Les politiques du Hezbollah au Liban : Des crimes qui dépassent l’assassinat

En parallèle avec la crise des relations régionales et internationales par laquelle traverse le «Hezbollah» libanais, l’intensité de ses différends avec le spectre politique libanais s’approfondit, notamment vis-à-vis le parti des Forces libanaises appartenant à « Samir Geagea », qui a considéré dans un communiqué dont il a publié que les milices de « Hezbollah » soutenues par l’Iran est la dernière partie à pouvoir parler des crimes commis au Liban et contre elle.

Il est à noter que le communiqué des Forces libanaises intervient pour répliquer aux déclarations précédentes du secrétaire général-adjoint du Hezbollah, « Naim Qassem », dans lesquelles il accusait le parti des Forces d’avoir commis le massacre des incidents d’Ain el-Remmaneh-Tayouneh, qui a eu lieu il y a quelques semaines, et dans lequel des partisans du Hezbollah et du mouvement Amal ont été tués.

Selon le communiqué, le Parti des Forces a considéré que tous les crimes qui ont eu lieu au Liban au cours des dernières décennies ont été directement liés aux milices, à commencer par une tentative de bloquer l’enquête sur le crime du port, qui a coûté la vie de plus de deux cents citoyens libanais et non libanais, et plus de trois mille blessés et d’inestimables dégâts matériels. Et cela ne s’arrête pas avec l’assassinat du Premier ministre, le martyr Rafik Hariri et les martyrs de la Révolution du Cèdre, en passant par le Conflit de 7 mai et les récents événements d’Ain el-Remmaneh, d’après le communiqué.

Un voyage à travers l’histoire : explosifs, assassinats et crimes divers

Commentant le communiqué du parti des Forces libanaises et la polémique entre celui-ci et le Hezbollah, le politologue, « Michel Bou Saab » a considéré qu’aborder la question des crimes ne sera pas au profit du Hezbollah, qui contrôlait effectivement l’État libanais depuis la fin de la présence militaire syrienne en 2005, en ajoutant que le parti était en fait l’héritier de la tutelle sécuritaire syrienne et de la politique répressive du régime syrien au Liban.

Bou Saab a souligné également que le plus grand crime qui est indéniable pour le Hezbollah est son arme illégitime, hors contrôle de l’État libanais, qui a  créé une crise au niveau des relations du Liban avec le monde arabe et les États du Golfe, considérés comme le seul poumon du Liban et des Libanais. Il a indiqué que le parti n’était pas seulement impliqué dans des opérations d’explosion, des assassinats politiques et domination sur l’État, il a été impliqué de même dans une opération plus grande ayant conduit à l’assassinat de l’identité arabe du Liban en l’impliquant dans des conflits internationaux plus grands par rapport à sa taille et ses moyens.

Bousaab a ajouté : « Pour parler des crimes du Hezbollah contre le Liban, on n’est pas besoin de rappeler l’affaire du député Michel Samaha et ses aveux, ni l’affaire du port que le parti essaie de bloquer, ni le 7 mai, ni même l’assassinat de Hariri, les crimes du Hezbollah peuvent être exposés à travers les taux élevés de pauvreté dans le pays entre 2005 et 2021. Le Liban est passé d’un centre bancaire qui en faisait la Suisse de l’Est à un pays mendiant des devises étrangères, un pays délaissé par son environnement et enfoncé dans un dilemme économique et de service qui a poussé les Libanais à monter sur des embarcations de la mort pour aller chercher une vie plus stable dans les pays d’asile », en insistant que ce dont souffre le Liban depuis 16 ans, a été causée principalement par les armes et les politiques du Hezbollah ayant navigué à contre-courant de la tendance mondiale et ayant attaqué les États du Golfe, qui sont considérés comme le principal soutien du Liban et de l’économie libanaise.

Il est à indiquer qu’une étude publiée par les Nations Unies a mentionné que 74% de la population du Liban souffre de la pauvreté en 2021, contre 55% de la population en 2020 et 28% en 2019.

Dans le même contexte, l’analyste et expert économique « Mohamed Al-Rebou’» a expliqué que le dilemme économique du Liban n’est pas lié à un manque de ressources ou de facteurs de développement, mais plutôt à des crises politiques, de mauvaises relations internationales et diplomatiques, et la politisation et le blocage du travail du gouvernement dans la plupart des cas, en ajoutant que les premier pas pour résoudre le dilemme économique résident dans la nécessité de libérer les institutions de l’Etat, notamment économiques et financières, des allégeances et des influences politiques, et de travailler à améliorer les relations avec les pays qui pourraient soutenir l’économie du Liban.

