Narcos en Turquie

Les pires chiens de la pègre en Turquie servent de lien entre l’élite au pouvoir et l’élite sécuritaire dans le pays.

Le 15 avril 2020, le chef de la mafia turque Alaattin Çakici a été libéré de la prison, et ce dans le cadre des mesures prises pour alléger la surpopulation carcérale suite à la propagation de la pandémie de coronavirus.

Cela est intervenu à un moment où les prisonniers politiques de journalistes et d’opposants, jusqu’aux penseurs et artistes n’ont pas eu même le droit de rêver d’être graciés.

A l’instar de nombreux de ses voisins, il y a en Turquie des bandes criminelles organisées créées depuis longtemps ou en d’autres termes, des mafias. Ces réseaux criminels qui s’appuient généralement sur leur appartenance clanique ou régionale, sont profondément enracinés dans la vie politique, sociale et économique.

Toutefois, malgré le grand nombre de procès, de fuites, de films documentaires et d’articles publiés au cours de ces dernières années, la société turque ignorent encore les familles de ces bandes criminelles et leurs activités.

L’histoire du crime organisé en Turquie remonte à l’époque ottomane, lorsque le personnage du Qabaday (voyou ou bandit) est apparu, le méchant qui s’implique dans des petits crimes tout en respectant les règles de l’honneur. Mais parfois, à la demande de l’élite politique, il provoque le peuple. En fait, il y a des personnages similaires qui portent les noms Al-Louti en Iran, Al-Zghert en Irak et Al-Baltaguy en Egypte.

Le terme Al-Qabaday n’est plus la terminologie consacrée en Turquie depuis l’apparition du terme « le parrain ». Nonobstant, les termes utilisés actuellement sont « le Pape » ou même le « Raïs ».

Le trafic de drogue était toujours l’apanage de ces réseaux criminels. Et avant les années 40 du dernier siècle, le trafic de l’opium était le commerce florissant. Mais après la Seconde Guerre mondiale, bien que la production d’opium soit encore florissant particulièrement dans les milieux ruraux, le trafic de l’héroïne était celui qui générait des fortunes démesurées. Dans les années 50 du dernier siècle, le trafic de l’héroïne turque était effectué à travers des passeurs arméniens, turcs et corses à Marseille puis aux États-Unis.

Après les émeutes antichrétiennes qui s’étaient passées au cours de la même décennie, les musulmans turcophones se sont emparés de ce trafic. C’était ainsi le début de l’ascension des mafieux actuels. Ces derniers ont profité des troubles sur la scène politique aux années 1970 pour atteindre leur apogée dans les années 80 et 90. Néanmoins, l’arrestation d’Alaattin Çakici en 1998 dans un hôtel français, figure de proue de la mafia, a mis un terme à une période qui rapportait des profits exceptionnels.

Les relations kurdes

Le lien entre la mafia turque et les services de renseignement sont bien connues. D’un point de vue politique, ces groupes ont tendance à soutenir des partis de la droite comme le MHP (Parti d’action nationaliste), mais certains parmi eux sont connus pour être plus proches de certains autres partis.

Behçet Beco Cantürk, narcotrafiquant dans la région de Lice parlant la langue kurde au sud-est de la Turquie et connu par son soutien aux associations culturelles révolutionnaires de l’Est (DDKD – Devrimci Doğu Kültür Dernekleri). Le succès de Cantürk dans le trafic de drogue ainsi que dans les industries de la construction et du transport a alimenté des rumeurs selon lesquelles il était un sympathisant du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Mais ce n’était pas clair s’il avait, à l’instar de ses nombreux contemporains kurdes, payé au parti une «taxe révolutionnaire».

Au milieu des années 70, Cantürk a contacté des passeurs au nord de la Syrie – des proches arméniens du côté de sa mère – qui avaient des amis dans l’Armée secrète arménienne de libération de l’Arménie (ASALA). Il s’agit d’un groupe de terroristes arméniens responsable de l’assassinat de diplomates turcs dans le monde. Dès lors, Cantürk s’est davantage impliquée dans le trafic d’armes – principalement à partir de Bulgarie – à des groupes de toutes couleurs idéologiques et parfois même pour des groupes sans aucune croyance. Son succès dans le trafic de drogue et ses efforts pour diversifier le commerce les ont aidés à se faire une grande fortune et à acquérir une certaine notoriété en Europe, mais la richesse et la notoriété ne l’ont pas aidé à continuer.

