Les Frères musulmans : un échec qui dépasse les frontières de la Tunisie

L’avenir des Frères musulmans en Tunisie a fait couler beaucoup d’encre ces derniers temps, avec la fragmentation actuelle au sein du mouvement Ennahdha qui représente les Frères musulmans, surtout après les récentes dissensions internes et la perte de confiance envers le leader du mouvement, « Rached Ghannouchi » et l’appel à son limogeage, ainsi que le fait que chacun rejette la responsabilité du choc dont il a subi le mouvement et lui a fait perdre leur règne sur le pays.

Avec la proposition d’organiser des élections anticipées par le mouvement comme solution à la crise actuelle, le politologue tunisien Badreddine Trabelsi a indiqué : « Le mouvement est actuellement dans ses pires situations depuis des décennies. Cela lui complique la tâche de s’engager dans une quelconque bataille électorale, d’autant plus que la crise actuelle a accru la division entre ses membres au lieu de les rassembler », en considérant que l’appel du mouvement à des élections anticipées n’est qu’une ruse politique et une tentative pour sauver ce qui peut être sauvé de son pouvoir.

Il est à rappeler qu’un groupe des jeunes appartenant au mouvement « Ennahdha » tunisien a appelé la direction actuelle à dissoudre le bureau exécutif du mouvement, en la tenant pour responsable de la situation à laquelle se trouve actuellement le pays : tensions sociales, crise politique et économique, l’’échec de réaliser les revendications du peuple à cause de ses choix ratés tout au long des années de sa participation au gouvernement.

En outre, Trabelsi a souligné que s’il y a une partie du peuple tunisien qui rejette les décisions du président tunisien liées au gel du parlement ne signifie pas nécessairement son soutien au mouvement Ennahdha ou de voter pour lui lors d’éventuelles élections, en ajoutant que la polémique autour des décisions de « Kaïs Saïed » se justifie par la différence d’interprétation des articles de la Constitution et non pas la position par rapport au mouvement Ennahdha, comme ses dirigeants tentent de faire passer.

Au-delà de la Tunisie…un empire s’effondre et une époque qui ne se reproduira jamais

En se penchant sur l’avenir politique du mouvement Ennahdha, Trabelsi a indiqué qu’on ne peut pas parler là seulement du mouvement Ennahdha ou de la Tunisie, mais plutôt du projet des Frères musulmans dans la région dans son ensemble, notamment que tous les courants politiques pro-Frères musulmans sont liés à l’organisation internationale et servent le même agenda.

Trabelsi a encore dit : « Jusqu’à présent, on ne peut pas considérer que le mouvement Ennahda a complètement chuté en Tunisie, malgré l’effondrement continu de son pouvoir. Mais en cas de son exclusion de la scène politique tunisienne, on pourra dire que le projet des Frères musulmans dans l’Afrique du Nord s’est effondré complètement après la perte du pouvoir en Egypte et en Libye », en poursuivant qu’une croyance prévalait chez la haute direction des Frères musulmans disant que les révolutions du Printemps arabe seraient un tournant pour la forme des régimes arabes, mais cela a prouvé l’échec de l’islam politique dans la région arabe dans son ensemble.

Loin de la politique, plus proche d’un complot

Les principaux facteurs de l’effondrement des gouvernements pro-Frères musulmans, selon l’expert des affaires des mouvements religieux, « Abdessalam Abdullah », résident dans la façon dont ils traitaient les opposants politiques à l’intérieur du pays et en les considérant comme des ennemis et des laquais à l’étranger, en estimant que cette vision reflète les défaillances politiques des Frères musulmans dont ils auraient dû résoudre et comprendre les méthodes de travail politique avant d’entrer dans sur la scène du travail du gouvernement et officiel.

Abdullah a ajouté que cette vision a été à l’origine de leur chute, étant donné que les partis affiliés aux Frères musulmans n’ont pu, dans aucun des pays qu’ils dirigeaient auparavant, conclure une alliance avec un parti en dehors de ce système, en considérant que la direction des Frères musulmans n’a pas pu lire correctement la scène politique arabe et ses exigences après 2011.

Abdullah a poursuivi : « Le mouvement a œuvré à établir des systèmes de gouvernance alternatifs fondés sur la religion après les révolutions du Printemps arabe, sans se rendre compte que les nouvelles circonstances politiques n’acceptaient plus le système d’un spectre politique unique ou d’exclusion », en indiquant que son traitement des manifestations qui ont eu lieu contre son régime, en Égypte, en Tunisie ou en Libye, en les considérant comme étant faisant partie d’un complot contre l’organisation internationale et l’État religieux, a contribué à  ne pas entendre les voix des autres courants politiques ou des revendications populaires.

La justice et le développement… et une expérience inapplicable

L’analyste politique « Houssam Youssef » a ajouté un autre facteur à la liste des facteurs de l’échec des Frères musulmans à gouverner. Il s’agit de la tentative de reproduire l’expérience du gouvernement turc de la Justice et du Développement dans les pays arabes, sans prendre en considération les différences des circonstances entre le peuple turc et le peuple arabe, en soulignant que le projet de la Justice et du Développement en Turquie a pris plus de 20 ans pour l’établir, tout en profitant du niveau élevé de sentiments religieux parmi une grande partie du peuple turc , tandis que le peuple arabe traversait une phase de transition après 2011, avec la croissance du sentiment national au détriment des sentiments religieux.

Youssef a estimé également que les Arabes, après les révolutions du Printemps arabe, recherchaient l’instauration des régimes démocratiques, tandis que les Frères musulmans dans les pays qu’ils contrôlaient avait tendance à imposer le système de tutelle au peuple et à imposer certains modes de vie, en soulignant que les tentatives des Frères musulmans de contrôler politiquement et militairement la révolution syrienne, constituaient l’un des facteurs de son déclin et de son incapacité à maintenir ses acquis politiques et militaires réalisés au cours des premières années de la révolution.

Youssef a poursuivi en mettant en exergue un dernier point, en disant que le maintien des Frères musulmans au pouvoir a menacé de nombreux pays dans lesquels ils ont régné en reproduisant l’expérience du Velayat-e faqih iranien, notamment avec les similitudes idéologiques des Frères musulmans et le régime iranien en termes de loyauté envers le guide et la référence. Il a conclu en indiquant que cette question était l’une des raisons qui ont conduit au renversement de « Morsi » en Égypte après que les Égyptiens l’ont accusé d’être une vitrine à travers laquelle gouvernaient les Frères musulmans l’État égyptien.

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