Les pays du Golfe sont-ils en quête de nouvelles alliances ?

La dernière décision des Émirats arabes unis de ne pas soutenir la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU condamnant l’invasion russe de l’Ukraine a été considérée par certains observateurs comme étant surprenante. C’est peut-être le dernier signe montrant que les monarchies du Golfe commencent à se séparer des États-Unis, et leur orientation vers l’Est n’est désormais pas uniquement économique, mais aussi politique.

Le 1er mars, le prince héritier d’Abou Dhabi, Mohammed ben Zayed, était suffisamment clair lors d’un appel téléphonique, lorsqu’il avait donné à l’agresseur russe, Vladimir Poutine, le droit de « défendre sa sécurité nationale ». Avant cela, le 25 février, les Émirats arabes unis se sont abstenus de voter pour la condamnation de la Russie au Conseil de sécurité de l’ONU, tout comme la Chine et l’Inde.

En ce qui concerne les États du Golfe, la Chine n’est pas capable jusqu’à présent de garantir leur sécurité, mais ils tablent sur sa puissance économique afin d’assurer la stabilité des importateurs d’énergie les plus importants.

Un politicien émirati a indiqué après une courte période de l’invasion russe de l’Ukraine qu’il y aura plus de Chine au Golfe à l’« ère post-américaine ».

En réalité, il y a certains importants intérêts communs entre les Émirats arabes unis et la Russie, étant donné qu’il était le premier pays arabe à aider à maintenir le dictateur al-Assad au pouvoir en Syrie. Ce dernier s’est rendu à Abou Dhabi la semaine dernière.

Quant à la Libye, les Émirats arabes unis, comme la Russie, se sont battus sans succès pour une victoire militaire du général rebelle, Khalifa Haftar. Et récemment, le ministre des Energies des EAU a affirmé que son pays respectera les quotas de production de l’OPEP +, et ce groupe comprend la Russie.

Il convient de noter que les relations entre les Émirats arabes unis et les États-Unis se sont détériorées récemment, car Washington impose des conditions pour la livraison du chasseur furtif F-35 aux Émirats tandis que ces derniers refusent de les respecter.

De plus, le GAFI (le groupe d’action financier de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme) a mis les Émirats arabes unis sur la liste grise il y a quelques semaines, car il semble qu’ils ne se conforment pas à la demande d’identification des transactions illégales, alors que presque tous les investissements russes ont été réalisés dans la péninsule arabique des Emirats.

Le différend entre Washington et Riyad concerne le prince héritier saoudien puisque Joe Biden esquive le prince héritier à cause de son rôle présumé dans le meurtre de Jamal Khashoggi. D’ailleurs, Biden a restreint les ventes d’armes à l’Arabie saoudite et a retiré les Houthis, que Riyad combat, de la liste du terrorisme. L’Arabie saoudite et en particulier Mohammmed Ben Salmane ont averti à l’avance qu’ils traiteraient avec la Russie si Biden continuait à esquiver le prince héritier.

Ce fossé entre les États du Golfe et les États-Unis se manifeste clairement dans les médias : la chaîne d’information Al Arabiya, financée par l’Arabie saoudite, est devenue compréhensive envers la Russie, et Sky News, qui diffuse depuis Abou Dhabi, tente de rester neutre, mais Al Jazeera de Qatar est celle qui représente le plus, parmi les pays arabes, la position de l’Occident. Il convient de noter que les chefs d’état-major israélien et le chef militaire qatari se sont rencontrés récemment pour discuter de la coopération dans le domaine de la défense, et ils ont déclaré que le Qatar est le premier pays arabe hors de l’OTAN à être considéré comme un allié majeur des États-Unis.

Il est difficile d’imposer un embargo pétrolier sur la Russie sans le soutien de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis. En fait, les espoirs que l’Iran pourra remplacer une partie du pétrole russe après la relance de l’accord sur le nucléaire se sont envolés. L’espoir a été brisé lorsque le Kremlin a conditionné son accord par le contournement des sanctions contre la Russie en lui permettant de commercer et d’investir librement avec l’Iran. Cette condition a été considérée comme la réaction de Poutine à l’embargo pétrolier imposé par les États-Unis le 8 mars.

Cela veut dire qu’avec l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, l’Iran a également été exclu en tant qu’alternative potentielle au pétrole russe. Evidemment, l’accord sur le nucléaire peut être remis sur la table sans le consentement de la Russie, mais cela doit se faire hors des Nations Unies. Toutefois, l’Iran est censé ne pas y participer pour que ses intérêts ne soient pas en conflit avec Moscou, et donc un retour à l’accord nucléaire est devenu improbable, ce qui est pire que la pénurie de pétrole, étant donné que les soupçons au Moyen-Orient s’intensifient de plus en plus tant que l’Iran poursuit son programme nucléaire.

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