Sud syrien.. les dessous du conflit russo-iranien

Revirement sans précédent de la situation, et après plus de deux ans de ce qu’on appelle l’«Accord sud-syrien» conclu par la Russie avec les factions de l’opposition, qui prévoyait de déposer les armes lourdes et le retour partiel du régime syrien aux gouvernorats de Deraa et de Quneitra, Hier jeudi, une patrouille militaire russe a été attaquée avec un engin explosif, ciblant un véhicule blindé sur la route Al Sahoah-Al Musayfira, à l’est du gouvernorat de Deraa.

L’attaque contre la patrouille russe a entraîné des dommages pour le véhicule mais sans enregistrer de blessés parmi les rangs des soldats russes, alors que la police militaire effectuait une patrouille de sécurité conjointe avec une autre appartenant aux forces du régime, selon le contre-amiral Alexandre Grinkevitch, vice-président du Centre russe pour la réconciliation des parties en conflit en Syrie.

La Quatrième et les milices iraniennes

Selon des sources de l’«Observatoire MENA», les forces de la Quatrième division dirigées par Maher al-Assad ont amplifié les barrières et leurs éléments dans les environs de la ville de Deraa, simultanément avec l’attaque contre la patrouille, soulignant que les points de contrôle de sécurité aux environs de cette zone ont commencé à resserrer les procédures d’entrée et de sortie vers et depuis la zone. A cela s’ajoutent des raids et une campagne d’arrestations parmi les anciens membres de l’opposition qui ont conclu ces dernières années des accords de réconciliation sécuritaire avec le régime.

Les forces de la Quatrième division ont mené des raids et des arrestations dans la ville de Karak est, dans la zone rurale de Deraa, en présence des forces locales du cinquième corps militaire soutenu par la Russie, à la recherche de suspects qui ont attaqué un poste de contrôle du renseignement aérien et ont tué six éléments et un officier au grade de lieutenant-colonel d’autant plus que 5 autres éléments ont été capturés dans une brusque opération pour répondre aux menaces des forces du régime syrien de prendre d’assaut la ville de Deraa.

En outre, les sources de « MENA » ont confirmé que l’attaque de la patrouille russe est intervenu après les assurances données par les nouveaux dirigeants russes, qui ont repris la gestion de la région la semaine dernière, en s’engageant que ses habitants récupéreront le contrôle de toute la région une fois le sud syrien libéré de tous les Iraniens.

Les sources ont indiqué que la raison pour laquelle les dirigeants russes ont changé d’opinion est l’expansion croissante des forces militaires soutenues par l’Iran représentées par la Quatrième division et le renseignement aérien, et leur incapacité d’arrêter la propagation des milices iraniennes et leurs bras dans la partie rurale ouest à Deraa et Quneitra ».

Réconciliation et conflit russo-iranien

Les forces du régime syrien, soutenues par l’armée de l’air russe, ont pris le contrôle de la région sud, après avoir imposé un arrangement pour ceux qui souhaitaient rester dans le sud de la Syrie en août 2018.

L’accord de l’arrangement stipulait de laisser les combattants des factions, qui le souhaitaient, dans le gouvernorat, tandis que les opposants à l’accord devaient partir vers Idlib. D’autres points ont été également inclus dans l’accord dont la libération des détenus des prisons et d’arrêter les poursuites contre les personnes recherchées après qu’ils règlent leur situation. En outre, il s’agissait de réduire l’emprise sécuritaire sur les habitants ainsi que de chasser les forces non syriennes, en référence aux milices fidèles à l’Iran, des zones frontalières du côté de la Jordanie et de la ligne de désengagement sur le Plateau du Golan. Mais la plupart des conditions n’ont pas été respectées par le régime. Cela a maintenu la situation tendue dans le sud.

Le conflit entre la Russie et l’Iran a commencé sur les zones d’influence dans le sud syrien après les accords de réconciliation il y a quelques années lorsque les factions de l’opposition ont accepté de céder les zones de leur contrôle à Deraa au régime, contre le règlement du statut de ses membres, et le départ de ceux qui étaient contre l’accord vers la région d’Idlib, au nord du pays.

Des sources bien informées ont confirmé plus tôt à l’«Observatoire MENA» que : «depuis mai dernier, les Russes ont empêché des tentatives des forces du régime de prendre d’assaut des zones concernées par l’accord de réconciliation de 2018, tels que Al-Reef Ouest, Kanakar à Rif-Dimashq sud-ouest, Al-Hrak et la ville de Deraa, et ce après des contacts avec les comités centraux et l’envoi des officiers russes pour suivre l’évolution des événements ».

La présence iranienne dans le sud syrien à Deraa et Quneitra a commencé à diminuer suites aux pressions exercées par la police russe et les forces locales qui les soutiennent contre les milices soutenues par Téhéran. D’ailleurs, les groupes soutenus par Téhéran ont été interdits de se déployer dans de nouveaux sites dans la région ainsi que des points de contrôle du cinquième corps ont été installés pour les séparer géographiquement.

Les sources de « MENA » indiquent par ailleurs que : « la présence iranienne au niveau des frontières avec Israël constitue le principal dilemme ». En effet, Moscou essaie de limiter l’influence de Téhéran et les groupes qu’il soutient dans ces régions afin d’éviter d’en faire un champ de conflit direct israélo-iranien, tout en soulignant que : « ces groupes continue à s’affaiblir dernièrement ».

Chiffres et statistiques

Le gouvernorat de Deraa a été, depuis l’accord d’arrangement, une scène de manifestations limitées mais permanentes contre le régime d’El-Assad ainsi que des dizaines d’attentats et d’assassinats par mois, qui touchent des anciens combattants de l’Armée libre, dont certains ont rejoint les forces du régime syrien après l’accord d’arrangement, ou autres éléments fidèles au régime, et ce par des engins explosifs ou des tirs directs, ou encore l’enlèvement et l’exécution.

Selon des sources juridiques, le nombre d’attentats et d’assassinats depuis juin 2019 a atteint 757, tandis que le nombre de personnes tuées au cours de la même période suite à ces tentatives est de 497 personnes, dont 138 civils parmi eux 12 citoyennes et 15 enfants.

Le mois d’octobre dernier a été marqué par une forte augmentation des opérations et des tentatives d’assassinats dans le gouvernorat de Deraa, dont le bureau de documentation des martyrs de Deraa a enregistré 41 opérations et tentatives d’assassinat tuant 33 personnes et blessant 6 autres, tandis que 2 autres ont survécu à la tentative de leur assassinat, sachant que cette statistique n’inclut pas les attaques contre les points de contrôle et les convois des forces du régime.

Parmi les autres informations documentées, les opérations d’assassinat ont touché sept maires appartenant au régime d’El-Assad, dont le dernier était le chef du conseil municipal d’Al-Sanamayn dans la zone rurale de Deraa, Abd Al-Salam Al-Haimed. En outre, le secrétaire de la division du parti, Mohamed Diab, a été blessé par des assaillants inconnus.

De plus, à mi-octobre, des inconnus ont assassiné l’ancien cadre de l’Armée libre et un membre du Comité central de Deraa, «Adham al-Karrad», surnommé «Abu Qusay», et quatre autres anciens dirigeants de l’Armée libre qui étaient avec lui.

Il est à noter aussi que les régions dans le sud syrien étaient sous le contrôle de l’opposition armée avant de conclure des réconciliations avec le gouvernement d’El-Assad il y a plus de deux ans.

Tous les droits de publication et copyrights sont réservés au Centre de recherche et d’études MENA