Les élections au Maroc : un « tsunami politique » renversant les Frères musulmans et dressant une nouvelle carte d’alliances

Le parti marocain de la « Justice et du Développement » a subi une défaite cuisante lors des élections législatives, puisque les résultats ont été différents de la plupart des prévisions, étant donné que certains observateurs favorisaient le « parti des Frères musulmans » pour remporter ou du moins occuper les premières places au scrutin qui a eu lieu mercredi dernier. En fait, il y avait un écart très large avec le vainqueur ayant obtenu le plus grand nombre de sièges, le « Rassemblement national des indépendants », 102 sièges, tandis que le nombre total des sièges obtenu par la Justice et le Développement ne dépasse pas 13 sièges, sachant qu’il en avait 125 au cours du dernier mandat.

Les observateurs estiment que cette défaite constitue vraiment un « tsunami politique au sein de la Justice et du Développement » et « fait de l’expérience marocaine la seule dans la région où l’islam politique a chuté par le biais des urnes ».

Défaite cuisante

Les autorités marocaines supervisant l’organisation des élections au Maroc ont annoncé les résultats définitifs des élections législatives, ayant enregistré un taux de participation de 50,35 %, sur un total de près de 18 millions d’électeurs inscrits sur les listes électorales, contre 43 % en 2016. En effet, le Rassemblement national des indépendants, dirigé par Aziz Akhannouch, est arrivé en tête des résultats en récoltant 102 sièges sur un total de 395, contre 86 pour le Parti Authenticité et Modernité, l’adversaire traditionnel du Parti de la Justice et du Développement, et 81 pour le Parti de l’Istiqlal (indépendance).

Quant au Parti de la Justice et du Développement, il a subi une défaite cuisante, en occupant la huitième place au classement des partis politiques marocains et en obtenant seulement 13 sièges.

Fissures internes

Le chercheur en sciences politiques, Omar Rezki, a considéré que les résultats de ces élections ont représenté une défaite cuisante au Parti de la justice et du développement, qui dominait la scène politique depuis 2011. Après avoir réussi à se lever pour profiter des événements du « printemps arabe » en 2011, dont certaines des étincelles « limitées » ont atteint le Maroc, et ont abouti à des amendements constitutionnels réformistes, le parti les a exploités en jouant la carte de la victimisation et de l’alternative compétente.

« Rezki » a supposé également que les facteurs internes du Parti de la justice et du développement sont parmi les principales raisons qui ont conduit à sa défaite lors du scrutin, en indiquant que « le parti est décomposé à l’intérieur, et il y a une grande fracture de leadership entre « Abdel-Ilah Benkiran, l’ancien secrétaire général du parti, et son successeur à la tête du parti et le chef du gouvernement, « Saad Dine El-Otmani ».

Il est à noter que dès l’annonce des résultats préliminaires des élections, Benkiran a tenu El-Otmani pour responsable de la défaite du parti aux élections, en l’appelant à démissionner, en disant : « Il n’est pas approprié à notre parti dans ces circonstances difficiles que le secrétaire général n’assume pas sa responsabilité et ne présente pas sa démission de la présidence du parti, dont son adjoint sera tenu de l’assumer.

Le différend entre les dirigeants « El-Otmani » et « Benkiran » a eu lieu dès le 17 mars 2017, après que le monarque marocain « Mohammed VI » avait exclu ce dernier de la formation du gouvernement en le remplaçant par « El-Othmani », tandis que le gap s’est creusé davantage lors du huitième congrès national du parti en décembre 2017, où le chef du gouvernement était élu secrétaire général du parti, succédant à Benkiran.

Dans ce contexte, « Rezki » a indiqué que le contexte régional qui avait servi les partis islamistes participant au jeu politique dans plus d’un pays arabe ne sert plus l’intérêt de la « Justice et du Développement » aujourd’hui « et donc il a populairement reculé, surtout car il a exploité le facteur religieux pendant des années pour séduire, en chatouillant le sentiment d’une importante masse électorale quand il était dans l’opposition. Mais cette dernière en a marre de ce slogans et elle a besoin des gouvernements capables de changer ses conditions de vie quotidiennes.

