ne devrait pas empêcher le culte, et ils peuvent partager certains aspects en termes de mariage formel « c’est-à-dire sans sexe» ; Ils n’ont ni servitude, ni esclavage, ni captivité, ni femmes esclaves, ni viol des femmes lors des guerres.

Lorsque les Druzes sont replacés dans le contexte historique et l’environnement social, culturel et politique dans lequel ils ont été élevés, nous constatons que les Druzes imitent parfaitement les conditions sociales, culturelles, religieuses et politiques de l’émergence du soufisme en général. En examinant les aspects des croyances et de la foi, nous constatons que les points de départ des idées sont très proches, tandis que le reste des rituels et des idéologies se sont divisés. Si cela indique quelque chose, c’est que les Druzes sont plus proches des ordres soufis que d’une école islamique indépendante. Ainsi, le rapprochement entre le soufisme et les Druzes en termes de forme était le résultat de l’interférence culturelle pendant des siècles dans un même environnement géographique, culturel, religieux, politique et militaire, ainsi que le rapprochement en termes du contenu, il s’explique par les origines communes soufies et des Druzes, avec une seule différence fondamentale avec le soufisme, les Druzes sont nés au sein de l’Etat fatimide. Ils le soutenaient et donc ils peuvent être différents du soufisme, mais ils ne sont pas différents de son origine ismailienne, qui s’est confondue avec la politique.

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