Nouveau port pour l’exportation de pétrole… Des signes d’une escalade iranienne dans le détroit d’Ormuz

L’Iran a inauguré, hier jeudi,  le premier port pétrolier au golfe d’Oman, dans une tentative de contourne la situation de tension dans le détroit d’Ormuz, et de sauver son pétrole de tout affrontement qui pourrait y avoir lieu à cause des menaces lancées par les responsables.

Les analystes estiment que Téhéran cherche, à travers le nouveau port, à éviter d’être sa propre victime lorsqu’elle décidera de fermer le détroit en tant que pas suicidaire qui pourrait être mené par extrémistes qui contrôlent l’institution militaire, notamment avec l’échec du dialogue autour de l’accord nucléaire.

Le président sortant Hassan Rouhani a annoncé jeudi la mise en service de l’oléoduc long de 1000 kilomètres de Kureh dans le sud-ouest à Djask, dans le sud-est du pays, et la mise en exploitation de la plateforme d’exportation dans la région de Makran.

Cette ligne permet à l’Iran de transporter le pétrole brut de la région de Kureh vers le port de Djask donnant sur la mer d’Oman, et d’éviter ainsi le passage des navires pétroliers par les eaux du Golfe et le détroit stratégique d’Ormuz, d’autant plus qu’exporter depuis le port de Djask, au lieu de se limiter à la station de Kharg dans le Golfe, permet aux pétroliers de gagner quelques jours de transport, sans avoir besoin de traverser par le détroit d’Ormuz, par lequel traverse le un cinquième des exportations mondiales de pétrole, et il a été auparavant un point de tension, notamment entre l’Iran et les États-Unis.

L’assurance de l’export

Le chercheur et spécialiste dans les affaires iraniennes, «Masoud Khalil» estime que d’un point de vue stratégique, la nouvelle ligne donnera à l’Iran la possibilité de continuer à exporter son pétrole, si le détroit d’Ormuz est fermé pour une raison quelconque, en indiquant que la nouvelle ligne raccourcit la distance pour les parties qui veulent importer du pétrole et leurs navires n’auront pas à parcourir une plus longue distance dans les eaux du Golfe.

«Khalil» n’exclut pas une intensification de la tension dans le détroit d’Ormuz, notamment que Téhéran veut éviter les sanctions américaines et vu l’échec des négociations sur le dossier nucléaire, en affirmant que l’Iran est conscient qu’il peut entrer dans un futur proche dans une guerre qui pourrait arrêter le mouvement d’exportation à Ormuz. En effet, la nouvelle ligne sera sécurisée pour lui.

«Khalil» a ajouté que l’Iran cherche à pouvoir exporter rapidement des millions de barils de pétrole dont il a extrait et stocké, s’il parvient à un accord avec les États-Unis sur son programme nucléaire, car il a récemment œuvré pour transporter le pétrole en vue de le vendre il sur le marché.

Il convient de rappeler que l’Iran possède la quatrième plus grande réserve de pétrole au monde et table fortement surles revenus du pétrole brut, tandis que des responsables du ministère iranien du Pétrole ont indiquéé que Téhéran a l’intention d’augmenter la production de 2,1 millions de barils par jour à 3,8 millions de barils par jour, si le l’administration du président américain Joe Biden et le gouvernement iranien sont parvenus à un accord.

Washington et Téhéran ont entamé  mi-juin un sixième cycle de pourparlers directs pour réactiver l’accord nucléaire signé en 2015, dont l’ancien président américain Donald Trump s’est retiré en 2018 et a réimposé des sanctions sur le secteur énergétique iranien, ce qui a poussé les raffineurs dans plusieurs pays à éviter le pétrole brut iranien et a forcé Téhéran à réduire sa production à des niveaux bien inférieurs par rapport à sa capacité.

Mais les négociations sont en stand-by après que le juge extrémiste, Ebrahim Raïsi a remporté les élections présidentielles iraniennes.