Le 14 janvier 1994, des hommes inconnus qui portaient des uniformes de police l’ont enlevés de sa voiture dans la ville de Sapanca, se situant près d’Istanbul. Son corps a été par la suite retrouvé le lendemain dans un endroit à proximité. Et selon la méthode utilisée pour l’enlever, il est probable qu’il soit tué par les forces de sécurité. Hüseyin Baybaşin, originaire de la même ville natale de Cantürk, a lui prévenu que son nom figurait sur une liste d’hommes d’affaires kurdes recherchés.

Le Pablo Escobar européen

Depuis les années 1970, la tribu de Baybaşin a été activement impliquée dans la production et le trafic de drogue, et Hüseyin Baybaşin à l’âge de l’adolescence, à l’instar de Cantürk, s’est lancé dans le trafic de drogue avec sa famille. Après avoir été arrêté à maintes reprises pour possession de substances illégales en Turquie et en dehors de la Turquie, il a été condamné à 12 ans de prison au Royaume-Uni où il a passé trois ans seulement avant d’être renvoyé en Turquie. Mais quand les forces de sécurité turques avaient tenté en 1992 de saisir en Méditerranée le cargo MV Kısmetim-1, soupçonné de contenir 3000 kilogrammes d’héroïne pour le compte de Baybaşin, l’équipage coulait le navire. Cet incident a joué un rôle dans le déménagement de Baybaşin à Londres, où il a obtenu le droit d’asile politique.

Baybaşin n’a pas tardé dans la capitale anglaise, tandis que son frère Abdullah a trouvé refuge au nord de Londres où il a dirigé un bureau de mauvaise réputation connu sous le nom « Bomblar ».

 Hussein s’est installé aux Pays-Bas où, selon les témoignages, Mehmet Agar, directeur de la sûreté publique turque, lui a fourni une liste dans laquelle figuraient les noms à liquider des sympathisants du PKK.

Certes, Baybaşin a accepté à l’époque cette mission fatidique, à condition qu’il ferme ses yeux sur l’expansion de ses opérations en Europe. En 1998, Baybaşin est devenu déjà le plus grand fournisseur d’héroïne du continent – le Pablo Escobar d’Europe – en amassant une énorme fortune estimée à 45 milliards de dollars, dont une bonne partie a été investie dans le rachat des hôtels dans tout le Royaume-Uni et dans des villes surplombant la Méditerranée.

Mais ce n’était pas fini. En mars 1998, lors d’une opération conjointe menée par les polices britannique, allemande, belge, italienne et néerlandaise, Baybaşin a été arrêté avec son neveu dans sa villa à Lieshout, un petit village au sud des Pays-Bas où il a été condamné à une peine à perpétuité, et les tentatives pour le libérer pour des raisons de santé ont été toutes échouées.

Étant donné que le directeur financier de l’organisation, Nizamuddin Baybaşin a vécu en Allemagne et s’est marié à une Allemande, un autre procès a eu lieu en Allemagne en 2001. En parallèle, son clan a essayé d’intimider les témoins, les juges et les procureurs.

En 1997, Abdullah, le frère aîné de Baybaşin, s’est rendu à Londres où il a également obtenu le droit d’asile et s’y est installé. Il a rapidement annoncé qu’il était contre les autres criminels, en commençant à percevoir des rentes de leur part. A titre d’exemple, les trafiquants d’êtres humains ont dû payer 1000 livres sterling sur chaque personne objet de la traite. Mais le plus important était la constitution d’un groupe composé de Turcs et de Kurdes âgés de 14 à 18 ans en les exploitant pour faire chanter les Chypriotes turcs et les hommes d’affaires turcs pour qu’ils paient dans le but d’assurer leur protection. Ce groupe connu sous le nom de Bombacılar était si brutal que certains hommes d’affaires kurdes se sont tournés vers le PKK (Kadek, à l’époque) pour obtenir sa protection. En novembre 2002, une confrontation entre les deux groupes dans le nord de Londres a entraîné la mort d’une personne. Lors des opérations policières qui ont suivi la confrontation, de nombreuses personnes ont été arrêtées, des armes de toutes sortes et de l’argent contrefait ont été saisis ainsi qu’une salle de torture a été découverte.

Abdullah Baybaşin a été condamné à 22 ans de prison et il a été libéré en 2010 pour décider de revenir en Turquie. En 2011, la police turque l’a arrêté ainsi que 15 autres membres de sa famille après avoir découvert 281 kilos de cocaïne sur un navire bolivien dans le port d’Ambarli.

