« Loi de stabilité de la Libye » : Washington a-t-il commencé à poursuivre Ankara ?

Le dossier libyen connaît, avant les élections prévues pour la fin de cette année, plusieurs évolutions, non seulement au niveau national, mais aussi au niveau extérieur, précisément avec les évolutions provenant des États-Unis, représenté par l’adoption par la Chambre des représentants américaine de la loi de stabilité de la Libye, visant à sanctionner les parties étrangères qui s’immiscent dans les affaires libyennes, selon les données publiées par les services de presse de la Chambre.

Les données du bureau de presse révèlent également qu’il y a une quasi unanimité au sein de la Chambre des représentants sur la nécessité de prendre des mesures répressives contre toute partie qui s’ingère négativement dans les affaires libyennes, selon ses termes, en indiquant que la loi modifiée susmentionnée était approuvée par 386 députés et 35 étaient contre.

Tous les chemins mènent à Ankara

Le chercheur en affaires du Moyen-Orient et Afrique du Nord, Amro Abdelaty, a commenté la décision américaine en affirmant qu’elle cible le rôle turc en Libye, surtout qu’il s’agit du pays le plus impliqué dans la guerre libyenne à travers ce qu’Ankara détient de soldats et des milices étrangères qui combattent sur le sol libyen, en ajoutant que la décision vise également, mais d’’une façon moins importante, la partie russe qui est déployée dans certaines zones pétrolières libyennes par le biais de la milice russe Wagner.

Abdelaty a ajouté : « La décision mentionnée reflète la détermination américaine d’entrer dans une confrontation avec les Turcs pour limiter leur influence en Libye, en particulier avec la quasi unanimité libyenne, régionale et internationale que la Turquie a joué un rôle très négatif contribuant à limiter la stabilité en Libye, surtout pendant la période du gouvernement de la conciliation appartenant aux Frères musulmans ». Il a noté, par ailleurs, que la Turquie n’a encore manifesté aucune intention de retirer ses forces et milices de la Libye.

Abdelaty a également dit que les rapports publiés par des organisations syriennes de défense des droits humains confirment que l’armée turque continue de recruter des combattants du nord de la Syrie et de les envoyer en Libye malgré la formation d’un nouveau gouvernement d’union nationale libyen et la volonté du pays d’entrer dans une période électorale. Il a expliqué que la conduite du ministre turc de la Défense, «Hulusi Akar» et ses visites inopinées répétitive dans les zones de déploiement des forces turques soulèvent de nombreux points d’interrogation quant à la crédibilité des engagements turcs en Libye.

De plus, Abdelaty a estimé que la décision américaine est la plus sérieuse parmi les décisions internationales concernant la Libye, d’autant plus qu’elle consiste à des mesures répressives directes, en poursuivant que le gouvernement turc s’est trompé dans ses évaluations des changements politiques dans la région et dans le monde en général, et qu’il pariait sur le maintien de l’ancien président américain « Donald Trump » pour un second mandat, étant donné qu’il a été plus clément avec lui que son successeur, le président actuel : Joe Biden.

Abdelaty a aussi expliqué que : « même avec l’arrivée des démocrates à la Maison Blanche au début de cette année, la Turquie a continué dans sa mauvaise lecture, en croyant que la nouvelle administration américaine sera préoccupée par d’autres dossiers tels que le dossier nucléaire iranien, le dossier afghan et le dossier des effets économiques de l’épidémie de Coronavirus, et que la question libyenne sera l’une des dernières priorités. Mais ce qui s’est passé après cela, a contredit les attentes turques », en disant que le gouvernement de la Justice et du Développement ne manque pas de plus de crises avec Washington, en particulier après l’implication de l’armée turque dans la crise syrienne et la crise des missiles russes.

Un message clair et autre implicite

L’analyste politique, Ihsan al-Aswad, a considéré que la décision américaine est un message pour toutes les parties, son contenu indique que ce viendra après les prochaines élections ne sera plus le même qu’avant et que les bruits des canons ne reviendront plus en Libye, surtout que l’intensification de la guerre est plus liée à aux interventions extérieures qu’aux différends internes, en soulignant que la Chambre des représentants américaine, à travers sa décision, a affirmé le soutien de Washington à la transition politique attendue en Libye.

Dans le même contexte, Al-Aswad a qualifié la décision comme également une annonce américaine de l’intérêt croissant de Washington pour le dossier libyen, en particulier avec le déploiement de nombreuses organisations terroristes en Afrique subsaharienne, en informant qu’il y a des inquiétudes américaines que la Libye se transforme en un fief pour les organisations terroristes en cas d’un retour de la guerre dans le pays.

Al-Aswad a dit : « L’administration Biden cherche à réduire la tension armée dans le monde en général et veut mettre fin à de nombreux dossiers, comme ce fut le cas avec le dossier Afghanistan et bientôt le dossier irakien et elle cherche une solution à la crise nucléaire iranienne, et parmi ces crises on retrouve la crise libyenne, et c’est peut-être la moins compliquée pour les Américains par rapport aux autres crises ». il a poursuivi que « Biden » travaille avec une politique très différente par rapport à son prédécesseur « Trump », qui a réduit Le rôle des Etats-Unis au niveau mondial et a ouvert la voie à de nombreux pays, dont la Turquie et la Russie, pour jouer un rôle plus important.

Al-Aswad a insisté également que la décision, même si elle menace les parties externes, mais elle porte des messages cachés et entre les lignes pour les parties internes, surtout que la période écoulée a été marquée par une grande tension entre les acteurs politiques libyens, dirigés par le chef du gouvernement « Abdel Hamid Dbeibah » et le président du Parlement « Aguila Salah ».

Événements simultanés et intérêts croisés

Ce qui attire le plus à propos de la décision américaine, selon le politologue, « Mahdi Snoussi, c’est qu’elle coïncide avec l’escalade des tensions sécuritaires et les taux élevés d’enlèvements et le fait de cibler des activistes libyens par des parties inconnues, indiquant qu’il y a des inquiétudes parmi les cercles libyens et même internationaux que ce phénomène impacte les résultats des prochaines élections, et que certaines parties exploitent ce phénomène pour menacer les électeurs et les militants.

Il est à noter que des activistes libyens avaient annoncé la disparition du chef de la Ligue nationale de la jeunesse, « Imad Al-Harati », au milieu des condamnations internationales et les appels à une enquête rapide et complète sur l’affaire de son enlèvement et la divulgation de ses circonstances.

Snoussi a considéré que la Libye traverse par un accouchement très difficile et elle a besoin de l’aide de toute partie pour pouvoir franchir cette étape, en affirmant que la position américaine s’étendra à l’Union européenne et aux pays actifs dans ce dossier, notamment avec Les inquiétudes de l’Europe face aux enjeux de migrations maritimes et de l’exportation du terrorisme. .

Snoussi a souligne également l’intersection des intérêts entre les États-Unis et l’Union européenne sur la question de la stabilité libyenne, considérant que les pays européens attendaient une décision sérieuse de Washington pour prendre des mesures plus sérieuses sur la même question.

En outre, « Snoussi » indique que si les États-Unis sont réellement sérieux au sujet de la décision de sanctionner les parties extérieures qui s’ingèrent dans les affaires libyennes, cela signifie que les prochaines élections seront les premiers pas vers la stabilité libyenne et une baisse de l’intensité et le rythme des combats, en insistant les Libyens n’attendent que cela des années.

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