Quant à la récente crise survenue avec les pays du Golfe en raison de la politique du Hezbollah et les déclarations de « George Kordahi », « Al-Rebou’ » a dit que le Liban paie le prix de la plus grosse facture du monde en raison des intransigeantes déclarations et prises de position d’une personne ou d’une partie, en indiquant que la crise avec l’Arabie saoudite a eu le plus grand impact négatif sur l’économie libanaise, notamment avec la suspension de toutes les formes de relations économiques avec Beyrouth.

Al-Rebou’ a affirmé également que le fait que Hezbollah se tient à ses positions hostiles par rapport au Golfe en général en navigant dans l’étang iranien coûte chaque année au Liban des centaines de milliards qui auraient pu être utilisés pour des opérations de développement et des investissements contribuant à améliorer le niveau de vie, à réduire le chômage et le niveau de pauvreté et de la dette publique, en considérant que l’effondrement économique qui s’accélère lors des deux dernières années est causé par les mauvaises politiques appliquées depuis au moins 15 ans.

La corruption et les piliers de l’empire de l’obscurité

La liste des crimes du Hezbollah, selon les propos du chercheur en affaires libanaises, « Ahmed Itani », s’étend à l’établissement de l’empire de l’obscurité au Liban, qui est basé sur la création d’un État profond au sein de l’entité de l’État libanais, en qualifiant le gouvernement libanais, le parlement et les institutions de l’Etat de simples vitrines qui dessinent un tableau d’un pays qui n’existe plus.

Itani a estimé qu’après 2005, le Liban a commencé à vivre dans une situation pire que celle qu’il connaissait sous l’autorité sécuritaire syrienne, en expliquant : « Pendant la présence syrienne au Liban et malgré toute l’oppression sécuritaire répressive, le Liban a pu à travers certaines personnalités politiques comme Rafic Hariri, à créer des équilibres sur la scène régionale lui permettant d’établir de bonnes relations avec toutes les parties, ce qui a contribué à la situation de stabilité économique et politique connue par le pays depuis la fin de la guerre civile jusqu’à la période de l’assassinat de Rafik Hariri, à l’exception de la crise provoquée par le général Michel Aoun et sa tentative de renverser le pouvoir en 1989 ».

En outre, Itani a indiqué que les premières étapes de l’effondrement de cette stabilité ont commencé avec l’extension de l’influence du Hezbollah au Liban avant même le retrait syrien, en profitant du changement de régime syrien et de l’avènement de «Bachar al-Assad», qui manquait de compétence politique, au pouvoir à Damas.

Itani a ajouté que : « là, on peut dire que le Liban a commencé à être victime des crimes directs du Hezbollah, qui ont commencé par pousser le régime syrien à prolonger le mandat de Lahoud à la présidence et à provoquer une crise politique et l’assassinat ultérieur de Rafik Hariri, qui a ouvert la voie à la sortie du Liban de l’Etat sécuritaire syrien pour entrer dans l’empire de l’obscurité iranienne, où l’État libanais a perdu ce qui restait de l’entité de l’État», en notant que ce changement au Liban a été un tournant majeur de son histoire et le début des crises qui venaient après.

Par ailleurs, Itani a insisté que ses propos ne signifient pas que le Liban allait parfaitement bien pendant la période de la présence syrienne, mais plutôt que le climat politique a permis l’émergence d’un pluralisme politique capable de préserver les relations du Liban au sein de la communauté internationale et arabe.

Dans le même contexte, le politologue Fadi Shahin a indiqué que : «le Hezbollah a posé après 2005 les premières bases du nouvel État, basé sur la corruption, le favoritisme politique et le transfert des ressources économiques, politiques et géographiques du Liban pour soutenir ses agendas, ce qui a été complété plus tard par une alliance avec le Mouvement patriotique libre présidé par Michel Aoun », en affirmant que le Hezbollah n’a pas seulement tué des citoyens, mais il a également tué tout le Liban ainsi qu’il était une partie importante des conflits sectaires dans la région, en particulier par son implication dans la guerre syrienne et son aide aux milices houthies au Yémen.

Il convient d’indiquer que l’Indice de perception de la corruption pour 2020, publié par Transparency International, a révélé que le Liban occupait le rand 149e à l’échelle mondiale sur 180 pays pour les indicateurs de corruption, contre 138e sur 180 pays pour l’année 2019, en reculant de 11 places parmi les pays, d’autant plus qu’il a obtenu le rang 25 sur 100, en baisse de 5 points.

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