Il a été condamné à 40 ans de prison mais il a été libéré après seulement six ans. À travers les liens de Cantürk et Baybaşin avec des groupes gauchistes comme le PKK, on peut comprendre que le trafic de drogue n’est pas nécessairement partisan.

Il y avait par ailleurs un groupe maoïste, connu sous le nom de TKP / ML-TİKKO, qui s’est divisé en 1993 à cause d’un différend autour de l’argent de la drogue. Puis, un étrange différend s’est produit entre Dursun Karataş, le leader du marxisme-léninisme DHKP-C, et le chef du parti d’extrême droite le Loup Gris, Abdullah Çatli, qui vendaient tous les deux la drogue en France au même agent. Tous deux auraient vendu de la drogue en France à un membre de la tribu kurde Bucak.

Même les léopards participent aux opérations

Mehmet Nabi İnciler était un gangster qui avait une approche plus traditionnelle de la politique. Le trafiquant de drogue a fui Urfa, dans le sud-est de la Turquie, vers Dogru Yul Partisi vers sa ville natale, mais en vain. Parmi ses amis étaient le chef du parti Süleyman Demirel, tout comme le fondateur du MHP turc Alparslan Türkeş et le fondateur du parti gauchiste Yilmaz Güney. Demirel et Inciler étaient si proches de telle sorte qu’il l’invitait souvent à des cérémonies de réception officielles et à des visites à l’étranger, y compris aux États-Unis, où İnciler en a profité pour s’échapper et déposer une gerbe au cimetière Mount Carmel de Chicago – sur la tombe d’El Capone.

İnci Baba, comme on l’appelait parfois, n’était pas vraiment gentil, surtout quand il n’obtenait pas ce qu’il voulait. En 1979, lorsque Filiz Akin, la star de cinéma autodidacte, refusait ses offres généreuses, il a envoyé un ami proche pour l’attaquer avec un couteau. Mais Akin a pu se sauver de lame d’Inci et de ses regards malveillants.

Les capacités de persuasion d’Inciler ne se limitaient pas à l’utilisation des couteaux, car il avait également une paire de léopards nommés Ceyar et Sue Allen. Il les exploitait pour forcer les clients à payer à temps. Inciler qui vivait par la force de l’épée, est mort également par la force de l’épée d’une manière honteuse en décembre 1993 lorsqu’une arme a explosé lors d’une dispute avec son neveu.

La tuerie de masse

Souvent le soutien de la mafia turque à l’extrême droite se manifeste à travers les rapports avec l’aile des jeunes du MHP, Bozkurtlar ou les Loups Gris. Ces derniers sont un groupe composé d’un mélange de chefs du crime organisé, des politiciens et de services de sécurité turcs qui composent Deren Devlet – ou l’État profond. Il s’agit d’un sujet de débat grandissant du public turc depuis le scandale Susurluk en 1996.

L’assassin du candidat au poste de pape, le patron de la mafia recherché à l’international, Abdullah Çatlı, est mort avec sa maîtresse, l’ancienne reine de beauté Gonca Us et le chef adjoint de la police d’Istanbul dans un accident de voiture près de la petite ville de Susurluk sur la route entre Izmir et Istanbul. Le seul survivant était le chef de tribu kurde et gouverneur adjoint, Sedat Edip Bucak, dont la tribu avait envoyé des miliciens volontaires pour combattre le PKK. Çatlı était un sicaire et membre de l’organisation des Loups Gris ainsi qu’un trafiquant de drogue. Il était impliqué dans la tentative d’assassinat du Pape Jean-Paul II. Il a de même vécu à Vienne pendant un certain temps avec l’assassin Mehmet Ali Ağca.

L’incident de Susurluk prouve l’étendue de la coopération des services de sécurité avec des criminels connus, surtout quand il s’agit d’exécuter des frappes en leur nom contre des activistes de gauche, des Kurdes et des Arméniens dans le pays et à l’étranger.

Le parrain des parrains

Alaettin Çakıcı et le beau-père de sa femme, Dündar Kılıç tournaient dans la même orbite. Kılıç et sa famille ont déménagé de Sürmene dans le nord-est de la Turquie dans la capitale, Ankara, quand il avait neuf ans. À 10 ans, Kılıç a obtenu son premier pistolet, et quand il a eu 14 ans, il a été arrêté pour la première fois lorsqu’il était « Kabadayi » extrémiste.

Au fur et à mesure que sa stature dans le monde du crime grandissait, sa renommée augmentait également grâce à son travail caritatif, comme le soutien aux familles nécessiteuses et l’octroi des bourses à des étudiants défavorisés. En même temps, Kılıç a été de plus en plus impliqué dans le trafic d’armes et de drogue. Il était aussi le cerveau d’une série de meurtres.

