L’instabilité politique en Jordanie

Au sein de la famille royale jordanienne, les problèmes relatifs au pouvoir sont généralement résolus derrière les murs du palais. Etonnement, le différend de la famille royale s’est intensifié pour que le monde entier puisse le voir au cours du week-end. Dans une évolution extraordinaire en rapport avec la monarchie hachémite, considérée comme stable, le roi Abdallah II a mis son demi-frère, le prince Hamza Bin Hussein, en résidence surveillée et a détenu plusieurs de ses confidents, et ce parce que le gouvernement a accusé Hamza de «déstabiliser la sécurité de la Jordanie». Les activités de longue date de Hamza comprenaient «l’incitation et les tentatives de mobilisation des citoyens contre l’État», a déclaré dimanche le ministre des Affaires étrangères, Ayman Safadi. Il a également accusé le prince d’avoir coopéré avec des «forces étrangères» et des «services secrets».

Concrètement, cependant, Safadi n’a pas voulu ou n’a pas pu nommer ces forces, ce qui a conduit l’analyste jordanien ayant des relations influentes, Oraib Rantawi, à la conclusion que si les noms ne sont pas mentionnés, le récit officiel devrait au moins être mis en doute. En tout cas, la démission du prince intervient à un moment tendu où le gouvernement jordanien se débat au milieu de la pandémie de Coronavirus et d’une crise économique qui continue avec des manifestations orientées et isolées contre la corruption dominante mais de plus en plus importante contre la monarchie. Le pays a peu de richesses, aucune véritable industrie et il souffre du chômage.

Dernièrement, certains représentants des importantes tribus de l’est de la Jordanie constituant l’épine dorsale du régime, ont récemment appelé à des manifestations. Le prince Hamza a établi de bons contacts avec certains de ces représentants tribaux et il jouit d’une grande popularité parmi eux. La crise économique et la croissance démographique pèsent sur les anciens réseaux de favoritisme. Pour cette raison d’ailleurs certains représentants des tribus ont du mal à accéder à des postes civils ou avoir un soutien financier. Hamza avait déjà rejoint les manifestations contre l’impôt sur le revenu en 2018 lorsqu’il exigeait «de prendre des mesures réelles contre la corruption qui se propageait dans le pays». Le prince a continué ces critiques sur les réseaux sociaux et il est apparemment devenu une source d’embarras pour le roi ou son entourage.

Depuis sa résidence surveillée, Hamza a envoyé des vidéos samedi soir dans lesquelles il a rejeté toute conspiration et a déclaré: «Je ne suis pas responsable de l’effondrement du gouvernement, de la corruption et de l’incompétence qui sévit dans nos structures gouvernementales depuis quinze à vingt ans et qui ne cessait d’empirer chaque année. Il a en outre critiqué la répression croissante en Jordanie, qui a mené même que «de simples critiques pour de petits aspects des décisions politiques conduisant à des arrestations et de mauvais traitements».

Ce que la cour royale a indiqué lundi soir sonnait complètement différent: Hamza a admis être impliqué dans un complot contre la sécurité et la stabilité de la Jordanie. Dans une déclaration similaire, il aurait prêté allégeance à Abdallah en disant : «Je serai toujours prêt à aider et à soutenir sa majesté, le roi et son prince héritier ». De son côté, Abdallah avait accepté une médiation interne menée par son oncle, le prince Hassan.

Vu de l’extérieur, on ne sait pas s’il s’agit de prendre des mesures contre le régime ou si peut-être le régime qui prend de sa part des mesures contre Hamza pour donner l’exemple. Quoi qu’il en soit, le différend entre lui et Abdullah II a des raisons profondes. Après que le roi Hussein eut fait de son fils Abdallah l’héritier du trône quelques semaines avant sa mort en 1999, il a d’abord nommé son jeune demi-frère Hamza comme prince héritier, se référant au souhait du roi Hussein. Lorsque le pouvoir d’Abdullah a été consolidé, ce dernier a déchu Hamza en tant que prince héritier et, en 2004, a nommé son fils aîné au poste de prince héritier.

À ce jour, la dissidence au sein de la famille royale a persisté. Bien que le roi Abdallah soit le fils de la deuxième épouse du roi Hussein, Muna, Hamza est le fils de la quatrième épouse, Noor. Cette dernière a écrit sur Twitter dimanche qu’elle espérait que «la vérité et la justice prévaudront pour toutes les victimes innocentes de cette calomnie perverse». Cela provoqué la colère de la princesse Firyal qui a répondu, maintenant sa réponse supprimée. Cette dernière appartient à une autre lignée familiale, accusant «la reine Noor et ses fils» d’une «ambition aveugle».

Certes, peu de gens seulement pensaient que les rumeurs d’un coup d’État étaient crédibles, parce qu’aucune des personnes arrêtées n’avait une expérience ou une influence militaire sérieuse. Néanmoins, les forces de sécurité ont annoncé l’arrestation de plus d’une douzaine de personnes, dont au moins deux étaient liées à l’Arabie saoudite.

L’un est Sharif Hassan Bin Zaid, qui était l’envoyé du roi jordanien en Arabie saoudite. L’autre est Bassem Awadallah, qui aurait récemment été homme d’affaires et conseiller du prince héritier saoudien Muhammad Bin Salman et entretient également des liens étroits avec le prince héritier des Émirats. Safadi a également fait allusion à des liens avec Israël lorsqu’il a parlé d’un «service secret étranger» qui a offert à Hamza un «vol de Jordanie vers un pays étranger». Un homme d’affaires israélien vivant en Europe a ensuite annoncé qu’il était ami avec le prince Hamza, mais qu’il n’avait aucun lien avec les services secrets. Il voulait seulement aider à titre personnel la famille de Hamza en lui a offrant un refuge.

La famille royale saoudienne et aussi les Emirats se sont précipités pour assurer au roi et au prince héritier jordaniens leur «soutien inconditionnel». L’Égypte, Bahreïn, le Qatar, le Koweït, l’Irak, les dirigeants palestiniens, la Turquie et le Liban ont également exprimé leur soutien au roi, tout comme l’Union européenne. La Jordanie est toujours considérée comme étant la pierre angulaire de la stabilité dans la région. Pourtant, les fissures ont été de nouveau révélées.

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