Selon Rezki, les résultats de ce parti aux élections législatives constituent « un vrai tsunami politique au sein de « la Justice et du Développement », et font de l’expérience marocaine la seule de la région où les urnes ont fait chuter « l’islam politique ».

Le Parti de la justice et du développement a continué sa domination lors des élections de 2016, en remportant 125 sièges de l’ancien parlement, avant que le parti n’en perde plus de 112 lors des dernières élections, ce qui le place parmi les derniers de liste des partis participant au nouveau parlement, à tel point qu’il ne pourra pas former un bloc parlementaire influent au sein de la Chambre des députés.

 Selon la loi interne du parlement, le parti doit disposer d’au moins 20 sièges pour pouvoir former un bloc parlementaire, ce qui laissera le parti sans réel moyen d’influence dans le prochain parlement et le gouvernement qui en découlera.

Une confortable carte d’alliances

Après la victoire du Rassemblement national des indépendants, le parti entamera les consultations pour former la prochaine majorité gouvernementale marocaine, une majorité qui, selon les observateurs, serait confortable en l’absence des islamistes.

Le politologue, Mounif Ghbara, a affirmé dans une déclaration à l’Observatoire MENA que la prochaine étape sera différente de celle qui a été marquée par les interactions entre la Justice et le Développement et d’autres partis, en prévoyant que le Rassemblement des indépendants formera une majorité confortable en alliance avec Authenticité et Modernité en ajoutant un autre allié tel que l’Union constitutionnelle.

Il convient d’indiquer que le « Parti Authenticité et Modernité » est arrivé en deuxième position avec 82 sièges, et au cours des dernières années il a été le principal adversaire des Frères musulmans depuis sa création par le conseiller du Roi Mohammed VI, « Fouad Ali El Himma » en 2008, avant de le quitter en 2011.

Ghbara estime qu’un gouvernement avec ces trois partis aura moins de poids en termes de nombre de portefeuilles mais il y aura une part pour les hommes compétents. Et cela est mieux qu’un scénario où un gouvernement avec plus de partis tandis que le premier parti sera obligé de satisfaire les alliés en faisant l’objet de chantages et de pressions.

Ghbara a ajouté que les déclarations du secrétaire général du Rassemblement national des indépendants, Aziz Akhannouch, selon lesquelles son parti est ouvert sur tous les partis pourraient apporter une surprise dans les prochains jours.

Selon la Constitution marocaine, le roi du Maroc, Mohammed VI, devra nommer dans les prochains jours un nouveau chef du gouvernement du parti qui a remporté les élections, et il était de coutume que le secrétaire général du parti dirigeant soit le candidat. Et cela signifie la nomination de « Aziz Akhannouch », le secrétaire du parti des indépendants, ayant annoncé sa volonté de « travailler avec confiance et responsabilité avec les partis qui partagent avec lui les mêmes valeurs et les mêmes programmes ».

Au lendemain de l’annonce que son parti avait remporté 102 sièges, Aziz Akhannouch, président du Rassemblement national des indépendants, a indiqué qu’il était prêt à « travailler avec confiance et responsabilité avec tous les partis qui partagent avec nous les mêmes principes et programmes ».

Il est à noter que Akhannouch, un homme d’affaires richissime, occupe le poste de ministre de l’Agriculture depuis 2007, et il est considéré comme proche du palais.

Il avait également participé au comité créé par feu le roi Hassan II en 1999 pour moderniser et réformer l’économie marocaine, connu à l’époque sous le nom de « Groupe 14 ».

Son parti avait promis, rappelle-t-on, de créer un million d’emplois pour relancer l’économie après la pandémie de Coronavirus, de généraliser l’assurance maladie pour tous les Marocains, d’augmenter les salaires des enseignants et d’accorder des pensions de retraite aux retraités et aux personnes âgées.

Tous les droits de publication et les droits d’auteur sont réservés au centre d’études et des recherches MENA