L’infiltration sécuritaire : Le nouveau plan d’Ennahdha pour revenir au pouvoir en Tunisie

Avec le maintien de l’application des mesures exceptionnelles en Tunisie ayant fait perdre au mouvement Ennahdha son pouvoir et le gel des travaux du Parlement ainsi que le transfert du pouvoir exécutif du chef du gouvernement au président de la République, des sources tunisiennes bien informées mettent en garde contre la préparation d’un nouveau plan par le mouvement Ennahdha pour récupérer son pouvoir au sein de l’État tunisien à travers l’infiltration aux services de sécurité.

Les sources indiquent que : « le président tunisien a parlé ouvertement et directement qu’il y a des tentatives d’infiltration aux institutions de sécurité tunisiennes, et qu’il s’est engagé auprès des milieux politiques et syndicaux à faire face à ces tentatives, menées par le mouvement Ennahdha islamique », en ajoutant que le président tunisien cherche actuellement à cerner la présence du mouvement dans ces institutions, notamment au sein des ministères de l’Intérieur et de la Justice.

Les sources enchainent également que la croyance qui prévaut au palais de Carthage est que le fait de limiter le rôle du mouvement Ennahdhha au Parlement et au gouvernement n’est pas suffisant, et qu’un travail doit être mené pour bloquer l’infiltration d’Ennahdha et de ses éléments aux institutions et aux organes de souveraineté et de sécurité. Elles ont expliqué dans le même contexte que se contenter d’appliquer les mesures exceptionnelles au Parlement et au gouvernement ôtent ces procédures de leur force.

La reproduction d’un ancien scénario

Commentant les propos des sources, le chercheur en mouvements islamistes, « Taieb Boubaker », a dit que le travail en tapinois au sein des structures de sécurité et l’infiltration secrète n’est pas un nouveau plan pour le mouvement Ennahdha, en considérant qu’il s’agit d’un vieux plan auquel il recourait durant les décennies ayant précédé la révolution tunisienne et son arrivée au pouvoir, surtout sous le règne de l’ancien président « Habib Bourguiba » et de son successeur, « Zine El-Abidine Ben Ali », en considérant qu’il a continué à travailler de la même manière après son arrivée au pouvoir après la révolution tunisienne.

Boubakr a expliqué que le mouvement Ennahdha a cherché à établir un État policier au cours des dix dernières années, ce qui s’est manifesté clairement dans les cas d’assassinat d’opposants et l’appareil secret et les tentatives de contrôler les ministères de l’Intérieur et de la Justice. Il a poursuivi que l’instabilité des relations entre le mouvement et les présidents de la république, notamment le feu président, Beji Caïd Essebsi, et l’actuel président, Kaïs Saïed, ont freiné la capacité du mouvement à contrôler les services de sécurité.

Boubakr a considéré que la principale erreur commise par le mouvement Ennahdha après sa prise de pouvoir était de se concentrer sur la domination du système de sécurité et d’essayer d’y ancrer son influence au lieu de travailler à son indépendance et de le séparer du système politique. Il a par ailleurs souligné que le mouvement aurait dû se rendre compte que la situation en Tunisie après la révolution a changé et la théorie de l’État policier est bel et bien révolue.

En outre, Boubaker a dit que : « Le mouvement considère actuellement qu’il a perdu complètement son pouvoir politique et exécutif après le gel du Parlement et la destitution du chef du gouvernement dont il soutenait, et en effet il pourrait miser sur son ancien pari portant sur l’infiltration à l’institution sécuritaire et ses agents là-bas», en ajoutant que les mesures prises par le président Saïed ont porté un coup sévère au système politique du mouvement.

Stratégie, désintégration et une voie en préparation

Exclure le mouvement Ennahdha du pouvoir et de tous ses articulations politique, sécuritaire, économique et diplomatique n’était pas un simple plan pour exclure une force politique qui contrôle la Tunisie depuis 10 ans, selon le politologue Ramzi Al-Tamrani, en expliquant que : « Saïed voit dans les décisions prises le 25 juillet comme étant une exclusion de tout un projet politique adopté par Ennahdha voulant mettre en place des bases dans toutes les articulations de l’État et former un système parallèle, semblable à celui en Turquie, qui partage avec Ennahdha l’alliance et la subordination aux Frères musulmans.

Al-Tamrani a enchaîné que Saïed considère que le projet d’Ennahdha portait sur la transformation de la Tunisie en une copie de l’expérience de la Justice et du Développement en Turquie, le parti qui contrôle toutes les institutions de l’État turc, en soulignant que de ce point de vue l’entourage du président s’inquiète de ce que l’on peut appeler des groupes cachés qui pourraient être implantés par Ennahdha dans les ministères de l’Intérieur et de la Justice et les institutions de sécurité, et cela pourrait aussi être au sein de l’institution militaire.

Al-Tamrani a considéré également que le président, son équipe, et le spectre qui lui est fidèle, s’emploient à démanteler le système construit par le mouvement Ennahdha dans les institutions de l’État en général, pas seulement au Parlement, et en limogeant le chef du gouvernement pro-Ennahdha, en soulignant que les opposants politiqueau mouvement et son projet l’accusent de travailler à l’adoption d’un projet au sein de l’Etat tunisien, et en le liant à des alliances extérieures.

Dans le même contexte, Al-Tamrani a expliqué que Saïed craint qu’il y ait des liens entre le mouvement et certains services de sécurité en Tunisie, pouvant brouiller ses plans et changer la donne dans le pays. Il a insisté que les mesures de Saïed ne se limiteront au retrait de la couverture politique, gouvernementale et parlementaire pour Ennahdha.

Il est à rappeler que le président Saïed avait confirmé dernièrement que l’État tunisien va faire face par la loi à toutes les tentatives d’infiltration aux services de sécurité vitaux de l’État, et d’essayer de les exploiter pour servir les intérêts de certaines parties, sans les mentionner.

Par ailleurs, l’expert des affaires maghrébines, « Mohamed Azizi », a révélé que la situation qui prévaut en Tunisie depuis plus d’un mois, et l’obtention par le président du soutien des responsables sécuritaires et militaires du pays, ont permis à « Saïed » à savoir plus sur les dossiers d’Ennahdha, si situant au sein de l’institution sécuritaire, notamment les affaires de l’assassinat d’un certain nombre d’opposants tunisiens, dont Ennahda est accusé de les orchestrer, en disant que cette question a renforcé la position du président tunisien en confrentant Ennahdha.

Azizi argumente sa lecture en citant que mouvement Ennahda essaie de calmer le jeu dans sa relation avec le président en changeant sa position, en considérant que le mouvement, à travers ses positions récentes, a tenté de soudoyer Saïed et de montrer qu’il se tient sur le même côté que lui.

Il convient d’indiquer que le mouvement tunisien Ennahda a annoncé, dans un communiqué précédent, son soutien au président tunisien Kaïs Saïed face aux tentatives de diffamation contre lui et contre sa famille, en les qualifiant d’attitude honteuse qui viole les saintetés, les chartes morales, les lois et les valeurs sur lesquelles la société tunisienne est basée, selon les termes du communiqué.

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