Ployant sous le poids des conflits : la femme arabe entre le déplacement et la marginalisation

Dans sa Journée internationale et sous le slogan «La femme et le leadership: réaliser un avenir égalitaire dans le monde de Covid-19», la Ligue arabe a célébré ce lundi ce que les femmes du monde entier ont fait alors qu’elles étaient en première ligne face à la pandémie de coronavirus, en affirmant que «la femme revêt une grande importance dans la prise de décision, et sa participation pleine et effective dans la vie publique et dans la lutte contre toute forme de violence, pour réaliser l’égalité entre les deux sexes et l’autonomisation de toutes les femmes et les filles».

Le communiqué de la Ligue arabe, à l’occasion de la Journée internationale de la femme, a rappelé que : «la présence des femmes pendant la pandémie de Covid-19 aux postes de décision est susceptible d’impacter positivement la capacité des gouvernements à répondre à ces crises en développant des politiques reflétant les diverses expériences de vie et touchant les questions ayant un impact direct sur la vie des femmes, comme l’éducation, la santé, le développement économique et la résolution des conflits ».

Des efforts et une facture salée…

L’Ambassadrice, Haifa Abou Ghazala, sous-secrétaire général aux affaires sociales de la Ligue des États arabes, a indiqué qu’au niveau régional, que le secrétariat général de la Ligue arabe – Secteur des affaires sociales, département de la femme, de la famille et de l’enfance – a toujours essayé d’être en phase avec la communauté internationale en ce qui concerne la célébration de la Journée internationale de la femme et afin de confirmer son engagement en faveur de l’égalité des sexes et de l’amélioration de la situation de la femme dans la région arabe.

Abou Ghazala a ajouté que, dans ce cadre, le «communiqué arabe» – publiée suite à la réunion régionale arabe préparatoire à la Commission de la femme aux Nations Unies, organisée par le Secrétariat général en coopération avec l’ONU Femmes et qui a été approuvée par la commission de la femme arabe au niveau ministériel, le 11 février, a abordé les principaux points sur lesquels reposent les priorités de la région arabe dans ce sens.

De son côté, l’Organisation des femmes arabes a félicité les femmes du monde entier d’une façon générale, et les femmes du monde arabe en particulier, pour leur rôle efficace dans la protection des sociétés et le fait de faire avancer les choses en aidant chacun à surmonter les crises malgré les lourdes charges qui pèsent sur leurs épaules.

Le communiqué de l’Organisation a indiqué que «les nouvelles pressions – dont les femmes ont souffert – pendant la période de confinement imposée en raison de la propagation du Coronavirus, et qui a conduit à une augmentation de la violence domestique, et a redoublé les tâches domestiques non rémunérées ».

Malgré les félicitations et les essais, la Ligue et l’Organisation n’ont pas présenté des solutions et des plans pour la région où la scène apparaît complètement différente, comme la Syrie, le Yémen, la Libye et la Palestine, vu que la femme paie une facture salée sous l’impact des conflits armés.

Perte et déplacement

En Syrie, qui achèvera après quelques jours, 10 ans depuis le déclenchement de la révolution syrienne suivie d’une guerre brutale et d’un conflit mondial pour y imposer la domination et l’hégémonie, la destruction des infrastructures, le déstabilisation et le déplacement des millions de civils, la femme syrienne apparaît dans une situation non enviable entre la perte du soutien familial et de ses enfants suite à leur décès ou la migration, et de la souffrance représentée par le déplacement et l’asile, ainsi que de l’exploitation et de l’abandon précoce de l’éducation, à cause de la guerre lancée par le régime d’el-Assad contre son peuple.

Selon les statistiques des Nations Unies, 82% des femmes étaient confrontées à des défis de transport et l’absence des services pour les enfants, et 55% étaient confrontées à des problèmes liés à l’insécurité, tandis que 43% étaient confrontées à des problèmes liés aux conditions de travail, aux obligations familiales de 39% et aux  traditions sociales et culturelles de 30%.

Précédemment au cours de cette année, le Fonds des Nations Unies pour la population avait mis en garde contre la détérioration de la situation des femmes et des filles assiégées en Syrie, en particulier dans le nord-ouest du pays, où les hostilités ont causé des déplacements massifs, des souffrances humaines et des dégâts pour les structures civiles.

