Références de Daesh: prôner le takfir, légaliser le meurtre et appel à faire sécession de l’État

Plusieurs pays arabes ont mis en garde contre la diffusion de nombreux livres de takfir (Apostasie) parmi les jeunes. Ils se sont donc empressés pour les interdire et arrêter toute personne qui les détient en les considérant en tant que des références de l’organisation terroriste de Daesh qui contribuent à nourrir l’idéologie extrémiste.

L’Organisation de l’Etat islamique prend un certain nombre d’ouvrages, classés tous dans la case du takfirisme, du jihad et de rétablissement du califat, pour des références et des constitutions à suivre par ses adeptes. En effet, l’Etat islamique veut imiter « Al-Qaïda » en créant une entité intellectuelle indépendante. L’État islamique s’est nourri également et a bénéficié largement de l’héritage d’Al-Qaïda dans le domaine du contenu djihadiste d’autant plus qu’il a bénéficié de l’héritage des Frères musulmans dans le domaine du contenu organisationnel et de l’interprétation du califat, ainsi que d’autres ouvrages d’une manière sélective.

Des références et des livres takfiris

Plusieurs sources concordantes indiquent que l’Etat islamique a ses propres références et ouvrages takfiris (excommunicateurs), appelant au meurtre et autorisant l’homicide, avec lesquels il fait injecter les différents membres de ses combattants, de sa brigade de femmes « Al-Khansaa » et ses enfants. Parmi les références qui soufflent à l’Etat islamique ses idées, il y a le livre «Millat Ibrahim » (La religion d’Ibrahim), considéré comme l’une des publications les plus dangereuses ayant contribué à former le mouvement djihadiste, puisqu’il s’agit d’un livre takfiri basé sur l’adoption de la religion du prophète Ibrahim, portant sur le rejet du « Tâghoût » (foyer de culte autre que le Dieu, Ndlr) et de s’en émanciper. Al-Maqdisi (auteur du livre) intervient pour déterminer les formes de cette apostasie, puisqu’il est interdit au Musulman de faire les fonctions du Tâghoût, en particulier le travail dans le corps militaire. Plus tard, Al-Maqdisi a émis une fatwa considérant les forces de sécurité arabes des apostats comme l’ont affirmé ses partisans.

L’organisation s’appuie également sur la «Gestion de la Barbarie» d’Abou Bakr Naji. Naji explique dans son livre «Gestion de la barbarie» que la nation passe par trois phases : la première étape est le «Djihad de la vengeance», la deuxième est le «Chaos général» dans les régions et d’y semer la sauvagerie pour après passer à la gestion de la barbarie, et la troisième étape consiste à «L’autonomisation et la mise en place de l’État islamique».

Il s’appuie de même sur le livre «Jalons sur la route de l’Islam» qui ordonne «de mobiliser toutes les forces nécessaires (au djihad, NDLR). L’autre livre adopté par l’Etat islamique, c’est «Fousoul Fi Al-Imamah et Al-Bayâa» (chapitres de l’Imamat et du serment d’allégeance) d’Abou al-Mondher Al-Shanqiti, dans lequel l’écrivain estime que « la mise en place d’un imam (guide) est un devoir religieux pour tout Musulman n’importe quand et n’importe où. Et il considère que toute personne, qui prétend que l’instauration de l’imamat n’est pas obligatoire de nos jours, dit des mensonges contre le Dieu, parce qu’elle s’est opposée à la coalition et a prétendu que la charia a autorisé aux gens la séparation et la dissemblance.

L’autre référence pour l’EI est le livre «Problématiques de la jurisprudence du Jihad» d’Abou Abdullah Al-Muhajir (Abdulrahman Al-Ali), un Égyptien qui avait une relation étroite avec Al-Zarqawi, diplômé de l’Université islamique d’Islamabad. Il s’est installé en Afghanistan, où il a créé un centre de plaidoyer scientifique dans le camp de Khalden.