Au début des années 1980, son attrait, sa réputation dans le monde des mafieux et ses relations politiques lui ont valu le surnom de babalar babası, parrain des parrains. Son ascension a été interrompue en 1984 lorsqu’il a été arrêté avec plusieurs autres personnalités. Toutefois, la prison était, pour lui, un petit obstacle puisqu’il a pu continuer à travailler depuis la prison sans aucun problème.

En 1994, à la demande de sa fille, Kılıç a tenté de négocier le scandale Civangate. A l’époque, ils ont levé le voile sur une affaire de pot-de-vin de 3,5 millions de dollars de l’homme d’affaires Selim Edes au directeur de la banque publique Emlak Bank, Engin Civan, pour avoir un prêt de 100 millions de dollars. Néanmoins Civan a quitté la banque avant l’approbation du prêt et il a refusé de rembourser l’argent à Edes. Cela a poussé ce dernier à demander l’aide à Kılıç et Çakıcı. En effet, l’un des hommes de Kılıç a tenté d’assassiner Civan qui a pu s’échapper de justesse, bien que gravement blessé.

L’affaire ne s’est pas arrêtée à ce stade, car des membres de la famille de l’ancien président Turgut Ozal sont intervenus dans l’affaire pour que Civan, Edes et l’assassin soient jugés, tandis que Kılıç a été convoqué en tant que témoin.

 Un an plus tard, Çakıcı a tué la fille de Kılıç, dont son assassinat peut être considéré comme punition pour avoir lui entraînée des ennuis. Kılıç est décédé dans un hôpital d’Istanbul à cause d’une insuffisance respiratoire en 1999.

Chef de la bande

Alaettin Çakıcı est originaire du nord-est de la Turquie à bord de la Mer Noire, mais il a grandi à Istanbul où sa famille était profondément enracinée dans les structures du MHP. À la fin des années 1970, l’oncle, le père et d’autres membres de la famille de Çakıcı ont été tués dans de violents affrontements entre le MHP et Dev-Sol, une organisation marxiste-léniniste extrémiste. Çakıcı a été lui-même arrêté en 1980 lorsque la police a arrêté les personnes impliquées dans 41 meurtres politiques pour être relâchées un an plus tard par manque de preuves.

Le service de renseignement turc MIT  a recruté Çakıcı pour mener des attentats en Grèce et au Liban ainsi que contre ASALA. A l’époque, il est devenu très célèbre de telle sorte qu’en 1991, le premier ministre de l’époque, Turgut Özal, est intervenu pour mettre un terme à une querelle entre Çakıcı et son rival. La tendance à la violence s’est accrue quand il a assassiné, en 1995, sa deuxième épouse, Nuriye Uğur Kılıç-Çakıcı, devant son fils de 13 ans Onur Özbizerdik. Cela a été le premier pas criminel de sa carrière criminelle.

Après avoir été reconnu coupable du meurtre, Çakıcı a quitté la Turquie pour passer de courtes périodes en Amérique du Nord, en Asie et en Europe, et il a passé entretemps certaines période avec sa première épouse, Gönül Kurtuluş. En 1998, Les autorités l’ont arrêtés à Marseille en compagnie avec l’activiste sociale Aslı Ural. Çakıcı a été en effet condamné à une peine de prison dans la prison de Kartal en 1999, mais acquitté en 2002.

En mai 2004, Çakıcı a pu de nouveau s’échapper à son arrestation en voyageant – cette fois pour avoir ordonné d’exécuté un attentat contre un club de sport à Istanbul – il s’est d’abord enfui en France, puis à Graz où son fils Ali étudiait. Les autorités autrichiennes ont annoncé qu’elles l’avaient remis à la Turquie, où Çakıcı a passé les années suivantes dans plusieurs prisons de haute sécurité. Dans la prison, il a créé son propre réseau qui le protégeait à l’intérieur pendant que le MHP faisait campagne pour sa libération depuis 2016 à l’étranger. Devlet Bahçeli, le chef du parti, lui a même rendu visite à l’hôpital pour le remercier de son soutien.