Un port d’urgence

Les responsables iraniens ont maintes fois lancé des menaces pour fermer le détroit d’Ormuz, et les observateurs estiment que ces menaces s’inscrivent dans un contexte de confusion pour apaiser l’opinion extrémiste chez ceux qui adoptent encore les slogans de la « Révolution de Khomeini», qui pourrait renverser le régime s’il les abandonne, d’autant d’il vise à mobiliser les mouvements fidèles dans la région pour continuer à mener leurs opérations.

Dans ce contexte, le politologue Fayez Al-Samra ne cache pas ses prévisions que Téhéran provoquera des émeutes dans le détroit d’Ormuz, si les négociations autour de l’accord nucléaire continuent d’échouer, et l’intensification des protestations internes  dans le pays, en poursuivant que le choix du timing par Téhéran afin de construire le port envoie des messages aux États-Unis d’Amérique disant que la nouvelle présidence peut mettre en œuvre ses menaces et fermer le détroit à tout moment, tandis que Téhéran assurer la possibilité d’exporter son pétrole durant la fermeture du détroit à travers la nouvelle ligne, ou ce qu’on appelle le «port d’urgence».

Il convient de noter que la menace de fermer le détroit d’Ormuz n’était auparavant lancée que par certains responsables iraniens. Dans les années 1980, Téhéran était la seule partie à déployer des mines marines près du port d’Ormuz dans le but d’y entraver la navigation maritime.

Le détroit d’Ormuz a été la scène de nombreux événements, car l’Irak et l’Iran ont cherché, pendant leur guerre entre 1980 et 1988, à entraver les exportations de pétrole de l’autre pays lors de qu’on appelait alors la guerre des navires pétroliers.

En juillet 1988, le navire de guerre américain Vincennes a abattu un avion de ligne iranien, tuant les 290 personnes à bord. Washington a déclaré qu’il s’agissait d’un accident, tandis que Téhéran a déclaré qu’il s’agissait d’une attaque préméditée.

Début 2008, les États-Unis ont indiqué que des bateaux iraniens avaient menacé trois navires de la marine américaine dans le détroit.

En 2019, quatre navires, dont des pétroliers saoudiens, ont été attaqués au large des Émirats arabes unis près de Fujaïrah, à l’extérieur du détroit d’Ormuz, et l’Iran a été accusé d’être à l’origine de ces attaques.

L’analyste politique «Al-Samra» a estimé qu’il est possible que les semaines ou les mois à venir enregistreraient des événements comme les précédents dans le détroit, en ajoutant que la tension à Ormuz servira l’intérêt de Téhéran, qui tentera de l’exploiter dans ses négociations avec les grands pays sur le dossier nucléaire, d’autant qu’il l’exploite en interne pour attirer l’attention des citoyens protestataires vers des dossiers extérieurs afin d’éviter les répercussion des protestations à l’intérieur du pays.

Un pas symbolique et de propagande

Il n’y a aucune perspective réaliste pour  que l’Iran ferme le détroit, tout en sachant les répercussions de sa mise en œuvre sur sa faible économie, selon les propos de l’expert dans les affaires iraniennes, «Bassam Al-Ali», qui considère que le fait de prendre un tel pas par Téhéran provoquera des problèmes et des réactions qui pourraient menacer la survie du régime, qui souffre de problèmes sociaux et économiques internes, dont le dernier en date est les protestations généralisées à Ahvaz concernant la crise du manque d’eau.

Al-Ali a estimé par ailleurs que le recours de l’Iran au port de Djask n’est qu’un pas de propagande symbolique plus qu’il soit réaliste et pratique, en soulignant que cela n’exemptera pas Téhéran des sanctions qui l’affectent ainsi que les pays importateurs de pétrole iranien.

Il est à indiquer aussi que le détroit d’Ormuz relie le Golfe à la mer d’Arabie et à l’océan Indien, et il constitue un passage principal pour le pétrole et le commerce entre le Golfe et les pays asiatiques.

Outre donc les approvisionnements en pétrole brut, des matières commerciales non pétrolières d’une valeur s’élevant à des milliards de dollars sont acheminées à travers le détroit d’Ormuz, faisant du détroit l’une des routes maritimes les plus importantes au monde.

Tous les droits de publication et les droits d’auteur sont réservés au centre d’études et des recherches MENA