Les milices et les forces étrangères, dilemme de la paix en Libye

Malgré le grand optimisme en ce qui concerne la possibilité de consolider la paix en Libye, notamment avec la formation du nouveau conseil présidentiel et du nouveau gouvernement et la préparation des élections prévues pour la fin de cette année, cet optimisme se heurte au dossier des milices, qui continuent à contrôler de larges superficies dans les régions de la capitale Tripoli et ses environs.

Il convient de rappeler que les dernières heures ont enregistré un affrontement armé opposant les milices pro-ministre de l’Intérieur du gouvernement d’union nationale, «Fathi Bashagha» et d’autres forces fidèles au Conseil présidentiel dans la région de Janzour. Des sources locales ont affirmé que l’affrontement a été suivi d’un chaos sécuritaire et des tensions dans la capitale, Tripoli, surtout que des milices venant de la ville de Zawiya ont tenté de prendre d’assaut la capitale.

L’analyste politique « Khaled Zwaiti » a indiqué : «Tous les accords conclus et les pas avancés se limitent dans le domaine politique et n’ont pas touché la question des armes incontrôlées et la prolifération des milices, représentant le nœud de la crise libyenne. Cela veut dire que ces accords sont encore fragiles et vulnérables aux soubresauts au cours de la prochaine période ». Il a ajouté que la présence de certaines personnalités et responsables ayant des ambitions politiques peut entraver les accords conclus si leurs ambitions n’ont pas abouti.

Dans le même contexte, Zwaiti a insisté que tous les événements enregistrés par Libye au cours de la dernière période ont confirmé que le changement du gouvernement d’union nationale était une nécessité pour la sécurité de la Libye et une étape charnière sur la voie d’établir un État libyen unifié, en indiquant que la prolifération des armes des milices de cette manière est la preuve de l’échec du gouvernement d’union nationale dans la réalisation ddes missions pour lesquelles il était formé. Cela a affecté l’unité de la Libye en tant qu’État d’institutions.

L’armée turque et les milices étrangères

La crise des milices s’intensifie ainsi que la tension armée en parlant des unités militaires turques et des milices étrangères déployées dans plusieurs régions du pays, selon Zwaiti. Il a par ailleurs indiqué que la partie turque ne se retirera pas facilement de la Libye, et elle va maintenir son soutien aux courants pro-Frères musulmans, représentant les intérêts turcs en Libye et dans la région arabe en général.

Zwaiti considère aussi qu’il y a des indices dans les déclarations turques montrant que le gouvernement d’Ankara s’en tient à la présence en Libye de ses forces et des milices qu’il soutient , et qu’il n’a pas l’intention de les retirer. Cela donne des indices négatifs en ce qui concerne la position turque. Il a insisté sur la nécessité de faire une pression internationale sur le gouvernement de la justice et du développement et prendre une position sérieuse par rapport au déploiement militaire étranger en Libye, en considérant que cela constituera un soutien fort pour le nouveau gouvernement et les missions qui l’attendent jusqu’à la fin de l’année.

Il est à rappeler que le président turc, «Recep Tayyip Erdogan», a déclaré au début du mois que la Turquie va examiner le retrait de ses forces de la Libye si les autres forces étrangères se retirent en premier, en considérant que la présence des forces turques en Libye consiste à former les forces armées appartenant au gouvernement d’union nationale.

Des organismes internationaux et des organisations de défense des droits de l’Homme ont accusé le gouvernement turc d’avoir enrôlé plus de 18.000 Syriens parmi les milices impliquées dans les batailles libyennes aux côtés des forces d’union nationale.

De son côté, l’expert stratégique, «Mohammad al-Mawlawi» a dit que les accords conclus en Libye sont contre les intérêts de la Turquie en Libye, surtout qu’ils ont conduit à la chute du gouvernement d’union nationale, soutenu par Ankara et ils ont enfanté une nouvelle autorité libyenne plus proche de la profondeur arabe, en expliquant que «la chute du gouvernement d’union nationale et le retrait de l’armée turque de la Libye affecteront d’une façon très grande non seulement son influence en Libye, mais aussi en Afrique du Nord en général, et en particulier en Tunisie, qui connaît un mouvement croissant contre le parti Ennahda faisant partie des alliés de Ankara dans la région.

Bien que la Libye soit importante pour le gouvernement turc, Al-Mawlawi a estimé qu’Ankara sera contraint de prendre en considération les évolutions sur la scène libyenne en se retirant, notamment avec l’arrivée de la nouvelle administration américaine plus stricte par rapport au dossier turc que son prédécesseur, d’autant plus que la Turquie a besoin d’améliorer à nouveau ses relations avec la partie européenne, particulièrement avec l’aggravation de la crise économique turque. Il a ajouté que le retrait de la Turquie et des milices étrangères soutenues par cette dernière sera un pas géant vers la consolidation de la paix et de la stabilité en Libye.

De sa part, le député au Parlement libyen, Ali Tekbali, n’était pas très optimiste quant à la capacité du nouveau gouvernement et du Conseil présidentiel de s’acquitter de leurs missions, en présence des milices armées qui contrôlent les institutions politiques, sécuritaires et de l’armée, en ajoutant que cette domination des milices ne permettra pas d’établir l’État libyen et la consolidation de l’autorité de la loi par tout gouvernement, indépendamment de ses orientations.

Tekbali a poursuivi : «La solution au problème libyen consiste principalement à démanteler ces groupes hors-la-loi, à les désarmer et à expulser les mercenaires et les étrangers du sol libyen, et non pas en remplaçant un gouvernement par un autre».

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