Traiter avec Erdogan

 Çakıcı a exprimé son mécontentement par rapport au discours du président Erdogan prononcé depuis son balcon après les élections du 24 juin 2018, dans lequel il n’a pas mentionné son partenaire de coalition du MHP et Bahçeli. En effet, il a menacé le président avec les propos suivants :

«Vous n’êtes pas le patron de l’État. N’oubliez pas que vous êtes un simple nomade, et les idéalistes (Loups Gris) ainsi que les nationalistes turcs et tous les patriotes, indépendamment de leur appartenance ethnique, dirigent le refuge … vous savez que je ne suis pas un vilain ou un petit criminel ».

Ce n’était pas un petit criminel comme ceux du quartier d’Erdogan, Kasımpaşa, mais c’était un vrai mafieux. Il n’a jamais été le genre de personnes timides ou celui que l’âge l’affecterait. La même année, il a menacé le président du HDP, Sezai Temelli, qui a critiqué Bahçeli, en exigeant que le dirigeant emprisonné du HDP, Selahattin Demirtaş, de ne lui pas autoriser à entrer même dans le couloir de la prison.

Le président Erdogan est connu pour qu’il ne supporte pas les insultes, de sorte que la libération de Çakıcı en 2020 peut être interprétée comme un renforcement du partenaire de la coalition nationaliste extrémiste MHP. Ainsi, une fois de plus, Erdogan s’implique dans le monde du crime. Il a réussi à gagner le soutien d’Osmanlı Ocakları, dont son discours politique est plus islamique que celui des Loups Gris, ainsi que leur organisation est similaire à la leur.

Osmanlı Ocakları, qui est devenu sympathisant d’Erdogan, est apparu au début des années 2000, louant l’héritage ottoman, en particulier le règne du Sultan Abdulhamid II à la fin du XIXe siècle. Il est un ardent défenseur de l’art ottoman contemporain dans la politique et la culture. Cela justifie son admiration pour le président turc. Ocakları est soutenu par le représentant le plus important de la jeune génération mafieuse, Sedat Peker.

Changement des gardiens ?

Sedat Peker a grandi à Munich, mais sa famille trouve ses origines à la région de la Mer Noire. Il est rentré en Turquie dans les années 1990, où il a été reconnu coupable du meurtre d’un passeur en 1997. Puis, il est parvenu à s’enfuir vers la Roumanie. Néanmoins, après les efforts de médiation des politiciens conservateurs, il est retourné volontairement en Turquie pour être libéré au début de 1998.

Peker a été une nouvelle fois arrêté en 2005 et s’est marié avec son avocate à l’époque. Après sa libération, il a été encore une fois arrêté en 2013 lors des procès d’Ergenekon, une série d’enquêtes contre une organisation secrète œuvrant pour renverser le gouvernement d’Erdogan. Il a été libéré de nouveau en 2014.

Après le coup d’État de 2016, Peker a publiquement prêté allégeance à Erdogan. Dès lors, il est devenu une figure populaire, particulièrement sur Twitter, parce qu’il constitue désormais une menace pour les opposants du président turc. En tout cas, les commentaires de Peker à propos de ses compères mafieux confirment probablement sa loyauté (envers Erdogan, ndlr) puisqu’il était le premier à commenter d’une façon négative la libération de Çakıcı et avec une pluie d’insultes, il l’a décrit comme étant quelqu’un dont le temps est révolu.

Les efforts du MHP pour libérer Çakıcı étaient-ils inutiles étant donné qu’Erdogan avait déjà le soutien du jeune Peker ? Pas tout à fait. Fin 2019, Ömer Korkmaz, le bras droit de Çakici, a commencé via sa chaîne Youtube à menacer Peker, affirmant que « l’État » va le poursuivre, tout en indiquant que le MHP avait toujours une grande influence sur l’appareil de sécurité. Cela pourrait d’ailleurs expliquer pourquoi il vit depuis début 2020 au Monténégro.

La réconciliation entre Peker et Çakici en avril 2020 est considéré comme étant le dernier épisode de la saga mafieuse turque puisque ce compromis a permis d’atténuer le conflit faisant rage au sein des cercles nationaux du monde criminel et il a renforcé le retour possible de Cakici en tant que le plus grand patron criminel aux dépens de la jeune génération.

En enterrant le différend entre eux, chacun de Peker et de Cakeci jouit désormais de plus de liberté pour augmenter leurs intérêts commerciaux en Europe. Ils ont commencé ainsi d’empiéter sur la région de Baybaşi. Par ailleurs, la cocaïne est le nouveau type de drogue choisi, puisque les perspectives d’y travailler sont bonnes, notamment avec la présence turque en Libye, vu que cette dernière constitue un point important sur le chemin de la contrebande de la cocaïne de l’Amérique du Sud et de l’Afrique de l’Ouest vers l’Europe.