Le Fonds a indiqué dans un récent rapport : «Les femmes et les filles subissent la lourdeur de cette crise et luttent pour la survie et prendre soin des enfants traumatisés, puisque le nombre des personnes déplacées est estimé à environ 960.000 personnes, dont 80% sont des femmes et des enfants. . »

Les organisations de défense des droits humains ont affirmé que depuis ans dès le début de la révolution syrienne, près de 14.000 femmes de plus de dix-huit ans sont tombées en martyres, la plupart tuées par le régime d’el-Assad, ainsi que l’enregistrement de plus de 150.000 femmes, bilan des cas de détention arbitraire et de disparition forcée.

La rechute

Quant au Yémen, le sous-secrétaire du ministère des Droits de l’Homme, Nabil Abdel Hafeez, a affirmé que «le conflit armé était un revers profond pour les femmes yéménites, en particulier dans les régions contrôlées par les milices Houthi, et a anéanti tous les acquis politiques et économiques qu’elles avaient gagné après la révolution de 2011, qui était le couronnement de ses efforts pendant des décennies.

«Rights Radar», une organisation de défense des droits de l’Homme dans le monde arabe, a récemment documenté environ 17.000 violations contre les femmes au Yémen entre septembre 2014, lorsque les milices Houthi soutenues par l’Iran ont pris le contrôle de la majeure partie du Yémen, jusqu’à la fin du décembre 2019. .

SAM dans son récent rapport a révélé des chiffres choquants sur l’ampleur des violations et les noms des prétendues prisons de détention, de disparition forcée et de torture des femmes au Yémen, ainsi que les noms de personnalités responsables derrière les arrestations abusives, la disparition et la torture.

Le rapport, intitulé «Les femmes au Yémen: souffrances prolongées et abus épouvantables», a documenté des témoignages des victimes, des proches des victimes et des témoins oculaires qui ont parlé à Sam à propos de graves violations contre les femmes au Yémen pendant les années de guerre, particulièrement les femmes détenues dans les prisons des milices Houthi, y compris les prisons des postes de police et des points militaires.

«Sam» a déclaré qu’elle avait enregistré plus de 4000 cas de violations à fin 2020, y compris des meurtres, des blessures corporelles, des arrestations abusives, la disparition forcée, la torture et l’interdiction de déplacement, ainsi que plus de 900.000 femmes déplacées dans les camps de Marib, commis par les parties en conflit au Yémen. En fait, les milices Houthi figurent en tête de liste des parties qui violent les droits des femmes, avec un pourcentage de 70%.

En outre, le rapport du bureau de l’Organisation mondiale de la santé en Libye, l’année dernière, a montré que plus de 200.000 femmes déplacées en âge de travail vaient besoin d’une aide humanitaire et que le nombre de personnes déplacées en raison de la guerre dans la capitale Tripoli est de plus de 140.000 dont la majorité étaient des femmes et des petits enfants, après que leurs familles ont été tuées pendant la guerre.

En Palestine, le plus ancien conflit arabe, les femmes palestiniennes luttent depuis des générations sur plusieurs fronts dans une bataille fatigante et sans cesse, qui les a transformées en combattantes, martyres, prisonnières et poursuivies. Les statistiques indiquent qu’Israël a arrêté 16.000 Palestiniennes depuis 1967 et qu’aujourd’hui il y a 43 Palestiniennes dans les prisons israéliennes.

Il convient de noter que le Conseil de la Ligue au niveau des ministres des Affaires étrangères a adopté, lors de sa session ordinaire (155) tenue la semaine dernière, à la fois la «stratégie et le plan d’action du Réseau arabe des médiatrices pour la paix» – qui a été élaboré par le Secteur des affaires sociales, le Département de la femme, de la famille et de l’enfance en coopération avec ONU Femmes. Il est considéré comme le premier de son genre dans ce domaine et un noyau important pour soutenir la participation des femmes dans les processus de prise de décision et de négociation – et la «Stratégie arabe pour la prévention et la réponse pour combattre toutes les formes de violence dans la situation des réfugiés, surtout la violence sexuelle contre les femmes et les filles »qui a été préparé par le Secteur des affaires sociales, le Département de la femme, de la famille et de l’enfance en coopération avec le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés dans le but de confirmer l’intérêt que porte le secrétariat général pour la lutte contre la violence et sa protection lors des conflits armés et après les conflits.

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