MENA Research Center
Analyses Levant et Irak

Trump simule un état de siège comme l’avait fait Bush

Donald Trump se présente comme le président le plus original de l’histoire. Surtout, il ne veut avoir aucun point commun avec George W. Bush, responsable selon lui de la plus imbécile des guerres. Pourtant, les deux présidences, distantes de presqu’une génération, ont des ressemblances frappantes. Chacune a injecté le danger extérieur dans les considérations intérieures. L’aventure militaire et nationaliste a également fait son apparition. Sous George W. Bush, l’aventure fut la guerre d’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan – lui et son entourage de néo-conservateurs contemplaient même la poursuite de leur marche victorieuse jusqu’en Syrie et en Iran. Avec Donald Trump, ce fut et c’est toujours la passion d’une Amérique débridée, à la fois expansionniste (Groenland, Panama) et nostalgique (retour vers l’Âge d’Or).

Il y a d’autres similarités encore. Le climat politique américain actuel, tant en matière interne qu’externe, est une espèce de réitération du climat entretenu sous la présidence de George W. Bush à partir du 11 septembre 2001. En effet, sur le plan intérieur, il y a d’abord le recours à la police, pour traquer certains ennemis présumés de la nation. Sous Bush apparut la Patriot Act, cette loi d’exception qui permit l’arrestation et l’incarcération sans accusation précise de tout non-citoyen soupçonné de représenter un risque terroriste selon le Ministère de la Sécurité Intérieure (Homeland Security). L’évaluation de ce risque se faisait au niveau administratif, avec simple tampon judiciaire. Les abus, et surtout la crainte, caractérisent l’époque. Les visiteurs étrangers, même détenteurs de visas en bonne et due forme, se voyaient arrêtés en pleine rue de Washington. Ce fut le cas d’une délégation de chercheurs pakistanais, invités par un think-tank américain, détenus pendant des heures par le FBI et finalement relâchés sur intervention du Département d’État !

Présentement, Trump punit les facs pour leur antisémitisme, l’on pourrait presque dire leur simple arabophilie. En effet, les départements de recherche sur le monde arabe, et particulièrement sur la Palestine, sont sous enquête, leur financement fédéral suspendu ou carrément terminé. C’est un retour au climat de l’après 11 septembre 2001, très similaire sur ce point, mais moins intense car l’État d’Israël n’était pas alors menacé. Professeurs et chercheurs craignaient que toute déclaration ou étude hostile à la guerre d’Irak leur vaudrait privation de fonds. Il suffisait, hier comme aujourd’hui, que seuls quelques individus ou instituts se voient privés de fonds pour produire l’effet glaçant sur tous.

George W. Bush, enfin, fut un ennemi de l’ultra-droite. Les milices et groupuscules révolutionnaires d’ultra-droite furent fortement réprimés, en grande partie par le FBI. Que ce soit par l’action de la police fédérale, ou encore parce que les excités de la droite radicale purent discrètement s’enrôler dans les rangs de l’armée américaine en Irak et en Afghanistan, pour y dépenser leur énergie. L’attentat d’Oklahoma City en 1995, vit des ultra-droitiers passer à l’attaque contre l’État fédéral qu’ils voyaient comme l’agent d’un complot sioniste anti-chrétien mondial. Deux d’entre eux firent exploser le grand  bâtiment fédéral d’Oklahoma City en plein jour de travail, tuant 168 personnes, en blessant 700. Bush continua l’œuvre de Bill Clinton et écrasa cette variété de terrorisme.

Les assaillants du Capitole le 6 janvier 2021, certes très loin d’être des terroristes à la Oklahoma City, ont été nombreux à user de violence, et ont quand même bénéficié d’une grâce générale de Donald Trump dans les premiers jours de sa deuxième présidence. Comme s’ils étaient de purs patriotes civiques. En revanche, il fait beaucoup appel à une police fédérale appelée ICE, Immigration and Customs Enforcement, qui n’a pas les capacités d’enquête et de discernement juridique si typique du FBI — Trump déteste cette dernière pour l’avoir piégé en 2016 pense-t-il. Alors pour arrêter Mahmoud Khalil, étudiant palestinien de Columbia University, c’est l’ICE qui fut utilisé. Khalil était détenteur d’un visa valable, mais il avait été visible pendant les manifestations pro-palestiniennes de cette même université, comme d’autres étudiants dans des cas similaires, tous arrêtés par l’ICE, et incarcérés sans recours judiciaire clair.

Certes, les citoyens américains ne craignent pas une arrestation pour prises de positions pro-palestiniennes. Comme sous Bush, ils sont à l’abri. Cependant, la situation a changé: la guerre d’Irak (2003-2006) n’avait nullement de lien avec Israël, ni avec les Juifs en général, alors que la guerre à Gaza produit ce lien. L’administration Trump a fait une équivalence entre deux groupes: les pro-palestiniens et les antisémites. Ces derniers sont issus de ce que Donald Trump appelle la « gauche radicale » et woke. Certains cas sont avérés, mais la plupart des manifestants ne militent nullement dans des groupes extrémistes. Le président et ses ministres les dénoncent quand même, ce qui créée un climat d’état de siège, heureusement sans la réalité d’un état de siège. Paradoxalement, Bush passe aujourd’hui pour une antithèse de Trump, mais cette vision ne prend pas en compte les similitudes historiques décrites plus haut. Enfin, si Donald Trump réussissait à arrêter la guerre à Gaza et aussi le programme nucléaire iranien, alors cet état de siège ressenti pâlirait dans la mémoire collective. On le lui pardonnerait.