Al-Muhajir a été détenu dans les prisons iraniennes, mais il a été libéré et renvoyé en Égypte quelques mois après la révolution. Il a publié plusieurs livres dont: «Des problématiques de jurisprudence du Djihad», connu auprès des Djihadistes sous le nom de «Jurisprudence du sang».

Ce livre est considéré comme la base jurisprudentielle de la plupart des principes jurisprudentiels et religieux de l’organisation de Daesh, car il n’a pas d’égal dans la recherche, la traçabilité et de toutes les narrations du patrimoine  jurisprudentiel, mais cela a enfanté les moyens les plus horribles de tuerie puisque l’odeur du sang, du meurtre et de la brutalité se dégage du livre.

Les idées du djihad et de la résistance

En ce qui concerne le livre «L’appel à la résistance islamique» de son auteur, Abou Mousab Al-Souri, il se focalise plus sur l’idée du djihad et de la résistance sans se pencher sur la question de son organisation ni de sa structure, et sur les résultats calculables de l’action djihadiste sans accorder beaucoup d’attention à «établir un gouvernement basé sur la charia».

Parmi les autres livres adoptés par l’organisation, il y a aussi «Les critères de la secte victorieuse en Mésopotamie» écrit par «Maysara Al-Gharib», lui-même est Abdoullah Al-Mouhajir. Il y explique la politique de l’organisation de takfir et de meurtre et y autorise de tuer les Chiites, les Laïcs et Libéraux, ceux qui croient en la démocratie et la pratiquent, et ceux qui acceptent et gouvernent selon le droit positif. Il considère aussi comme des apostats les partis patriotiques, nationalistes, baasistes et socialistes, tout en qualifiant d’hérésie  les groupes islamiques qui acceptent les élections.

L’Etat islamique fait également du livre «Clarifier la confusion autour de la religion du guide du peuple désigné par le Dieu » de Juhayman ibn Muhammad Al-Otaibi, connu pour l’assaut de la Grande Mosquée de la Mecque en 1980, une autre référence, dans lequel il incite à se séparer du gouvernement et de ses fonctions sous prétexte qu’il ne gouverne pas par la charia.

Quant au livre «Les gens qui s’arrêtent entre le doute et la certitude», il s’agit de l’un des livres les plus célèbres de Helmi Hachem, connu sous le nom de «Abd Al-Rahman Chaker Niâm-Allah», un ancien officier de police égyptien. Il était un lieutenant-colonel avant d’être démis de ses fonctions. Après avoir été libéré de prison, il a étudié la charia et la jurisprudence, et a adopté la doctrine takfiri. Son livre a été consacré pour répondre à ceux qui s’empêchent d’accuser les peuples d’apostasie, et il a fait de l’apostasie l’essence de la religion, et a considéré ceux qui s’empêchent de le faire comme des mécréants. En effet, selon sa revendication, tous les pays sont des pays d’apostasie, et le principe est de considérer tous les peuples des mécréants.

Le dernier livre que l’Etat islamique prend pour une constitution est «Les essentiels de la préparation (pour le djihad, Ndlr) » de Sayyed Imam, figure majeure du jihad mondial.

Ses livres se sont répandus parmi les tribus afghanes pendant la période du «jihad» afghan contre l’Union soviétique. Et il est considéré comme l’une des références les plus importantes sur lesquelles le salafisme djihadiste s’est appuyé plus tard. Il a traduit son livre en la plupart des langues du monde, car il est considéré comme une constitution organisationnelle pour le jihad et «Al-Qaïda».

Dar Al-Ifta de l’Egypte a d’ailleurs identifié 13 livres et références sur lesquels reposent les groupes et organisations takfiris. Il s’agit des livres exploités par ces organisations pour donner un caractère légitime à leur idéologie extrémiste. En effet, il faut se méfier de ces livres ou de leur laisser entre les mains des jeunes.

Les enfants sont plus susceptibles de recevoir inconsciemment des idées et d’adopter des points de vue erronés qui les poussent plus tard à adopter et à s’engager dans des idées terroristes. Les organisations terroristes cherchent à former et à préparer les enfants à l’idéologie extrémiste et à la violence, à travers ces livres et références takfiris.

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